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Les « enfumés » vont-ils se réveiller ?

Par Nizar BAHLOUL

En matière d’application de décisions présidentielles, les membres du gouvernement commencent à battre des records.
Lundi 9 février 2009, le président Zine El Abidine Ben Ali reçoit le Premier ministre et décide de faire de 2009 l’année de lutte contre le tabagisme.
Moins d’une quinzaine de jours plus tard, tout le monde ne parle que de ce fléau. A Tunis et ailleurs. Une commission nationale pluridisciplinaire de lutte contre le tabac est mise en place et commence à faire parler d’elle. Au vu de cette rapidité, il est clair qu’en matière d’efficacité communicationnelle, Mondher Zenaïdi et ses équipes n’ont pas de leçons à recevoir. Au contraire, ils vont nous en donner. Et on commence déjà à en recevoir. Le tabac tue, le tabac nuit, le tabac est dangereux.

Le genre de phrases qui sensibilisent quelques uns, culpabilisent quelques autres, mais qui ne décident pas vraiment la majorité à cesser de fumer. Lorsqu’on est fumeur depuis des années, on reste fidèle à sa cigarette, même si l’on sait qu’elle nous fait mal. Ce n’est pas parce qu’on est maso, mais parce qu’on ne trompe pas aussi facilement sa clope juste parce qu’on a vu un spot pédagogique à deux sous à la télé. D’ailleurs, on n’aime pas la pédagogie. Ce qu’il faudrait, c’est l’efficacité et aux grands maux, les grands moyens. Exactement comme cela s’est fait dans plusieurs pays développés, en Europe et Amérique du Nord.

Lors de la réunion de la commission pluridisciplinaire de lutte contre le tabac, Mondher Zenaïdi a appelé à appliquer avec davantage de rigueur, la loi relative à la prévention des méfaits du tabac.
Or, d’après ce que l’on sait, la loi n’est pas du tout appliquée. Mieux, ou pire, elle est ignorée et la majorité des fumeurs méconnaissent son existence. Allez dans n’importe quelle administration, n’importe quel aéroport et comptez le nombre de personnes qui y fument, en dépit (ou au mépris) de la loi en question. Y compris parmi les personnes censées la faire respecter.

Et pour qu’une loi soit appliquée, il n’y a pas 36.000 recettes, il suffit de sévir. Mais, vu qu’il s’agit d’une loi fort impopulaire, on hésite…
Pourtant, en dépit de son impopularité, cette loi est passée sans aucun problème dans les pays développés. On a même décidé de l’élargir pour que le tabac soit interdit dans les bars et cafés (chose totalement inimaginable il y a dix ans dans ces contrées). Il n’y a pas eu mort d’hommes et les personnalités politiques qui l’ont fait adopter en force n’ont pas vu leur cote de popularité chuter dans les sondages.
Au Canada, certains élus, vont même jusqu’à vouloir interdire le tabac dans les rues ! Et ils trouvent ouïe auprès de leurs administrés.

En Tunisie, nous continuons toujours à vouloir ménager la chèvre et le choux. On voudrait bien appliquer la loi sur l’interdiction du tabac, mais on ne veut fâcher personne.
On aimerait bien préserver la santé des citoyens, et notamment les non-fumeurs, mais on aimerait bien respecter la liberté individuelle des fumeurs et ménager leur confort égoïste. Je souligne, au passage, que je figure parmi ces derniers.

Parce qu’il s’agit d’une décision présidentielle, parce qu’il s’agit d’une décision de bon sens, parce qu’il s’agit d’une loi, parce qu’il s’agit de protéger notre environnement et la santé de nos concitoyens, fumeurs passifs, parce qu’il s’agit de préserver les dépenses publiques (les fumeurs coûtent cher lorsqu’ils sont malades), messieurs les membres de la commission pluridisciplinaire de lutte contre le tabac, évitez nous les spots pédagogiques rébarbatifs et passez à l’action dure et efficace : sévissez, dressez des amendes et rendez notre air … propre !
Il va y avoir des mécontents, les cafés à chichas vont connaître des difficultés. Il y aura des attroupements de fumeurs devant les administrations et les cafés, mais on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs. Les citoyens des autres pays se sont adaptés à ces mesures radicales. Les fumeurs tunisiens, aussi, sauront s’adapter. Et ce n’est certainement pas avec du « s’il vous plait, ne fumez pas !» qu’on va les inciter à s’arrêter.

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