« Va-t-on laisser Israël hypothéquer l’avenir de la Méditerranée, toute la Méditerranée, pour le laisser suspendu à la seule décision de Tel-Aviv ? ». C’est la question clé posée par Taëb Zahar, président du « Forum international de Réalités » et sur laquelle se sont penchés les acteurs des différents panels proposés dans le cadre du thème principal « Les perspectives géopolitiques en Méditerranée : 2010 et après ? » organisé jeudi 23 avril 2009 à l’hôtel Alhambra à Yasmine Hammamet.
Le défi est lancé à l’ensemble de la communauté internationale, sachant que la paix en Méditerranée conditionne la paix dans le monde, surtout si l’on prend en considération toute la tension qui règne dans les relations entre le monde occidental et l’Iran, précisément à cause d’Israëlet de sa sécurité pour ne citer que cela sans compter les autres conflits de la région. Les fractures sont tellement importantes et les complications endémiques que le travail qui attend les partenaires méditerranéens, du Sud comme du Nord, s’avère herculéen, voire utopique. L’impasse est-elle totale ? Les avis diffèrent d’un panel à l’autre, mais les problèmes ressurgissent à chaque fois.
Face aux défis de demain, les pays méditerranéens n’ont que deux perspectives : se diviser et se trouver à la périphérie de la mondialisation ou s’unir pour être l’une des régions où se joue l’avenir. Mais le confit israélo-palestinien reste une entrave majeure pour la conclusion de cette Union. En réalité, la majorité des analystes sont d’accord : tant que les pays du Nord de la Méditerranée s’obstineront à ignorer le conflit israélo-palestinien, cette Union échouera.
Les pays européens doivent prendre les décisions qu’il faut pour finaliser cet accord qui devient vital pour la survie et la dynamique économique des deux rives.
Dans ce contexte Taieb Zahar, Président du Forum de Réalités a posé une question essentielle : « Va-t-on laisser Israël hypothéquer l’avenir de la Méditerranée, pour le laisser suspendu à la seule décision de Tel-Aviv ? ». Il s’est interrogé, en outre sur le prix que l’Occident va continuer à payer pour la sécurité d’Israël. Il a fait remarquer que l’entêtement de cette dernière mène le projet de l’Union pour la Méditerranée vers l’impasse. Les perspectives géopolitiques de la région dans ces conditions restent difficiles à entrevoir.
Abdelhafidh Harguem, Secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangère, chargé des Affaires magrébines, arabes et africaines, a affirmé que l’adhésion de la Tunisie au projet de l’Union pour la Méditerranée est né de la prise de conscience de la nécessité de dépasser les difficultés rencontrées pour la concrétisation des objectifs tracés par le processus de Barcelone. Ce projet est susceptible d’offrir une opportunité historique et de générer de nouvelles dynamiques, grâce à la concrétisation de projets régionaux fédérateurs au profit de tous.
M. Harguem a souligné que la Tunisie s’est toujours impliquée, dans la perspective d’un rapprochement Nord-Sud. Il a constaté que l’Union pour la Méditerranée, à peine naissante, a été sensiblement affectée par l’agression israélienne contre Gaza. Cette situation, a-t-il ajouté, a perturbé la mise en place de son architecture institutionnelle. La construction de l’Union a besoin de la volonté politique de tous les partenaires pour davantage de cohérence et de visibilité.
Férid Tounsi, Président Exécutif de l’Unité Technique de l’accord d’Agadir s’est demandé pour sa part si l’accord d’Agadir peut servir de base pour la création d’un marché commun du Sud de la Méditerranée. Cet accord a pour objectif de dynamiser les échanges commerciaux Sud-Sud.
M. Tounsi a précisé que les défis des pays du Sud consistent à créer de l’emploi, des richesses. Il espère que les success story vont encourager d’autre pays à adhérer à l’accord d’Agadir.
Avoir un marché commun Sud Méditerranéen se traduirait par plusieurs avantages comme l’intégration régionale et le développement des échanges commerciaux, la création d’emplois et la contribution à la prospérité et à la paix dans la Zone Euro Med.
Gérard-François Dumont, Professeur à la Sorbonne et Président de la revue Population & Avenir, a indiqué qu’il y avait une interférence entre le géopolitique et le migratoire. En outre, tous les pays méditerranéens sont des pays de destination, de départ et de transite pour la migration.
M. Dumont a expliqué que plus un pays possède de population active, plus il crée de la richesse. La croissance de l’Union européenne n’existe que par le flux migratoire, a-t-il soutenu. Les déséquilibres géographiques peuvent avoir des répercussions géopolitiques positives ou négatives, selon leur gestion.
Andrea Amato, président de l’Institut de la Méditerranée, a constaté que l’immigration clandestine ne représente que 10% des entrées en Union européenne et que les 90% restants sont issus du non respect du visa touristique. L’immigration irrégulière va continuer même si la répression continue. Les politiciens des pays du Nord rejettent toujours la faute sur les pays du Sud. Il faut que les affirmations de principe se traduisent par des actions concrètes, avec des échéances bien précises.
« La Méditerranée, source de toutes les espérances, espace d’ouverture et d’échanges, peut cependant être à l’origine de ruptures ou de blocages. Ce sont ces paradoxes qui ont forgé son destin singulier.
L’histoire nous enseigne que chaque fois que le génie créateur des hommes triomphe des desseins de destruction et que la logique de la concorde et de la coexistence pacifique l’emporte sur les tendances à l’hégémonie et à la domination, la Méditerranée redevient le centre du monde et atteint la plénitude de son essor économique, social et culturel.
C’est cette Méditerranée à visage humain que nous revendiquons et qu’il nous faut recréer, celle de la prospérité partagée et de la paix retrouvée ».
Ces propos qui respirent l’espoir et l’optimisme ont été émis en guise de conclusion par M. Harguem, lors du discours d’ouverture du forum. Ils reflètent cependant la responsabilité qui incombe aux uns et aux autres pour que le bassin méditerranéen recouvre son aura d’antan.
Forum international de Réalités : l’avenir de la Méditerranée hypothéqué par Israël

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