Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Crise, grèves et caprices

Par Nizar BAHLOUL

Il ne se passe pas un jour sans que les chaînes françaises de télévision nous parlent de la fermeture d’une usine ou d’un site industriel.
Il ne se passe pas un jour sans que les médias américains ou britanniques nous parlent de la faillite ou des pertes abyssales d’un mastodonte de la finance.
Il ne se passe pas un jour sans que les médias espagnols nous parlent du krach immobilier qui a fait exploser d’un coup le chômage.

La crise sévit dans le monde entier et, comme le nuage de Tchernobyl, cette crise semble s’être arrêtée aux frontières de la Tunisie.
A la différence que, cette fois, l’Etat a tiré la sonnette d’alarme et a bien souligné le danger qui nous guette. Pour que notre Etat ose nous parler franchement, nous dire les choses comme elles sont (bien qu’elles soient un peu édulcorées), c’est qu’il doit bien y avoir danger.

La semaine dernière a été riche en grèves en Tunisie. Les semaines à venir le seront également.
La semaine dernière, c’était le tour de Tunisie Telecom et de La Poste, où l’on a observé une grève pendant une journée atteignant, selon les uns, près de 90% et autour de 20%, selon les autres. Ne cherchez pas à savoir qui exagère dans un sens ou dans l’autre, vous le ne saurez jamais.
Pour les semaines à venir, ce sera le tour des agents de l’Office de la Télédiffusion (28 avril), de la Steg (5 mai), de l’Agence Tunisienne de l’Internet (pourvu qu’ils ne coupent pas l’accès à Business News), du Centre d’Etudes et de Recherche des Télécommunications (CERT), de certaines directions régionales de l’Équipement…

Les syndicalistes européens essaient de se regrouper pour faire face à la crise, pour sauver leurs emplois, pour ne pas voir leurs entreprises mettre la clé sous la porte.
Les syndicalistes tunisiens revendiquent plus de primes, des augmentations de salaires plus importantes, de supprimer les contrats de sous-traitance et de titulariser tous les contractuels…
Chacun a ses priorités…

Au vu des négociations sectorielles, les syndicalistes tunisiens ont réussi à obtenir des augmentations de salaires. C’est le cas (pour ne citer que ces deux là) de Tunisie Telecom et de la Poste.
Mais une augmentation en temps de crise, ce n’est pas suffisant aux yeux des syndicalistes tunisiens. On a alors trouvé le moyen de contester l’augmentation de Tunisie Telecom parce qu’elle est inférieure de 30% à l’augmentation de l’année dernière.
Du côté de la Poste, on a trouvé le moyen de protester que la direction générale n’ait répondu favorablement qu’aux revendications matérielles ! Rouspétez, rouspétez, vous obtiendrez toujours quelque chose.
Montassar Ouaïli et Adel Gâaloul, respectivement patrons de Tunisie Telecom et de la Poste, doivent bien envier Yves Gauthier, il capo di Tunisiana, qui a bien réussi à tuer dans l’œuf les velléités syndicales de sa boîte, bien qu’il jure n’avoir jamais eu cette intention.

En Europe, on parle de licenciements massifs. En Tunisie, et parce qu’ils ont réussi à éviter les plans sociaux, nos employeurs doivent subir les caprices syndicaux.
Je vois venir les protestations de toutes parts sur les droits de grève, surtout qu’on est à la veille du 1er Mai, actuellement appelée fête du travail, auparavant (dès l’an 1884) appelée journée internationale de revendication des travailleurs.
Seulement voilà, il est bon de rappeler aux amis syndicalistes qu’une grève en temps normal est moralement acceptable pour faire pression sur les employeurs.
Mais actuellement, en cette période de crise, on est loin d’être en temps normal. On est en guerre !
La Tunisie a dû réviser à la baisse ses objectifs de croissance (4,5% pour l’instant) et le pays a besoin de toutes ses forces vives pour faire passer l’orage.
Une journée de grève, c’est une journée de production en moins, c’est un avantage qu’on donne aux concurrents, c’est faire preuve d’un extraordinaire aveuglement de l’actualité nationale et internationale où l’emploi est partout menacé. Moralement, elle est inacceptable.
En temps normal, une grève est considérée comme un droit et elle passe.
En temps de guerre, une grève est considérée comme un caprice et elle casse.

Subscribe to Our Newsletter

Keep in touch with our news & offers

Contenus Sponsorisés

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *