Par Nizar BAHLOUL
Allumez la télé et mettez là sur n’importe quelle chaine française. Attendez la publicité et comptez le nombre de spots achetés par des banques. Observez les produits et les services proposés !
Prenez n’importe quel journal économique français (Les Echos, la Tribune, etc.) et lisez le nombre d’articles relatifs aux banques qui s’y trouvent. Le nombre d’interviews donnés par des banquiers !
Allez ensuite sur internet et connectez-vous sur le site web de la première banque française qui vous vient à l’esprit ! En quelques minutes, et quelle que soit votre catégorie sociale, vous allez trouver une réponse (positive ou négative) à vos questions relatives à un crédit, un service ou à un état de portefeuille en bourse.
Au vu des produits et des services qu’elles proposent, les banques françaises font rêver les clients tunisiens.
Lorsque quelques unes de ces banques sont arrivées chez nous, on s’est réjoui. On ne pouvait que se réjouir, quand on cherche plus, plus, toujours plus. Lorsqu’on aspire à une banque qui ouvre ses portes aux jeunes, une banque d’une Tunisie qui change.
Mais un élément nous a échappé : l’effet du soleil et de la mer de la Tunisie sur les banquiers français. Un effet fatal, puisque ces banquiers, une fois débarqués dans le pays, ont fini par adopter notre farniente et notre opacité.
Elles sont au nombre de trois : la Société Générale, la BNP Paribas et la Caisse d’Epargne. La première a acheté l’UIB, la deuxième s’est offert l’UBCI et la dernière a acquis la BTK.
Quelle valeur ajoutée ont donné ces trois banques au pays ? Peut-être qu’il y en a, mais on ne la voit pas vraiment cette valeur ajoutée. En fait, et ce que l’on voit clairement en lisant les états financiers, ce sont les contrats de millions d’euros signés entre les banques tunisiennes et leurs maisons-mères.
Le cas de l’UIB a été le plus spectaculaire. Les cadres français dépêchés en Tunisie, lors de l’acquisition, sont arrivés avec plein de bonnes intentions. Tout a été facturé. Même les tickets du métro parisien d’un banquier français ont été présentés pour remboursement à la filiale tunisienne. Authentique !
Il a fallu qu’un commissaire aux comptes mette le holà, que la Banque centrale intervienne et que l’on remplace le DG français par un DG tunisien pour retrouver espoir.
A la BTK, on est également parti avec de bonnes intentions. De la communication moderne, des rencontres avec la presse, une image renouvelée. C’était au lendemain de l’acquisition.
Et puis, soudain, on a retrouvé les vieilles habitudes des banques tunisiennes.
La BTK ? On n’en entend plus parler. Ah si ! Timidement, il y a quelques mois. C’était lorsque le président de la Caisse d’Epargne a quitté ses fonctions en France, sans toutefois quitter son poste de président de la filiale tunisienne. Une rente pour Charles Milhaud dont on ne connait pas le montant. La transparence, pour les Français, c’est valable au nord de la Méditerranée, pas au sud.
Et puis il y a l’UBCI. C’est la plus ancienne des trois banques à porter la double nationalité. En France, la BNP Paribas est la banque d’un monde qui change, la banque qui ouvre ses portes aux jeunes.
En Tunisie, l’UBCI a laissé le soin de changer le monde et d’ouvrir les portes aux jeunes à ses concurrents. Sa communication est quasi absente et son PDG ne semble pas faire la différence entre publicité et communication, entre mécénat et sponsoring.
Lorsqu’on l’interroge s’il visite ses agences, ce PDG répond qu’il ne quitte pas son bureau et que c’est aux autres de venir vers lui. C’est apparemment la politique de la BNP. Sans blague !
Et puisqu’il faut comparer le comparable, et sans jeter des pierres aux uns et des fleurs aux autres, il est bon de s’interroger pourquoi la BIAT, la BT, Attijari ou l’ATB bénéficient d’une excellente image dans le pays et pas l’UIB, la BTK et l’UBCI.
Une seule question s’impose dès lors : qu’est-ce que les banques françaises ont apporté de plus au paysage financier tunisien ? En quoi leurs dirigeants se distinguent-ils d’un imposant Slaheddine Ladjimi, d’une courageuse Alia Abdallah ou d’un dynamique Hassen Bertal ?
Une suggestion pour finir : que les banques françaises se tunisifient lorsqu’elles arrivent chez nous, mais qu’elles prennent exemple sur les meilleurs banquiers d’entre-nous.
Quand elles arrivent chez nous, les banques françaises se tunisifient
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