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La grippe pèlerine

Par Nizar BAHLOUL

Avez-vous vu la Une du quotidien Assabah de samedi dernier ? Il y avait un point marrant ce samedi-là. Il ne s’agit pas de la petite anecdote de l’irremplaçable Mohamed Guelbi, à qui nous souhaitons un prompt rétablissement, mais d’une information officielle et d’un encart publicitaire qui retiennent l’attention.
En haut de la page du quotidien, on pouvait lire ce titre : le ministre des Affaires religieuses invite officiellement le citoyen à reporter son pèlerinage pour la Mecque.
En bas de la page du même journal, un encart publicitaire d’une agence de voyages parisienne propose tout le contraire. Destinée aux Tunisiens résidant à l’étranger (TRE) et aux membres de leur famille, l’offre de cette agence consiste à proposer à nos TRE des places pour la Mecque sans devoir passer par l’incontournable tirage au sort imposé aux Tunisiens résidant en Tunisie.
Ceux qui s’étonnent de voir que l’on peut lire deux informations contradictoires sur une même page d’un canard doivent savoir que les services de la rédaction et de la publicité sont hermétiquement indépendants dans les journaux qui se respectent. C’est le cas d’Assabah et nos confrères ne pouvaient théoriquement pas voir l’insertion publicitaire en question.
Mais là n’est pas le problème.

L’invitation du ministère des Affaires religieuses est des plus motivées. Face à la pandémie de la grippe A (H1N1) et vu que le pèlerinage coïncide cette année avec la saison hivernale, le risque d’une pandémie touchant nos pèlerins devient évident. Le risque pour eux, d’abord, et pour nous (restés au pays) ensuite. Sachant que le Bon Dieu a clairement ordonné aux croyants d’éviter tout ce qui leur est préjudiciable, le fait d’éviter le pèlerinage cette année devient du coup une obligation.
Sachant que, contrairement à d’autres pays du Golfe, il n’y a pas de demi-citoyens ou des non-citoyens (les fameux Bidoune), tous les Tunisiens sont donc égaux et rien ne devrait différencier un TRE d’un autochtone.
Pourquoi donc cette agence invite-t-elle nos TRE à se mettre dans des situations dangereuses alors que les autochtones ont été invités à user du contraire ? Pire, elle invite également les membres des familles des TRE au pèlerinage et leur garantit le contournement du tirage au sort national.
Ce que cette agence ignore, c’est que le pèlerinage n’est plus soumis au tirage au sort et que tout citoyen, selon certaines priorités et étude de dossiers, est libre de se rendre à la Mecque. Ce qu’elle oublie, surtout, c’est que le pèlerinage ne doit pas être considéré comme un business ordinaire et encore moins la santé des gens.

Sous d’autres cieux, il est à la portée de tout mufti de pondre une fatwa. Les muftis des autres contrées ne s’en privent pas et on en voit, régulièrement, de toutes les couleurs.
Seulement, en matière de fatwas, notre mufti à nous, tout comme notre ministère des Affaires religieuses, ont toujours brillé par leur silence. Avec cette pandémie de grippe A, ils perdent une belle occasion de ne pas se taire et de décréter au monde islamique entier que le pèlerinage est interdit. Du moins pour les Tunisiens.
Pourquoi ont-ils préféré la demi-mesure en invitant les candidats-pèlerins à éviter le voyage à la Mecque plutôt que de prononcer une interdiction claire, pure et simple ? Crainte de la polémique ? Faux !
En la matière, les textes coraniques sont des plus clairs et ne souffrent d’aucun problème de multiplicité d’interprétation : le musulman ne doit pas se mettre en danger.
Mieux encore, le Bon Dieu a bien ordonné aux siens à ce qu’ils obéissent à leurs gouvernants. Si le mufti tunisien s’est prononcé clairement sur le sujet ou si le ministère des Affaires religieuses a publié un décret d’interdiction de pèlerinage, aucune agence de voyage et aucun candidat-pèlerin n’aurait pris le risque de se mettre à dos la loi du pays et la parole de Dieu.

Seulement voilà, la demi-mesure en Tunisie est un sport national. Dans un pareil cas, le risque pris est gravissime, car l’impact d’une pandémie de grippe A peut être fatal pour tout le pays et son économie.
Une interdiction de voyage aurait dépité quelques uns, voire déclenché leur colère. La non-interdiction pourrait déclencher la maladie de plusieurs centaines, voire leur mort. Un pareil drame, une pareille publicité pour notre pays, notre économie et notre tourisme, on s’en passerait volontiers.

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