Par Nizar BAHLOUL
62 heures et 423 interventions. C’est le bilan quantitatif du dialogue des débats budgétaires cette année, selon les indications d’Abdallah Kallel, président de la Chambre des Conseillers.
Il y a quelques années, on parlait de marathon budgétaire. Désormais, on peut parler de sprint budgétaire.
Il y a quelques années, on se faisait un plaisir (en tant que journalistes) à aller couvrir ces débats et à écouter des parlementaires interroger des ministres sur telle ou autre mesure. Désormais, quand on va couvrir la séance d’un ministère, on nous dit qu’on est déjà passés au suivant !
Il y a quelques années, pas plus tard que l’année dernière, les parlementaires refusaient certaines propositions de ministres. Désormais, cette année du moins, on n’entend que des approbations.
Il y a quelques années, les débats commençaient fin novembre-début décembre et finissaient la veille de la Saint-Sylvestre. Il n’y avait qu’une Chambre à l’époque. Maintenant que l’on a adopté le bicaméralisme, les débats commencent début décembre et finissent mi-décembre. En termes de record, c’en est un. C’est-à-dire, que désormais on prend 50% du temps pour faire (théoriquement) le double du travail, une première partie à la Chambre des Députés et une seconde à la Chambre des Conseillers.
Au vu de cet empressement, on dirait que nos parlementaires et nos ministres sont à bord d’une Porsche sur une autoroute allemande, sans limitation de vitesse.
Certes, leur programme est clair, ils savent où ils vont, ils connaissent le chemin et leur route est balisée. Seulement voilà, les spectateurs que nous sommes, étions habitués à assister à un marathon et non à un sprint.
Le nouveau rythme de nos parlementaires est difficile à suivre pour les journalistes dont la majorité est plutôt habituée aux 4-5 cv qu’aux grosses berlines.
Une majorité habituée à couvrir un ministère par séance (matinée ou après-midi) et non à 4-5 ministères sans que l’on sache, suffisamment à l’avance, quand est-ce que ça commence.
D’ailleurs que l’on soit citoyen, journaliste, député ou sénateur, est-ce humain de pouvoir suivre un tel sprint ?
La crise économico-financière, à elle seule, demande une séance de deux jours avec les ministres des Finances et de la Coopération internationale pour comprendre les tenants et aboutissants de la crise.
L’islamophobie, la maghrébophobie et l’arabophobie observées un peu partout dans le monde occidental (chez nos partenaires et amis, notamment) exigent à elles seules une séance de deux jours avec les ministres de la Culture et des Affaires religieuses pour comprendre les enjeux, préparer la riposte et rassurer nos partenaires et amis sur leur identité nationale.
La grippe porcine, qui a suivi la grippe aviaire et précède le rhume machin N20, exige à elle seule une séance de deux jours avec le ministre de la Santé pour comprendre les origines du mal et proposer le remède à la maladie.
Le ciel qui s’ouvre exige à lui seul une séance de deux jours avec les ministres du Transport et du Tourisme pour comprendre que nos compagnies aériennes ne risquent rien et que notre tourisme ne peut que mieux se porter.
Le climat qui se réchauffe et les saisons qui s’affolent exigent, à eux seuls, une séance de deux jours avec les ministres de l’Environnement et de l’Agriculture pour que l’on se rassure sur l’avenir alimentaire et écologique de nos enfants.
Les sites internet qui se multiplient et les journaux électroniques qui pullulent exigent, à eux seuls, une séance de deux jours avec les ministres des Technologies et de la Communication pour comprendre que la Tunisie n’a d’autre choix que d’entrer de plain pied dans le XXIème siècle et que ces nouveaux supports et ces nouveaux métiers ne menacent personne, mais ne font qu’enrichir le paysage et participer à la croissance du pays.
Chers élus, de grâce, diminuez le rythme pour le budget de 2011 et laissez nous suivre vos débats, nous en avons besoin !
Nous nous réjouissons, ainsi que nos lecteurs, lorsque dans l’hémicycle, vous « gênez » les ministres par vos questions dérangeantes. Ne perdez pas cette habitude ancestrale, n’hésitez pas à trainer en longueur et évitez toute largesse à quelque ministère que ce soit.
Nous nous réjouissons, ainsi que nos lecteurs, lorsque vous demandez des justifications aux ministres pour qu’ils nous expliquent tout ce qui fait notre quotidien et notre environnement.
Nous nous réjouissons, ainsi que nos lecteurs, lorsque vous vous rappelez que c’est de votre droit que vous exigiez que les membres du gouvernement vous rendent des comptes.
Nous nous réjouissons, ainsi que nos lecteurs, lorsque vous n’oubliez pas que c’est notre droit, nous qui vous avons élus, que vous nous rendiez des comptes.
Tous les sportifs le savent : pour ceux qui veulent aller loin, les performances d’un marathon sont nettement plus significatives que celles d’un sprint.
Alors, de grâce nos chers élus, diminuez le rythme et laissez nous à l’avenir suivre sans précipitation vos débats, nous en avons vraiment besoin !
Sprint budgétaire

Mis à jour le: 21 décembre, 00:00
21 décembre 2009, 00h00
5min Temps de lecture
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