Par Nizar BAHLOUL
Des ministres qui hésitent, il y en a. Des ministres qui n’écoutent pas les besoins et les griefs signalés par la presse, il y en a quelques uns. Des ministres qui rejettent l’opinion contraire et refusent la critique constructive, il y en a à la pelle.
Désormais, et à la lumière de l’allocution du président de la République vendredi dernier (cliquer ici pour lire l’article de Noureddine Hlaoui à ce sujet), ces ministres n’existeront plus dans le gouvernement. En fait, non, ils existeront, mais ils n’agiront plus de la sorte. Du moins, s’ils envisagent d’exécuter sérieusement les ordres du président.
Avant, quand un ministre hésite, il attend que les consignes arrivent d’en haut.
Désormais si un ministre hésite, il n’attendra plus rien. Il se doit de résoudre le problème, en prenant les décisions qui s’imposent.
Avant quand on signale au ministre un besoin, un grief, on a soit un silence, soit une réponse en langue de bois.
Désormais, les ministres se doivent d’être au fait des lacunes, besoins et griefs éventuels, signalés par la presse ou par les citoyens. Et ils se doivent de donner l’information exacte et le renseignement voulu, avec franchise et réalisme.
Avant, quand un journaliste proposait une suggestion judicieuse ou opposait une critique constructive, son directeur recevait un coup de fil pour « corriger » son « salarié » et publier dans les plus brefs délais un démenti.
Désormais, les ministres se doivent de respecter l’opinion contraire, accepter la critique constructive, tirer profit de toute suggestion judicieuse et de toute évaluation utile.
Avant, on mettait dans les tiroirs (le plus bas possible de préférence) les rapports de la Cour des comptes et les décisions du tribunal administratif. Et si un journal s’amuse à publier un extrait de l’un de ces rapports, il a droit aux coups de fils précédemment cités ou, carrément, une suppression de publicité.
Désormais, les ministres se doivent d’accorder la plus grande attention et le suivi voulu aux observations, rapports et requêtes émanant du Médiateur administratif, de la Cour des Comptes, du Tribunal administratif et du Citoyen superviseur.
Si les ministres accrochent devant eux, dans un cadre, les consignes présidentielles de vendredi dernier (les fameuses consignes qu’ils attendaient depuis des années), la Tunisie accèdera, dans les plus brefs délais, au statut de pays développé.
Sauf que voilà, il y a un mais. En mettant en exécution ces consignes, les ministres vont prendre de gros risques. Des risques d’erreur.
Tant qu’il n’y avait pas de consignes, tant qu’il n’y avait pas de décision collégiale permettant de diluer les responsabilités, les ministres ne risquaient pas de commettre des erreurs. Car, c’est connu, la meilleure façon de ne pas commettre d’erreurs, c’est de ne rien faire, en attendant les consignes. C’est la garantie pour préserver son portefeuille ou son fauteuil.
Mais voilà, il y a maintenant l’avant et l’après-discours du 22 janvier que les confrères ne se gêneront pas d’opposer à chaque occasion.
Non seulement les ministres se doivent de prendre des décisions, mais il faut que ces décisions soient bonnes !
Non seulement ils se doivent d’écouter les journalistes et les critiques, mais ils doivent aussi leur répondre franchement et sans langue de bois.
Non seulement, ils se doivent de lire les rapports de la Cour des comptes et autres médiateurs, mais en plus ils se doivent de leur accorder attention et suivi.
Pour certains, c’est kafkaïen et à la limite de l’inhumain ! Ils n’ont pas tort, je les plains !
Au vu de tout cela, la seule question qui s’impose après lecture et relecture de l’allocution du président du 22 janvier, c’est si les ministres vont continuer comme avant à attendre des consignes venant d’en haut, ou vont désormais appliquer les consignes de ce fameux 22 janvier en n’attendant plus les consignes ?
La réponse ? Nous la saurons dans quelques mois et notamment nous autres journalistes de la presse électronique qui attendons depuis des mois une consigne venant d’en haut pour que l’on reconnaisse notre statut ! Les paris sont ouverts.
En attendant les consignes venant d’en haut
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Mis à jour le: 25 janvier, 00:00
25 janvier 2010, 00h00
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