Le commerce, en Tunisie, enregistre, à l’instar de tous les autres secteurs, une grande métamorphose et a entrepris d’effectuer sa mue depuis quelques années déjà.
En effet, mondialisation de l’économie oblige et suite à l’ouverture des frontières, rien n’est plus comme avant et nos commerçants sont contraints de faire leur mise à niveau par rapport à leurs homologues dans d’autres pays plus avancés ou même ceux similaires au nôtre.
Est-ce le cas ? Le passage de l’état ancien à celui des temps modernes se fait-il en douceur ou bien dans la douleur ? Etat des lieux …
Le premier constat à faire est que bon nombre de nos commerçants ont su s’acclimater avec les nouvelles donnes et réussi la transformation sans heurts ni cassure. D’autres, aux mentalités bien ancrées et bien traditionnelles, éprouvent les pires difficultés à se mettre au diapason des changements. De quoi s’agit-il au juste ?
Les boutiques dites « chic » ou « in » des quartiers résidentiels d’Ennasr, El Manar et autres aux Berges du Lac ont compris la situation, surtout en matière d’habillement et de prêt-à-porter. C’est ainsi qu’ils optent pour l’adaptation avec la mode.
Il faut avouer qu’ils ont été aidés, en cela, par le standing de la population des zones environnantes et le niveau de vie des consommateurs qui ont l’habitude de suivre la mode et de renouveler leurs habits, plusieurs fois par an.
Ainsi, chaque fois qu’il y de nouveaux arrivages, ils n’hésitent pas à solder l’ancien stock. Même si cela se fait, théoriquement et apparemment à perte.
Or, en parvenant à faire écouler une bonne partie du stock, généralement plus de la moitié, au prix fort, ces commerçants en auront amorti, déjà, le coût de revient. Et en bon calculateurs, ils préfèrent liquider ce qui en reste avec de réelles remises, notamment lors des périodes réservées à ces soldes.
Et les résultats ne se sont pas fait attendre. La machine roule avec des bénéfices satisfaisants pour tous.
De l’autre côté, il y a les commerçants des zones dites populaires ou installés dans la vieille Médina, en l’occurrence, la rue de la Kasbah, « El Grana », « El Hafsia » et, à moindre degré, ceux du centre ville, plus particulièrement des rues Charles De Gaulle, El Jazira et Jamel Abdennasser, semblent souffrir le martyre, dans le sens où ils sont touchés par cette tendance de changement de modes.
En effet, cette catégorie de commerçants, habitués à traiter trois à quatre articles de chaque vêtement (pantalons, chemises, robes, etc.), qui se maintiennent durant toute la saison (printemps -été ou automne – hiver), ont été déboussolés par l’arrivage de nouveaux articles à un rythme, trop effréné pour leur goût et par rapport à leurs habitudes.
Ces commerçants avaient des habitudes et des prévisions claires et stables, ce qui leur permettait de s’approvisionner en quantités bien déterminées qu’ils pensaient pouvoir écouler selon un calendrier bien précis.
Ces commerçants ont l’habitude de vendre chaque article du même arrivage au même prix du début jusqu’à la fin du stock. Et ils faisaient leurs prévisions de bénéfices sur cette base. Ces commerçants n’ont pas la mentalité moderne du défilement accéléré des modes et de la nécessité de passer rapidement d’un article à l’autre, plusieurs fois durant la même saison.
Pour eux, il faut qu’ils réalisent les bénéfices escomptés selon le prix et la marge qu’ils ont prévus au départ dans le sens où ils vont vendre tout le stock selon le même prix unitaire. Et même s’ils ont déjà amorti le coût de revient, psychologiquement, ils ont du mal à admettre la vente de plusieurs exemplaires d’un article à moitié prix. Dans leur tête, cela présenterait un manque à gagner qu’il faut éviter à tout prix.
Du coup, ils ne savent plus sur quel pied danser. D’un côté, ils sont tentés de rester attachés à leurs vieilles habitudes, et de l’autre, ces vieilles habitudes ne sont plus rentables. Mais, la réalité a fini par s’imposer. Et là, ils rencontrent de vrais problèmes dans la mesure où, n’étant pas habitués à cette nouvelle donne et ne sachant pas trop la périodicité des changements, ils ont des difficultés énormes à prévoir les approvisionnements en quantités.
Il faut dire qu’ils n’arrivent pas à s’adapter à l’idée d’opter pour des liquidations avec remises pour les articles invendus au moment de l’arrivée d’un autre.
Un vrai dilemme qui se pose à ces commerçants qui sont très nombreux et qui étaient habitués à réaliser, non pas de gros chiffres d’affaires, mais des marges bénéficiaires appréciables, en jouant, notamment sur la quantité.
Peut-on dire qu’on assiste, désormais, à l’émergence de deux catégories de commerçants, chacune avançant et évolution à une cadence propre à elle ? Assiste t-on à un commerce à deux vitesses ? Tout porte à le croire, du moins dans l’état actuel des choses. A moins que les mentalités parviennent à changer !…
Tunisie – Les commerçants avancent à deux vitesses
Article réservé aux abonnés

Écouter cet article
0:00
0:00
Mis à jour le: 13 septembre, 00:00
13 septembre 2010, 00h00
5min Temps de lecture
Subscribe to Our Newsletter
Keep in touch with our news & offers









