Coup sur coup, les 24 et 28 janvier 2011, deux des principaux barons du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) sont sortis de l’ombre et se sont affichés au grand public à travers les médias audiovisuels pour s’exprimer sans la moindre gêne comme si de rien n’était.
Il s’agit de Mohamed Ghariani et Iyadh El Ouederni, respectivement secrétaire général du RCD et ex-directeur du cabinet du président déchu, qui ont réussi à se faire interviewer par la chaîne Al Arabiya et Nessma TV pour parler du passé et… même de leur avenir et de celui de l’ancien parti au pouvoir.
A peine embarrassés et nullement gênés, les deux anciens caciques du RCD ont tenu, pratiquement le même langage, la même logique et le même raisonnement, mais tous les deux n’ont pas eu le courage de faire un mea culpa clair.
Au contraire, les deux ont usé de tous les « arguments » et les stratagèmes pour se disculper et accuser leur maître, le président déchu Ben Ali, de tous les maux. « Unilatéralisme, folie des grandeurs, traitrise … ». Tous les qualificatifs négatifs étaient bons pour décrire l’ancien « dictateur ».
C’est à croire qu’ils étaient, eux-mêmes des victimes de la tyrannie de Ben Ali. Ainsi, en dépit de leurs hauts postes de premier rang, ils ont eu « l’audace » d’affirmer qu’ils ne participaient, ni de près ni de loin, aux décisions déterminantes dans la gestion des affaires de la Tunisie.
Et quant aux « ravages causés par les membres de la « famille », ces deux barons jurent leurs grands dieux qu’ils n’en étaient pas au courant.
« A part la gestion des affaires courantes du RCD, je n’étais au courant de rien concernant les rouages de l’Etat et, encore moins, tout ce qui touche à la famille », assure en substance M. Ghariani, une des toutes dernières personnes reçues par Ben Ali avant son départ. Le même n’hésitait pas à révéler plusieurs détails croustillants à un hebdomadaire français sur les derniers jours du président déchu.
« Je préparais juste les grandes lignes des programmes et des discours présidentiels », affirme de son côté l’ancien directeur du cabinet de Ben Ali.
En s’en lavant, ainsi honteusement, les mains, ces deux barons du RCD en arrivent à la conclusion qu’ils n’étaient, en fin de compte, que de simples exécutants et, qu’au fond et en leur âme et conscience, ils appliquaient les ordres à contrecœur avant de faire l’éloge de l’ancien parti au pouvoir en jouant de la vieille rengaine des origines du parti destourien et ses mérites dans l’évènement de l’indépendance.
Le tout pour conclure que ce parti a sa place, comme toutes les autres formations politiques, sur la scène politique du pays.
Pour eux, le RCD a juste besoin d’un coup de lifting, de restructuration et de changement de dénomination. Et le tour est joué. Comme dit le proverbe bien de chez nous : « il est tombé dans le puits et ils l’ont repêché » !!
D’ailleurs, dans une interview à un journal de la place, Hédi Baccouche, premier chef de gouvernement sous Ben Ali et architecte de la Déclaration du 7 novembre 1987, parle, déjà, de l’idée de cette restructuration et du changement de dénomination du RCD, une tâche qui pourrait être confiée à Mustapha Filali et Mohamed Chaker.
Mais Mohamed Ghariani et Iyadh El Ouederni semblent avoir la mémoire courte. Trop courte même. Comment ont-ils oublié, si vite, les scores invraisemblables oscillant entre 95 et 99 % obtenus par les candidats de leur parti aux différentes élections présidentielles et législatives ?
Tout le monde sait que les membres de tous les bureaux de vote n’étaient, lors de ces scrutins, que des membres voire des milices des cellules de ce parti. Et tout le monde sait que les urnes étaient transférées de ces bureaux de vote aux locaux des sièges des 24 gouvernorats, où il n’y avait que des Rcédistes, pour y procéder au dépouillement des bulletins et, surtout, aux inévitables et célèbres bourrages par les bulletins « rouges ». Reste à prouver, juridiquement, tout ce que tout le monde sait.
C’est dire qu’il s’agissait de fraudes à très grande échelle et à une falsification des résultats des élections. Qui en est responsable ? Le ministère de l’Intérieur, diraient les responsables du RCD. Mais le ministre de l’Intérieur n’était-il pas un des membres du Bureau politique du RCD ?!
Nous ne sommes pas de juristes, mais le bon sens et la logique voudraient que les auteurs de telles fraudes soient passibles d’un procès qui les condamnerait et condamnerait le parti bénéficiaire à la dissolution.
Bien sûr, ce parti pourrait être ressuscité sous une autre dénomination, mais ses anciens caciques devraient être interdits de toute activité politique. C’est ainsi que cela se passe dans les pays démocratiques. Un fraudeur est toujours éjecté de la vie politique.
D’ailleurs, tant qu’on y est, la Commission nationale chargée de l’enquête sur les malversations et la corruption pourrait très bien inclure parmi ses missions, l’enquête sur les malversations intervenues, justement, lors des précédentes élections et recommander la traduction des responsables de ces fraudes devant les tribunaux appropriés.
Franchement, notre étonnement est grand de voir des personnes persister et insister à rester au devant de la scène malgré leur discrédit.
Mais à vouloir trop s’accrocher à un éventuel retour par une autre porte détournée, ils méritent une sortie définitive légale dans les règles de l’art et sans gloire.
Dessin : Lounis, Le jour d’Algérie










