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Tunisie – Retour sur l’ampleur de la corruption et de la terreur

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    Les premières révélations de la commission nationale d’établissement des faits sur les affaires de malversation et de corruption montrent que la corruption constituait l’un des fondements du régime de Ben Ali. C’est ce qui explique d’ailleurs les sommes faramineuses retrouvées au palais. Il y avait de toutes les monnaies du monde avec une préférence avérée pour les dollars et les euros.

    Les listes dressées des dépenses donnent déjà une petite idée du public ciblé. L’ex-directeur de la garde présidentielle, le général Ali Sériati, a touché 500.000 dinars en liquide la veille du départ du dictateur déchu. Cette somme devait servir à monnayer les services de ses sbires et les encourager à réprimer davantage les masses révoltées.
    Quatre des responsables des partis politiques de décor ont reçu, chacun, cinquante mille dinars pour leur complaisance et leur contribution à cette image truquée de la ‘démocratie’ à la tunisienne. Faute de précisions de M. Abdelfattah Omar, les recoupements des informations orientent les accusations, pour la journée du 7 janvier, vers les secrétaires généraux du PUP (Mohamed Bouchiha), du MDS (Ismaïl Boulehya) et du PSL (Mondher Thabet). Mongi Khammassi, secrétaire général du PVP, serait le concerné par la journée du 12 janvier.
    Les sommes énormes retrouvées au palais de Carthage montrent bien que l’usage de cette pratique est courant sous le régime déchu. Les listes des personnes ayant reçu entre 300 et 6.000 dinars lors des élections présidentielles confirment ce choix.
    La présence de ces sommes laisse toutefois les observateurs perplexes quant au choix d’amasser autant de monnaie locale, si l’on comprend qu’on peut prendre les devises à l’étranger en cas de fuite. Le régime déchu s’est-il attendu à un éventuel blocus et préparé en conséquence ?

    Les révélations de M. Omar éclairent aussi sur les relations du président déchu avec le gouvernement. Le rôle des ministres se « limite à l’exécution des ordres ». Lorsqu’un ministre « traîne dans l’examen d’un dossier, il est rappelé à l’ordre, parfois à travers des menaces ».
    M. Omar a cité l’exemple d’un appel nocturne du président déchu, en personne, à un ministre récalcitrant sur un dossier de passe-droit. Il lui aurait expressément dit « Il paraît que tu n’as encore rien compris ! ».
    Un autre ancien ministre s’est justifié de sa passivité en disant à la commission : « Ce n’est pas sûr que celui qui refuse d’appliquer un ordre parvienne à rentrer chez lui ! ».
    M. Omar affirme que « le mode d’exercice du régime tunisien n’est ni présidentiel, ni présidentialiste. Il s’agit plutôt d’un régime totalitaire ».
    Il précise que « tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains du président, qu’il s’agisse d’une dérogation exceptionnelle pour l’importation d’une voiture de luxe, d’une intervention à la douane ou, même, pour faciliter l’attribution d’un visa pour l’accès en Tunisie d’une personne étrangère ».
    Cela va sans dire, poursuit-il, qu’il s’agit d’un « squattage systématique des domaines publics et leur attribution aux familles Trabelsi, Ben Ali et consorts en manipulant les législations pour les soumettre aux intérêts de ces familles ».

    Les exemples cités montrent cette avidité d’enrichissement aux dépens du peuple. Leila Ben Ali a acquis un terrain de 3.524 m2 auprès de la société d’études et d’aménagement de Hammamet Sud pour la modique somme de 100 dinars. Elle a obtenu au dinar symbolique le terrain de l’école internationale de Carthage, dont la superficie s’élève à 17.684 m2. Le président déchu a, lui aussi, acheté un terrain à Sidi Bou Saïd à cinq dinars le mètre carré !
    Il est donc clair que le gang gouvernant la Tunisie ne reculait devant rien pour réaliser ses desseins. La terreur et l’argent s’alternaient pour asseoir son autorité. La législation était faite pour le ‘petit peuple’.

    Par ailleurs, ce qui a été dernièrement découvert au palais de Carthage est l’image macro de ce qui se pratiquait par les familles Trabelsi, Ben Ali et Materi. Chaque clan avait ses garde-corps pour faire leur loi et distribuait de l’argent aux disciples sages qui acceptent de servir de décor au Sérail. Il châtiait quiconque daignant résister.
    Maintenant que le nid aux vipères a été découvert, comment la Tunisie devrait-elle agir pour couper les racines de ces mafieux ? Jusqu’où la commission devrait avancer dans ses investigations ? Qui doit payer et qui ne le doit pas ? Devrait-elle donner les noms de ceux qui ont bénéficié des largesses du régime déchu ?
    Il y a certes un consensus pour relativiser mais jusqu’à quel niveau ?
    La plupart des observateurs trouve toutefois que c’est une erreur que de dire que quatre responsables politiques de l’opposition ont perçu chacun la somme de cinquante mille dinars sans les citer. De telles révélations devraient être suivies par des noms et il y a même des interrogations sur le mode de réactions à prendre face à de tels actes contre le peuple tunisien. Devraient-elles passer dans l’indifférence ?
    Quelle est finalement la ligne de démarcation entre la tolérance et le châtiment et qui devrait en décider ?

    Autant de questions et bien d’autres sont dans l’attente de réponses claires. Il y va de la crédibilité des informations communiquées. Or, c’est, justement, la manière de communiquer qui laisse encore à désirer…

    Crédit photo : ibenin.com

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