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Elargir l’horizon des financeurs tunisiens pour créer des TPE-PME

Étant donné le contexte socioéconomique particulier de la Tunisie, il est très probable qu’à terme son tissu économique reste composé à 89 % de TPE/PME (Très Petites Entreprises/Petites et Moyennes Entreprises).
Par ailleurs, faciliter la création d’entreprise, quelque soit le secteur d’activité, est le moyen le plus rapide et le moins coûteux de résorber le chômage des jeunes. Le jeune qui tente l’aventure de transformer un projet, une envie, une idée en une activité économique rentable, libère une place de salarié, crée son propre emploi et, si le succès lui sourit, crée de nouveaux emplois…
Mais cela sous-entend de disposer d’un dispositif d’appui et d’accompagnement de l’entreprise qui soit bienveillant et diligent. Le dispositif public d’aide au financement d’entreprise, dont le rôle fondamental est de préparer le terrain aux initiatives du secteur privé, doit soigner son image et garantir son effet d’entraînement en manifestant sa volonté d’explorer des pistes audacieuses. Cela implique de sortir de sa zone de confort.

Une des clés du succès dépendra de l’inclination des acteurs du dispositif public, mais également du dispositif privé, d’aide à la création et au financement d’entreprise de bien vouloir sortir des sentiers battus et de se libérer des clichés qui sont légion dans un marché du financement des TPE/PME encore balbutiant.

On pourrait commencer par élargir l’horizon des financeurs publics et des investisseurs privés.
Souvent chez les financeurs, publics comme privés, prédomine la perception trompeuse qu’en dehors des technologies de pointe, il n’y a point de pactole !
Idée sous-jacente : les start-up « non tech » ont implicitement un potentiel moindre de retour sur investissement et sont de ce fait moins attractives pour les capitaux-risqueurs individuels ou publics.
On a ainsi tendance à penser que le fait de détenir une technologie propriétaire, dont on peut breveter plusieurs composantes et applications innovantes constitue le meilleur moyen d’établir à terme un avantage concurrentiel et une barrière à l’entrée dans le marché visé pour dissuader la concurrence.
Ces atouts semblent offrir aux yeux des investisseurs de bien meilleures chances d’obtenir à terme de hauts retours sur investissement.
Pourtant bien des start-up « non tech » méritent un minimum de bienveillance de la part des investisseurs les plus avisés. Car elles sont nombreuses à offrir des perspectives de dégager des marges suffisamment élevées que pour alimenter d’excellents cash-flows et ROI (acronyme de return on investment).

Un exemple pour illustrer ceci.
D’un côté une entreprise de nettoyage de surfaces commerciales et de l’autre, un laboratoire fabriquant des compléments alimentaires vitaminés élaborés à partir de formules moléculaires « high tech ».

L’entreprise de nettoyage, lors d’un forum de présentation de projets, n’a pas pu susciter l’intérêt des investisseurs présents, bien qu’avec relativement peu de fonds elle aurait pu se développer rapidement. En outre, elle opérait sur un marché bénéficiant d’un taux de croissance élevé et son plan d’affaire était bien rodé.
Son équipe de gestion était très soudée, compétente (expérience du terrain, savoir-faire en gestion, connaissance des circuits d’approvisionnement et de distribution des produits de nettoyage et même une certaine expertise financière) et surtout à même de fournir un service de grande qualité à des coûts (main d’œuvre et matières premières) bien maîtrisés et relativement bas.
En d’autres mots, les marges semblaient particulièrement confortables.
Mais, évidemment, il n’y avait rien de neuf ni de sexy à proposer un nième service de nettoyage de bureaux. Et donc les financeurs tant publics que privés n’ont pas bronché….
L’entreprise en question n’a cependant jamais cessé de gagner de l’argent même sans l’aide du capital-risque.

Tandis que la société élaborant des compléments alimentaires vitaminés, des nutriments et autres alicaments « high tech », suscita elle, un énorme enthousiasme dans l’assistance et obtint facilement tout le concours financier nécessaire à son expansion. Elle parvint même à attirer dans son conseil d’administration des noms prestigieux.
Cependant, assez promptement et à leur grand désarroi, entrepreneurs et investisseurs constatèrent que, même protégés par des formules novatrices brevetées, cela coûte une fortune en dépenses marketing de convaincre la population d’un vaste marché potentiel de devenir splendide et immortel.
La société a ainsi prestement flambé tout son capital puis est tombée en faillite.

Les enseignements de cet exemple sont multiples.
Se débarrasser de la saleté sera toujours un marché en croissance quels que soient le lieu et le moment.
Les investisseurs ne devraient pas mimer le comportement des sociétés de capital-risque à la recherche de la dernière technologie en vogue mais plutôt montrer une ouverture d’esprit en s’intéressant à une plus grande palette d’opportunités d’investissement.
Une start-up proposant une technologie avancée, unique, propriétaire et brevetable n’est pas la seule voie menant au pactole.
La véritable barrière à l’entrée et/ou l’avantage concurrentiel est surtout de savoir fournir un service de qualité en arborant des marges élevées (en maîtrisant ses coûts notamment).

Un projet simple, quelque soit le secteur d’activité et une bonne équipe peuvent suffire à enrichir un investisseur.
Le corollaire à ce principe est qu’il faut également trouver les moyens d’aider les jeunes pousses « non tech » à émerger et à gagner en visibilité auprès des investisseurs formels (SICAR, FOPRODI, etc.) et informels (patrons de PME, business angels…)

Carl-Alexandre Robyn
Ingénieur-conseil financier

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