
Par Nizar BAHLOUL
Ben Ali est parti. Le plus riche des Trabelsi s’est enfui. Les autres sont sous les verrous et les plus chanceux de la famille de l’ancien président sont aux abois et se font tout petits. Triste constat pour eux. Heureux constat pour le reste des Tunisiens.
Sauf que voilà, certains d’entre-nous semblent frappés du syndrome de Stockholm, ce phénomène selon lequel un prisonnier s’attache à un geôlier et adopte son point de vue.
Les Trabelsi prenaient ce qui ne leur appartenait pas et s’installaient dans des lieux dont la propriété revient à l’Etat.
Mais n’est-ce pas exactement, à un degré bien moindre, ce que font ces gens qui ont installé des baraques sur des lieux publics ?
Ben Ali gouvernait selon son propre diktat et essayait d’imposer ses propres lois créées sur mesure.
Mais n’est-ce pas exactement ce qu’essaient de faire certains islamistes en voulant imposer la chariâ à l’ensemble des Tunisiens et en interprétant le Saint-Coran selon leur propre vouloir ?
Ben Ali décidait, dans son palais, qui est coupable et qui est innocent et utilisait, pour ce faire, l’appareil judiciaire.
Mais n’est-ce pas exactement ce que font nos gouvernants en dressant cette liste des 112 « coupables » à qui on va confisquer les biens, et en utilisant l’appareil législatif du décret-loi pour répondre à la demande vengeresse (bien légitime) de la population ?
Les Tunisiens ont fait la révolution et n’ont pas eu besoin de leader pour atteindre leur objectif. Il n’y avait ni islamistes, ni syndicalistes, ni gauchistes pour mener cette révolution à bon port. Elle a été l’œuvre de tout le monde, car tout le monde en avait ras-le-bol. Y compris ceux qui étaient à l’intérieur du système et luttaient pour que ledit système soit le moins oppressif possible.
Et puisque chacun se considère comme partie prenante de cette révolution, chacun estime qu’il a la légitimité de revendiquer et de s’approprier tout et n’importe quoi.
Et quand on lui dit qu’il n’est pas possible d’accéder à sa revendication, il entonne le nouveau refrain national : « le peuple veut ! ».
Les derniers en date sont ceux qui appellent au sit-in de la Kasbah 3 et à la chute du gouvernement Caïd Essebsi au prétexte que ce gouvernement n’a pas rempli sa mission. En a-t-il eu le temps déjà ? Si ce n’est pas un nivellement par le bas et une dictature prolétaire, ça lui ressemble. Une chose est sûre, c’est que c’est identique à la dictature de Ben Ali qui croyait avoir raison.
Des Islamistes du parti non autorisé Ettahrir se sont rassemblés à l’avenue Habib Bourguiba brandissant des slogans à caractère religieux et totalement anti-républicains. Pour ces Islamistes, les lois républicaines ne sauraient jamais être supérieures aux lois divines.
Au nom de la liberté, il est évident qu’ils ont le droit de revendiquer ce qu’ils désirent, y compris de vouloir imposer la dictature islamique dans le pays. Tant qu’il n’y a pas d’appels à la haine et de transgression de la loi, leurs appels demeurent des paroles en l’air.
Mais voilà, quelques « dictateurs » se sont élevés et qui, par amour sincère de la démocratie et des libertés, ont cru bon suggérer de (re)mettre ces radicaux en prison ! D’autres ont appelé à une Qobba 2, alors que d’autres ont préféré une solution moins radicale en invitant les Tunisiens, vendredi prochain, à débarquer à l’avenue Habib Bourguiba, devant le ministère de l’Intérieur, une cannette de bière à la main. Bonjour la confrontation !
Voilà où l’on va et il ne nous manquerait plus que ça : qu’on se guerroie les uns les autres parce que nous avons des idées radicalement opposées !
Que ces révoltés appellent à ce qu’ils désirent, mais qu’ils se soumettent aux lois existantes.
Qu’ils soient islamistes, gauchistes, communistes ou membres du gouvernement, il y a des lois et une justice à qui tout Tunisien doit se soumettre. Autrement, nous irons tous droit au mur.
Faut-il cependant que nos lois soient égalitaires et que notre justice soit juste. Mais là, c’est une autre histoire…










