A Ennakl, on l’appelle le Béji Caïd Essebsi de l’entreprise. Rien que ça !
Abderraouf Menjour, l’administrateur judiciaire du concessionnaire de Volskwagen, Audi, Seat et Porsche (et bientôt Skoda) a du pain sur la planche. Comment gérer toutes les contraintes du leader des concessionnaires automobiles tunisiens, cette ancienne propriété (à 60%) de Sakher El Materi cotée sur les bourses de Tunis et de Casa. Comment gérer, tout à la fois, un personnel « révolutionnaire », des marques des plus exigeantes et traiter avec des petits actionnaires plus que mécontents ? Le tout dans un milieu concurrentiel et « hostile » dans un environnement politique incertain.
L’Assemblée générale d’Ennakl, tenue le 30 juin 2011, a été tendue. Très tendue. Les petits actionnaires présents étaient tous mécontents. Après avoir perdu, pour beaucoup d’entre eux, plus de 50% de leur investissement (leur épargne pour certains), ils ne peuvent être que dépités de constater que le conseil d’administration ne leur offre que 250 millimes de dividende par action. La moitié de ce qu’on leur a précédemment promis. Dépités de constater qu’on ne leur a offert aucun siège au sein de ce conseil, alors qu’ils sont en droit de revendiquer 40% des sièges. Carrément inquiets pour l’avenir de cette entreprise et, par conséquent, pour leur épargne-investissement.
Présidant l’assemblée, Abderraouf Menjour revient longuement sur ce qu’a vécu l’entreprise tout au long des cinq derniers mois. Les voitures saccagées et brûlées. Celles volées au Port alors qu’elles n’ont pas encore été livrées à Ennakl. La chute drastique des ventes au cours du 1er trimestre et la révision à la baisse du quota alloué au concessionnaire.
Du côté du personnel, il y a les multiples conflits sociaux nés après le 14 janvier. C’est qu’on découvre qu’Ennakl a quasiment un problème identique à celui de Tunisie Telecom avec la disparité des salaires entre l’ancien personnel et le nouveau.
Et puis il y a les banques qui ont bloqué les crédits, les avoirs que le gouvernement a décidé de geler et le fournisseur allemand Volkswagen qui observe de près l’évolution de la situation et s’interroge sur l’avenir de cette entreprise et l’identité de son nouveau représentant tunisien.
Abderraouf Menjour a donc cette charge de devoir expliquer à tout ce beau monde qu’Ennakl, tout comme la Tunisie, vit une situation exceptionnelle. Que la société, publique à 60% suite à la confiscation, doit être sauvée coûte que coûte. Que chacun doit mettre du sien pour assurer ce sauvetage.
Et c’est ce qui explique que certains, parmi le personnel d’Ennakl, le surnomment « notre Béji Caïd Essebsi », car, avec ses 73 ans, M. Menjour ne fait pas toujours l’unanimité, mais essaie d’expliquer, d’expliquer, d’expliquer. Sans, forcément, donner les réponses qu’on attend. Ou encore de convaincre tout le monde, notamment les éternels sceptiques et les impatients qui veulent tout, tout de suite.
Après avoir rappelé son parcours à la tête de plusieurs entreprises et à la Bourse, Abderraouf Menjour a tout fait, durant l’assemblée, pour rassurer toutes les parties. « Je ne suis pas voyant, mais je suis optimiste. Nous avons fait des records de vente en avril, mai et juin. L’année sera bonne. »
Au personnel, il indique : « je ne fais pas de distinction entre les nouveaux et les anciens. Quand je suis arrivé, je les ai connus tous en même temps et je les considère tous comme mes enfants. Alors, j’essaie de trouver le consensus et la solution juste en augmentant les uns et en ajustant les avantages des autres. »
Son gros souci, c’est l’image. Tout passe par la bonne image qu’Ennakl doit dégager aux Allemands (qui lui ont donné un satisfecit), aux Marocains, aux banques, à l’Etat, au public.
Il parlera du contrôle fiscal approfondi et déclare, d’ores et déjà, qu’il n’a pas découvert de malversations de la part de l’ancienne direction. Mieux encore, il indique que Sakher El Materi n’a pas reçu sa rémunération 2010 (460.000 dinars).
« Nous avons colmaté les brèches, nous voulions sauver la face et assurer la pérennité de l’entreprise », lâchera-t-il avant d’inviter les actionnaires mécontents à faire preuve de patience et de compréhension au cours de cette période aussi difficile qu’exceptionnelle.
Ennakl finira l’année en leader, semble-t-il, comme l’année dernière et comme celle d’avant. Le show room de la Goulette pour Porsche et Audi sera ouvert bientôt. Bien qu’on ait refusé de nous répondre sur Skoda, on sait que cette nouvelle marque atterrira bientôt en Tunisie. Dès le mois de Ramadan, Ennakl multipliera les spots publicitaires à la télé, pour regagner son image auprès du public. On commencera par le Volkswagen Amarok et la Seat Ibiza et on continuera, ensuite, par les autres modèles.
Pour ce qui est du futur actionnariat, aucune piste n’est retenue puisque le dossier (à l’instar de toutes les entreprises appartenant au clan Ben Ali) ne peut être solutionné que par le gouvernement. Sur ce dossier, précisément, les Allemands auront un droit de regard sur le nouvel actionnaire.
En bref, et à entendre Abderraouf Menjour, la situation était à l’arrêt voire carrément en panne. Là, elle redémarre petit à petit, s’accélérera dans les plus brefs délais. Reste à savoir quand est-ce qu’elle atteindra la vitesse d’une Porsche.










