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L’ISIE et la société civile épinglent les infractions de la campagne électorale

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    Une soirée ordinaire à Cité Ennasr… Le quartier s’allumait de mille feux… Les terrasses des cafés ne désempilaient pas… les automobiles affluaient sur l’artère dans un brouhaha de vrombissements de moteurs, de klaxons…
    Un spectacle qui n’a rien de plus commun ou presque… La campagne électorale, qui bat son plein, n’a pas épargné ce quartier et des jeunes gens arborant des t-shirt aux couleurs de leur parti distribuaient gaiement des tracts aux automobilistes. Une scène qui aurait dû passer inaperçue si ce n’était qu’une des « militantes » était haute comme trois pommes. L’enfance fait vendre, aucun créatif ne l’ignore, mais delà à mobiliser des gamins pour distribuer le programme électoral aux passants, il n’y a qu’un pas que la liste de l’Ariana du parti du Travail Tunisien n’a eu aucun mal à sauter…

    10937 candidats et 1424 listes se disputent les sièges de la future assemblée Constituante. L’ISIE a prescrit un cadre clair pour permettre un semblant de vivre ensemble et garantir des chances égales à tout le monde. Mais pour garder un œil sur ce beau monde et contrôler tous les dérapages, il était clair dès le départ qu’il ne fallait pas trop compter sur la bonne foi et l’autodiscipline des candidats.
    L’ISIE a sorti l’artillerie lourde et a mis en place une « carte de contrôle du processus électoral » (voir la carte). Magie de la fée Internet, un tableau interactif et en temps réel, alimenté par les sms des observateurs de l’ISIE, permet de relever, de dénoncer et d’inscrire instantanément chaque infraction commise. Les infractions hypothétiques sont divisées en plusieurs catégories. En consultant le tableau, nous remarquons qu’à cette heure aucun parti ou aucune liste n’a été épinglé pour des faits de corruption. Les dépassements concernant la publicité sont les plus fréquents. Ainsi, nous apprenons qu’à la date du 7 octobre 2011, quatorze affichages non conformes ont été constatés. Des dépassements discrets mais plus spectaculaires : des affiches de 80 sur 50 cm du Mouvement des Patriotes Démocrates ont été placardées « partout » à Bab Bhar et l’avenue Habib Bourguiba. Le mouvement du Peuple a choisi de faire sa « pub » sur les murs du lycée Khaznadar au Bardo, quant au PDM, il a choisit le café « Al Qods » à Ksour Essef…
    Fait rassurant : aucun acte de violence, physique ou verbale, n’a été signalé jusqu’à présent. Aucun dépassement dans les discours des candidats non plus, appel à la haine, diffamation, atteinte à l’ordre public…
    La société civile joue, également, au garde-fou. Un collectif d’associations a mis en ligne le site www.nchoof.org pour surveiller la campagne en temps réel. Une plateforme citoyenne pour l’observation des élections telle que la définissent ses créateurs. Notre confrère Sofiane Chourabi, président de l’association Conscience politique, précise que le projet a été motivé par le fait que l’observation traditionnelle ne présente ses résultats qu’une fois les élections achevées. Il s’agit, donc, une fois encore, d’un système de surveillance en temps réel, avec la particularité que différemment à la carte de l’ISIE, tout citoyen a la possibilité d’y participer via sms.
    Les infractions ou les dépassements peuvent être consultés directement sur www.u-shahid.com. Dans la liste des infractions relevées samedi 8 octobre 2011, nous apprenons, par exemple, que les partisans de la Pétition populaire pour la liberté, la justice et du développement ont distribué des tracts à proximité d’une mosquée à Tunis. Le parti de la Justice et du développement a, quant à lui, collé sa déclaration électorale sur les murs de la mosquée de Bab Al Jazira. Outre le lot quotidien des listes déchirées ou qui ne sont pas collées à leur place et des tracts appelant au boycott des élections.
    L’interdiction de la publicité politique que nous croyons entérinée par tous après des semaines d’agitation médiatique, ne fait pas l’unanimité finalement. Une liste récalcitrante, à savoir la liste indépendante sur Tunis II, Al Machrou’, s’est payé un encart promotionnel sur la première page d’Assabah et également dans Al Chourouk (voir la livraison de ce mardi 11 octobre).
    Nous remarquons, au final, que toutes les ressources et les énergies sont mobilisées pour réussir l’échéance du 23 octobre. L’Instance supérieure indépendante des élections, la société civile, les citoyens anonymes sont sur le qui-vive pour garantir le respect des règles du jeu. Et jusqu’à présent, sans compter la fièvre qui secoue la classe politique (quoi de plus normal en temps de campagne électorale), les petites infractions, aucune violation grave des règles instaurées par l’ISIE n’a été commise. Mais le plus dur reste à venir et des listes des possibles des infractions organisationnelles ont été élaborées avec le même procédé de signalement en temps réel.

    D’aucuns dénoncent le financement occulte des partis politiques, les soupçonnant, par la même, de procédés frauduleux ou douteux pour gagner la sympathie des électeurs. Des zones d’ombre, sinon une opacité, entourent encore la gestion des affaires de l’Etat. Mais s’il y a bien une certitude, c’est que nous assistons à une réelle campagne électorale (aussi timorée soit-elle) et ce pour la première fois de l’histoire de la Tunisie. Autre certitude, ceux qui s’amuseront à tenter de truquer ces élections récolteront la foudre de l’opinion publique. Magie des technologies modernes et d’Internet : tout se sait et en temps réel.
    Les élections du 23 octobre seront-elles les premières élections libres et transparentes de notre histoire et du monde arabe ? Espérons le et touchons du bois.

    Crédit caricature : Hamdi Mazhoudi, Le Temps

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