Il reste six jours au nouveau grand départ que la Tunisie compte aborder sur la voie de la transition démocratique. Kamel Jendoubi, le président de l’Instance Supérieure Indépendante des Elections (ISIE), dit que tout est prêt. Il est optimiste. L’observatoire national des élections, créé par la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH), est lui aussi prêt et se dit également optimiste. La mission des observateurs de l’Union Européenne n’a pas, non plus, relevé des dépassements notoires. Donc, tout semble évoluer dans le bon sens malgré les quelques dérapages, ça et là.
Ce constat prête à dire que, malgré des décennies de vaches maigres en matière démocratique, l’environnement ne pousse au scepticisme qu’en rapport avec les résultats, grande inconnue de ce scrutin. En l’absence d’organismes fiables de sondage et d’élections transparentes pouvant servir de baromètre dans le passé, tout pronostic est difficile, voire impossible. Mais, ceci n’empêche que tout le monde soit optimiste, surtout que le citoyen lamda écoute, commente et se montre impatient de participer, le jour J, à cette fête électorale qu’il n’a jamais vécue.
Faute donc de visibilité politique quant à l’issue de ce scrutin, les observateurs ne peuvent que se rabattre sur le constat. A ce niveau, l’ISIE s’est dite déjà prête sur le plan de la logistique. Le personnel administratif des bureaux a été choisi et formé à la bonne exécution de sa tâche. Les bulletins électoraux ont été imprimés à l’imprimerie officielle. Ils ont nécessité une dizaine de tonnes de papier. Des urnes transparentes ont été offertes par la Suisse. Des isoloirs ont été confectionnés. Les listes électorales ont été dressées avec le plus de fiabilité possible, pour éviter tout cafouillage le jour des élections, j’allais dire examens ! Un tel lapsus est par ailleurs permis tellement les Tunisiens se sentent réellement en période d’examens.
A part cette logistique, une grande campagne de sensibilisation est en place pour familiariser les électeurs avec les procédures. Une attention particulière est accordée aux analphabètes et aux handicapés. Pour les premiers, un grand écriteau explicite l’opération électorale mais, ils ne sauraient se faire aider par d’autres. Transparence oblige. Pour les seconds, l’ISIE a toléré l’admission d’un accompagnant pour permettre à cette catégorie de participer à cette fête de la démocratie.
En plus, et pour garantir plus de fiabilité à ces élections tunisiennes, plusieurs organismes nationaux et internationaux sont déjà sur place pour l’observation, à part les 2000 formés par l’ISIE et qui veillent au respect des termes de la loi électorale. Ainsi, la LTDH dispose déjà de 3200 observateurs qu’elle va répartir sur la majorité des bureaux de vote. L’Union européenne dispose déjà sur place de plus de 150 observateurs, les Etats-Unis vont envoyer une centaine, sans parler des autres pays et autres ONG.
Au niveau local, les partis politiques et les listes concurrentes ont le droit de mettre des observateurs dans les bureaux de vote où ils ont des candidats. Des ONG, locales et nationales, se sont formées pour veiller au respect de ce délicat passage de la Tunisie vers la démocratie. En somme, tout le monde est là pour veiller au grain, afin que tout se fasse dans les règles de l’art et que la Tunisie soit l’échantillon à suivre.
Par ailleurs, en matière de contrôle, l’Observatoire national des élections, créé à l’initiative de la Ligue Tunisienne de défense des droits de l’Homme (LTDH) avec le concours de plusieurs organisations de la société civile, a franchi une étape importante sur la voie de la garantie de l’exercice du droit électoral dans un climat de transparence, de démocratie et de consécration de la justice transitionnelle.
L’Observatoire a déjà fait recours à quelque 300 observateurs pour couvrir le début du déroulement de la campagne dans toutes les délégations et détecté des irrégularités sans grandes incidences sur la marche de la campagne électorale.
Par ailleurs, le coordinateur général de l’Observatoire qui est, en même temps, président de la LTDH, Abdessattar Ben Moussa, a indiqué que ‘ces élections vont permettre de réaliser la véritable transition démocratique, qui doit impérativement passer par la levée du voile sur tous les dépassements, le jugement des symboles de la corruption et de ceux qui ont commis des crimes contre le peuple tunisien’.
Concernant le déroulement de la campagne électorale, Ben Moussa a dit que ‘le suivi des observateurs a montré que certaines parties ont recouru à des motards pour déchirer les manifestes électoraux de leurs concurrents et bousiller, ainsi, leur calendrier de campagne, citant à ce propos, des incidents qui ont eu lieu à El Kram Ouest et à Mellassine’.
Concernant le dossier de l’argent politique, le coordinateur général de l’Observatoire a précisé que ‘le manque de moyens et de spécialisation a fait que l’Observatoire se limite dans le traitement de ce dossier aux indicateurs généraux, faisant état de l’existence de grandes inégalités dans les moyens financiers des partis lors de la campagne électorale’.
Il est à rappeler que plusieurs composantes de la société civile sont représentées dans cet observatoire : l’Association tunisienne des femmes démocrates, l’Association des femmes tunisiennes pour la recherche et le développement, l’association des magistrats tunisiens, le syndicat national des journalistes tunisiens, le conseil national pour les libertés en Tunisie, l’Organisation tunisienne pour la lutte contre la torture et l’ordre national des ingénieurs tunisiens.
Pour ce qui est de l’activité électorale, en elle-même, un constat est là. Chaque liste est en train d’agir selon ses moyens. Le budget électoral alloué par les finances publiques permet, à peine, d’imprimer les affiches et de louer une salle pour l’ouverture et la clôture de la campagne. Côté extras, ce n’est pas garanti pour tout le monde.
Un constat est toutefois là et aide à réconforter la plupart. La majorité des Tunisiens, politisés et citoyens ordinaires, veulent contribuer à la réussite de ces élections. Car la Tunisie n’a pas le droit à l’erreur.
Crédit photo : AFP










