Les premiers résultats des élections de la Constituante sont tombés. Ils annoncent une victoire d’Ennahdha qui aurait obtenu entre 38 et 42 pc des voix et près de 65 sièges.
La Tunisie a ainsi connu avant-hier les premières élections ayant permis au peuple de s’exprimer librement. Par ce fait mémorable, on parvient, pour la première fois, à situer l’impact social des expressions politiques en Tunisie. Ainsi, le verdict populaire exprimé lors du scrutin, a montré que le Parti Ennahdha est plutôt très implanté parmi les couches populaires. L’unique place où il est arrivé en troisième position, c’est dans la circonscription de Tunis 2, formée essentiellement d’une population aisée, moderniste et intellectuelle (El Menzah, El Manar, La Marsa, Sidi Bou Saïd, Le Bardo, etc.).
Par contre, d’autres partis, comme le Pôle démocratique moderniste (Al Qotb) ou Afek Tounes, n’ont trouvé d’audiences que dans ces quartiers ou dans des villes côtières, comme Bizerte, Nabeul, Kélibia, Hammamet, Sousse ou Sfax. Leur base est essentiellement formée d’intellectuels libéraux, en quête de démocratie et d’une meilleure qualité de vie. Ceci explique le poids électoral des uns et des autres.
Sur un autre niveau, le faible score du Parti démocratique progressiste (PDP) s’explique par l’absence d’une expression sociale dont il est le porte-parole. Le PDP a plutôt cherché à se substituer à l’ex-parti au pouvoir et à s’approprier ses bases. Il est allé même jusqu’à éloigner ses militants historiques pour placer de nouveaux membres sur des listes comme ce fut le cas à Bizerte. Cette situation batarde explique la claque électorale reçue par ce parti.
Le Congrès pour la République (CPR) de Marzouki a, quant à lui, offert un refuge aux électeurs hésitants. Ceux qui ne veulent pas voter pour Ennahdha sans pour autant que leurs divergences avec ce parti, aillent jusqu’à un positionnement en ligne avec les partis de la gauche démocratique comme Ettakattol, Al Qotb ou Afek Tounes. L’image de Marzouki comme un éternel opposant a également servi le CPR.
Finalement, Ettakattol est parvenu, en si peu de temps, à se forger un chemin dans le centre-gauche. Son score honorable s’explique également par le fait que son leader Mustapha Ben Jaâfar ne s’est pas vraiment impliqué dans les grands tournants depuis le 14 janvier. Il s’est toujours ménagé, gardant le respect des uns et des autres.
Les élections ont montré que les Tunisiens ne soutiennent pas vraiment les indépendants, ni encore moins les partis extrémistes, ni les nouveaux partis. Le fait que plus de 90 pc des sièges sont allés aux partis connus confirme ce choix. Des personnalités indépendantes de grande stature, comme le doyen Sadok Belaïd,, ne sont pas parvenues à s’imposer.
Les nouveaux partis ne sont pas, non plus, parvenus à s’imposer. A part la Pétition populaire pour la liberté, le développement et la démocratie, qui a présenté des listes indépendantes et parviendrait à obtenir une dizaine de sièges et, à un degré moindre, Afek Tounes, qui arriverait, semble-t-il, à obtenir deux (ou trois) sièges, les autres partis sont sortis les mains vides. Dépassés les moments d’euphorie de la création de ces partis, la population n’a pas donné de crédit à ces formations.
Les élections de la Constituante ont donc suscité un engouement certain auprès de la population. Ceci a été d’abord constaté à travers la ruée des citoyens vers les urnes dès le petit matin. Il a été ensuite relevé par cette étonnante patience des citoyens ayant attendu pendant de longues heures leur tour pour accomplir leur devoir électoral. Enfin, on ne saurait ignorer l’esprit fair-play dans lequel se sont déroulées les élections. Les Tunisiens ont vécu avant-hier la fête qui leur a été volée le 14 janvier dernier. Mais, le plus important, c’est de réussir la transition politique.
Dernières projections :
Ennahdha : Entre 38 et 42 pc des voix (60 à 65 sièges).
Ettakattol : Entre 16 et 18 pc des voix (26 à 28 sièges).
Congrès pour la république : Entre 15 et 17 pc des voix (24 à 26 sièges).
Parti démocratique progressiste : Entre 9 et 11 pc des voix (13 à 15 sièges).
Pôle démocratique moderniste : Entre 5 et 7 pc des voix (7 à 9 sièges).
Pétition populaire pour la liberté, le développement et la démocratie : Entre 5 et 7 pc des voix (7 à 9 sièges).










