Durant la quinzaine de jours ayant succédé aux élections, les trois partis politiques ayant été aux premiers rangs à la sortie des urnes, les Ennahdha, CPR et Ettakatol, ont multiplié les débats sur les éventuelles coalitions à la Constituante, sans s’approfondir sur la question fondamentale d’organisation des pouvoirs publics.
Pourtant, de cette question dépendront les premières ordonnances à préparer par la Chambre après la composition de son bureau. Quels seront les rôles respectifs du président de la République et du Premier ministre en cette nouvelle phase de transition ?
Vu sous l’angle d’Ennahdha, il est clair que ce parti est déjà dans la logique parlementaire. Fort de ses 89 députés sur les 217 membres de l’Assemblée nationale constituante, ce parti s’est limité à désigner Hamadi Jebali comme futur Premier ministre, en négociant avec ses éventuels alliés la personnalité à désigner au poste de Président de la République, sans trop s’approfondir sur ses prérogatives. Ennahdha ne veut surtout pas que ce poste fasse de l’ombre à Jebali.
Pourtant, aussi bien le Congrès pour la république (CPR) de Moncef Marzouki, qu’Ettakatol de Mustapha Ben Jaâfar, sont pour un régime semi-présidentiel, avec un président de la République ayant de véritables prérogatives, aux côtés d’un gouvernement responsable devant la Chambre. Comment ont-ils omis de débattre cette question ?
Autre fait à prendre en considération, c’est le fait que la Pétition populaire pour la liberté, la justice et le développement, pointe désormais à la troisième position avec 26 sièges et postule pour jouer un rôle dans cette Constituante, forte qu’elle est de la décision du tribunal administratif de valider sept de ses huit sièges. Il serait intéressant de voir comment vont réagir les formations politiques par rapport à cette nouvelle donne ?
Il serait également utile de rappeler que la feuille de route d’Iyadh Ben Achour, signée par Ennahdha et Ettakatol, est muette sur la question du régime. Elle se limite à dire que le Président de la république par intérim et le Premier ministre de transition exerceront leurs fonctions, en attendant que l’Assemblée constituante élise le Président de la république et que le nouveau gouvernement soit formé. Ladite feuille de route a certes précisé qu’à l’issue des élections, le Président de la république par intérim appelle l’Assemblée à tenir sa première réunion et que l’Assemblée constituante élit son président et forme une commission pour rédiger son règlement intérieur. Elle a aussi précisé que l’Assemblée définit l’organisation des pouvoirs publics et élit le Chef de l’Etat, qui charge une personnalité de former le nouveau gouvernement après consultation des différents groupes de la Constituante. Mais ces règles sont valables aussi bien pour le régime parlementaire que pour celui semi-présidentiel.
Un tel flou fait dire aux observateurs que les partis politiques choisiraient que cette phase ‘serait plutôt gérée au consensus’, comme l’a été l’actuelle période, avec une organisation certes consensuelle des pouvoirs mais, qui accorde toutefois des privilèges à la Constituante ‘élue par le peuple’, plus qu’à un président ‘élu par la Constituante’.
C’est ce qui ressort, par ailleurs, du dernier débat télévisé sur la ‘watania 1’ qui montre clairement que l’entente est encore lointaine entre les diverses composantes supposées former la majorité de la Constituante. Ces derniers butent encore sur des généralités.
Il est donc clair qu’en cette courte période de préparation du premier gouvernement issu de la Constituante, le manque d’expérience des formations politiques et les divergences sur les positions font que ce n’est pas facile d’apporter des réponses conjointes à toutes les problématiques, notamment, la nature du régime et les attributions de chaque fonction.
Donc, la recette à appliquer serait plutôt ‘un programme d’action concertée pour le gouvernement d’intérêt national’ et une ‘quasi-liberté au sein de la Constituante en rapport avec la Constitution’. Autrement, des semaines, voire des mois seraient nécessaires pour harmoniser les positions, ce qui n’est pas le souhait de toutes les formations politiques parce que la Tunisie les attend. Apparemment, c’est le consensus qui serait la règle pour gouverner jusqu’à ce qu’on ait des autorités stables conformément à la nouvelle constitution qui sera élaborée et approuvée par l’Assemblée constituante.
Un consensus cher à Ennahdha qui semble, ainsi, avoir mis les autres formations politiques devant le fait accompli en s’adjugeant, dès les premières heures ayant suivi les premiers résultats officiels, le poste de Premier ministre, clé en cette étape tout en optant pour le consens qui, ayant l’air d’accorder de la place à l’avis de tous, ne fait que privilégier et avantager la majorité, en l’occurrence le parti d’Ennahdha.
Il est fort plausible de dire donc que l’entente politique n’est pas pour demain et que le parti politique qui refuse la souplesse et le consensus s’exclut par lui-même, surtout que les gars de Hachemi Hamedi attendent au coin et sont prêts à toutes les ententes.










