La Tunisie restera-t-elle une destination touristique en 2012 ? Une professionnelle nous confie ne disposant d’aucune visibilité, même sur le court terme. Les grands tours opérateurs. ont déjà imprimé leurs brochures et négocié leurs contrats avec les compagnies aériennes alors que le fameux plan de relance tarde à venir. L’administration sortante, à en croire les professionnels, s’est contentée de jouer aux pieds nickelés. Le prochain gouvernement part avec un sérieux handicap : une étiquette d’islamiste qui fait peur, au mieux suscite la méfiance de l’autre côté de la Méditerranée.
Le secteur agonise depuis une bonne dizaine d’années, la Révolution lui a asséné le coup de grâce, l’arrivée des islamistes au pouvoir pourrait définitivement sceller son sort. Ennahdha, consciente des enjeux, est allée à la rencontre des professionnels.
L’année qui se projette est une année de transition durant laquelle il ne sera pas possible de mener les grands chantiers de la réforme du tourisme. La priorité du moment est de rétablir la confiance, professionnels et leaders d’Ennahdha semble en convenir. En ouverture du forum dédié aux perspectives du secteur, organisé jeudi 10 novembre 2011 par Ennahdha, Ridha Saïdi responsable de son bureau économique parle de renforcer les actions de marketing : organiser des éductours, actions des bureaux de l’ONTT, ramener des journalistes… La profession, qui s’est déplacée en masse, a reçu les signaux d’apaisement qu’elle attendait. Même Said Boujbel à la tête de l’une des deux plus grandes chaînes hôtelières locales et dont les sorties publiques sont extrêmement rares, a fait une apparition.
Hamadi Jebali, secrétaire général d’Ennahdha et très probable futur chef de gouvernement, a clairement exprimé dans son allocution que son parti travaillera dans la continuité et en partenariat avec les opérateurs locaux. Un discours fédérateur qui insiste sur « l’ouverture », « le dialogue », « la liberté »… Le remerciement adressé à Tijani Haddad qui a collaboré à l’organisation de la rencontre va, certainement, dans son sens.
La vision d’Ennahdha, telle que présentée par Ridha Saïdi, n’a rien de révolutionnaire. Le diagnostic et les chantiers à mener sont connus de tous et Ennahdha ne compte pas s’éloigner des études internationales qui ont déjà été faites, notamment l’étude stratégique du tourisme tunisien à l’horizon 2016 réalisée par Roland Berger. Il s’agit, donc, de restructurer la dette (une commission mixte sera créée pour étudier la question), diversifier les produits (tourisme vert, saharien, golfique, d’affaires, … tourisme de la « révolution »), élever la qualité, réformer le secteur de l’aérien, séduire les marchés prometteurs (américain, canadien, japonais,…, islamique), améliorer la formation, promouvoir le tourisme intérieur et régional.
Mohamed Belajouza, président de la Fédération Tunisienne de l’Hôtellerie s’est dit rassuré de voir que les priorités d’Ennahdha sont, en tous points, identiques aux priorités des professionnels. Mohamed Ali Toumi, président de la Fédération Tunisienne des Agences de Voyage, a montré le même enthousiasme et a profité de son intervention pour faire quelques propositions : simplification des procédures administratives, unification du taux de TVA, faire participer d’autres intervenants économiques tels que les banques et les compagnies aériennes à la caisse de promotion du tourisme, étude sérieuse de l’open sky, apaisement du climat social… La priorité est d’arrêter de naviguer à vue et de tenir un cap, estime-t-il.
Les interventions des professionnels, par la suite, étaient toutes aussi classiques. Les mêmes doléances, les mêmes jérémiades, et toujours cette tendance à ne pas voir plus loin que le bout de leur nez. Seule nouveauté, cette tendance des opérateurs à intervenir en arabe, pas très commune pour le secteur. Les quelques intervenants qui ont choisi le français se sont même excusés. Jalel Bouricha, patron de la chaîne Yadis, avait un peu de mal en lisant son laïus en arabe classique. Les journalistes français présents ont, visiblement, passé un long moment de solitude vu que la traduction simultanée n’a pas été prévue.
Les salamalecs et l’insistance de quelques opérateurs à passer la pommade aux dirigeants d’Ennahdha ont fait sourire ou agacé, à tel point que Hamadi Jebali leur a demandé, avec un grand sourire courtois, de s’en tenir à l’ordre du jour. M. Jebali a écouté, sans y prendre part, toutes les interventions jusqu’à ce que les demandes d’une position claire d’Ennahdha par rapport aux libertés individuelles et surtout celles de la femme se multiplient.
« Ennahdha est l’enfant de la Tunisie, son peuple, sa culture, sa civilisation, qui s’inscrit dans une histoire de 3000 ans », s’empresse-t-il de déclarer. Une envolée lyrique dans laquelle l’orateur s’engage à faire de la Tunisie « un oasis de tolérance pour ses fils et surtout pour ses filles ». « Tant que nous serons au pouvoir, nous ne permettrons à personne et surtout à un islamiste – car la faute serait double – de commettre des actes au dessus des lois ou de la constitution ». « Nos fils, nos filles sont libres, libres de leurs apparences vestimentaires, de leurs appartenances, de penser ce qu’ils veulent… ».
Une réponse claire, le ton convainquant, les opérateurs retournent à leur doléance…
L’opération de séduction d’Ennahdha se poursuit. Après la bourse et l’UTICA c’était au tour des professionnels du tourisme. Sans surprise, ce premier rendez-vous galant n’apportera pas la panacée à un secteur dont les maux s’aggravent depuis des années. Les professionnels auront, néanmoins, obtenu l’assurance qu’il n’y aura pas de grand chamboulement dans le secteur. La prochaine étape sera de rassurer les principaux pays pourvoyeurs de touristes. Ce ne sera pas une mince affaire, les attentats de 1987 contre des hôtels de Monastir et de Sousse et attribués au parti islamiste (à tort ou à raison) sont encore dans les esprits.










