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Assoiffés de servitude


Par Nizar BAHLOUL

Chassez le naturel, il revient au galop. Ennahdha a gagné, Ennahdha a, du coup, droit à tous les égards, à tous les éloges, à toutes les courtisaneries, à toutes les excuses.
Le champ de la courtisanerie ne se limite pas uniquement à Ennahdha, on l’élargit maintenant à ses « valets » du CPR et d’Ettakatol. « Ce sont les vainqueurs des élections, c’est le choix du peuple et vous vous devez de le respecter », nous répète-t-on à l’envi.
Désormais, celui qui critique cette troïka est considéré comme irrespectueux du peuple et de ses choix. Dans quelques mois, ou dans quelques semaines, il sera accusé de nuire aux intérêts suprêmes de la nation.
Petit à petit, on cherche à étouffer dans l’œuf toute voix contraire au « choix du peuple », toute opposition. « Je n’aime pas le terme de l’opposition », a déclaré le président de l’Assemblée constituante Mustapha Ben Jaâfar. L’instant est exceptionnel, on a un objectif commun, on doit construire.

Cela ne vous rappelle rien ? C’est exactement le même discours que menait Ben Ali durant des années aux opposants.
Lui aussi, il disait que l’instant était exceptionnel, que l’on construisait la Tunisie.
Lui aussi, il disait ne pas aimer les opposants qui ne comprenaient pas sa stratégie, sa vision de l’avenir et son programme pour un lendemain meilleur.
Lui aussi, parlait de « ces appuis sur des forces étrangères » et de haute trahison.
Lui aussi a obtenu l’appui d’une opposition (PSL, PUP, MDS…) qui ne voulait pas laisser seul le parti au pouvoir.
La troïka voit d’un mauvais œil cette presse qui critique, cette société civile qui dénonce, ces opposants qui crient au scandale. C’était exactement la même attitude de Ben Ali.

Chassez le naturel, il revient au galop. La troïka est aux commandes et a droit à tous les éloges. Le système de servitude cherche à perdurer, seules les têtes ont changé.
La presse dite de caniveau a repris son travail en gardant les mêmes adjectifs après avoir changé les noms.
La troïka est aux commandes et a droit à toutes les courtisaneries. On se bouscule au portillon d’Ennahdha. Les six étages du siège du parti islamiste à Montplaisir deviennent exigus et ils vont bientôt avoir besoin d’un local plus grand. S’ils en cherchent un, je connais une grande tour libre à l’avenue Mohamed V. On pourrait leur faire un bon prix. Peut-être même qu’on la leur offrirait gratuitement cette tour, puisqu’ils vont servir les intérêts de la nation.
Les courtisans se bousculent et, curieusement, ils ont les mêmes têtes que ceux qui se bousculaient au portillon du RCD. Ils sont là pour servir, ils sont là pour trouver des excuses à tout, même à l’absurde.

La sortie de Hédi Djilani, ancien patron des patrons, illustre à merveille cette attitude. Sur Shems FM, il tance ceux qui ont eu « une claque » aux dernières élections et explique le sens profond du mot califat prononcé par Hamadi Jebali. Samir Dilou n’aurait pas mieux fait.
Il est vrai que M. Djilani est un habitué des explications de discours. La populace et les journaleux ont toujours besoin de ces cours particuliers pour comprendre les discours politiques des « leaders ». Son expertise est donc utile pour les nouveaux venus au pouvoir.
Idem pour Hamed Karoui qui, nous dit-on, est aux premières loges pour donner ses conseils à Ennahdha. Le roi est mort, vive le roi.
Il ne manque qu’Abdelwaheb Abdallah (en prison depuis des mois pour des chefs d’inculpation inconnus) pour mettre en musique la nouvelle symphonie de servitude.
Ne vous étonnez pas si vous lisez bientôt sur nos journaux ce type de phrases : « La Tunisie change. Cette Tunisie du Changement « el moubarak » a besoin de toutes ses forces et de tous ses enfants. Il n’y a pas de place à la critique destructrice qui ne nous fait pas avancer. Il n’y a pas de place à cette opposition qui se fait financer et téléguider par des étrangers, ennemis de cette Tunisie du Changement. « Ennadhra el istichrafiya » (l’approche prospective) du Premier ministre Jebali va nous permettre de créer des emplois et de réduire les inégalités. Pour cela, on va créer le fonds 27-27 qui luttera contre la pauvreté drastique que vivent certains de nos concitoyens. »

Hier, si tu critiquais Ben Ali, c’est que tu étais contre le choix du peuple qui l’a élu avec 99% et que tu ne comprenais rien à la politique et à la conjoncture délicate par laquelle passe la Tunisie. Tu ne mesurais pas le danger de l’arrivée des islamistes au pouvoir et leur capacité de nuisance.
Aujourd’hui, si tu critiques la troïka, c’est que tu es contre le choix du peuple et que tu ne comprends rien à la politique et à la période exceptionnelle par laquelle passe la Tunisie. Tu ne mesures pas le danger du retour des RCDistes au pouvoir et leur capacité de nuisance.
Demain, si tu critiques Ennahdha, c’est que tu es contre les directives divines et que tu ne comprends rien à la politique et aux textes religieux. Tu ne mesures pas le danger du retour des Démocrates au pouvoir.

Le ver est dans le fruit. On a beau éplucher la peau, le mal est encore là. Ennahdha, avec un effort maximal et une extraordinaire capacité de mobilisation, n’a réussi à séduire « que » 1,5 million de votants.
En s’inscrivant dans le cadre d’une troïka, le parti islamiste s’est déjà renforcé.
En bénéficiant de l’appui de courtisans et de quelques opportunistes, assoiffés de servitude, il gagne davantage en poids.
En s’attaquant aux voix adverses, en décrédibilisant les critiques et en affaiblissant l’opposition (comme on le voit déjà), Ennahdha deviendra, en moins de cinq ans, hégémonique et sera l’unique force ayant un véritable poids politique dans le pays.

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