Indépendamment des personnes qui vont occuper les portefeuilles du prochain gouvernement, en cours de formation par Hamadi Jebali, secrétaire général d’Ennahdha, leurs tâches seront sans conteste des plus difficiles, notamment si l’on mesure l’ampleur des attentes populaires.
En plus, cette année postrévolutionnaire a été marquée par la hausse du chômage et l’approfondissement de la crise économique. Donc, le plus dur n’est nullement d’obtenir l’aval de la Constituante. Chose acquise pour la troïka avec ses 138 élus sur les 217 membres de la Constituante. Mais plutôt dans l’accomplissement de sa mission, qui sera de faire sortir le pays de la crise socioéconomique où il se débat.
Hamadi Jebali est certes conscient de « la multiplication des défis et de la nécessité d’accélérer les réformes urgentes ». Il promet de « protéger les travailleurs, développer notre identité nationale et s’ouvrir sur les cultures étrangères ». Il croit profondément que « la responsabilité du gouvernement, c’est de gagner la confiance des citoyens et de prendre les décisions courageuses ».
Mais, les chômeurs, diplômés et non-diplômés ainsi que les citoyens des zones déshéritées, doivent être préparés aux sacrifices à consentir pour accompagner la mise en place des réformes. Ils ont vécu la misère, subi la dictature et attendent aujourd’hui que la situation s’améliore rapidement. Et vu les urgences qui n’attendent pas dans le pays, les Tunisiens ont besoin de gestes forts et rapides en matière de chômage et de déséquilibre régional.
Pour les faire patienter, une campagne de communication est nécessaire. Or, aussi bien le chef du gouvernement, que le président de la République, se sont limités, pour le moment du moins, à lancer un clin d’œil à l’opposition en affirmant, par la voix du président provisoire Marzouki, que « la responsabilité de l’opposition est de surveiller et critiquer, mais elle doit avoir un esprit sportif, honnête et devenir une composante de la solution et non une partie du problème » (ceci rappelle curieusement une phrase dite et devenue un slogan chez Ben Ali, à savoir : « la jeunesse doit être la solution et non le problème »).
Ce clin d’œil à l’opposition vient suite à son rejet des avances d’Ennahdha pour faire partie d’un gouvernement d’union nationale ou d’intérêt national comme se plait à l’appeler le parti Ettakatol de Mustapha Ben Jaâfar. Main tendue du porte-parole d’Ennahdha, Noureddine Bhiri qui avait proposé à toutes les composantes de la société politique de « mener la barque ensemble ».
Mais le Parti démocratique progressiste (PDP) de Néjib Chebbi, le Pôle démocratique moderniste (PDM), créé autour d’Ettajdid, et Afek Tounes, ont refusé cette offre et opté pour le contrôle de l’exercice gouvernemental.
Ennahdha a donc composé avec ses deux alliés, le CPR et Ettakatol, ainsi qu’avec quelques personnalités indépendantes. Les coulisses insistent aussi sur le maintien de Abdelkrim Zebidi et Saïd Aïdi aux délicats portefeuilles de la Défense et de l’Emploi. Par contre, les grosses pointures ayant émergé après la révolution, comme Iyadh Ben Achour, Kamel Jendoubi ou Ghazi Ghraïri, ont préféré rester sur le banc des observateurs.
Ainsi, et hormis les éventuels anciens ministres, l’équipe gouvernementale annoncée est essentiellement formée de politiques n’ayant pas d’expérience dans les rouages de l’administration. Est-ce le bon choix ?
La réponse dépend du programme du prochain gouvernement. Pour le moment, le discours est resté très général. Il y a une seule certitude : la loi de finances 2012 ne sera pas votée avant le 31 décembre 2011. La Constituante accordera une exception au gouvernement, en lui permettant d’appliquer le premier quart du projet des lois de finances portant sur le premier trimestre 2012.
Pour le restant de l’année, une loi de finances complémentaire sera, entre-temps, adoptée. A cet effet, le gouvernement va réviser l’actuel projet de loi de finances, avant de le discuter à la Constituante, d’ici le mois de février.
Toutefois, si le maintien de Saïd Aïdi, à l’emploi, se confirme, c’est un signal indiquant que les nouveaux gouvernants ne veulent pas chambarder les programmes en cours. Pourtant, le nouveau gouvernement est surtout appelé à donner un signal fort à l’adresse des chômeurs et des citoyens des zones déshérites. Un geste que l’actuel gouvernement n’a pas fait.
Pour la population qui attend impatiemment des réalisations, les noms importent peu. Il s’agit, avant tout, de passer de la parole aux actes. Les sit-inneurs, de tous bords, sont tous prêts à mettre fin à leurs sit-in. Mais, ils espèrent qu’au moins, l’administration donne suite à une partie de leurs revendications. Or, et en tout état de cause, ils ne seront pas prêts à attendre six mois, la durée de trêve réclamée par le président provisoire de la République sans qu’aucun signe d’amélioration ne soit constaté.
C’est donc une situation de grande attente à laquelle seul un geste fort de la part du nouveau gouvernement peut donner suite. Il s’agit de faire des coups d’éclat à l’adresse des plus démunis pour leur signifier que leur message a été reçu. Mais, le prochain gouvernement aura-t-il les moyens de ses ambitions ?
La question reste entière.










