Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Tunisie – La révolution accouchera-t-elle d’un nouveau modèle social ?

La présence de Hamma Hammami aux dernières journées de l’entreprise est révélatrice de la prise de conscience du paramètre social par la classe affaires. Une classe affaires qui s’est compromise, au mieux a composé avec le régime de Ben Ali et qui semble désireuse de s’approprier et d’agir sur la nouvelle conjoncture. Les mauvaises langues moquent déjà une concession au politiquement correct ambiant et une intériorisation obséquieuse de la rhétorique de la « glorieuse révolution ». La parade nuptiale entre les patrons et la nouvelle classe dirigeante n’a échappé à personne. Reste-t-il que la liberté de ton qui règne dans les débats a permis, comme souvent, un éclaircissement original ou un diagnostic fin sur une problématique donnée. Le nouveau contrat social en débat.

A entendre la lecture de la situation sociale par Mohammed Ennaceur, l’appel naïf (ou faussement naïf) du président provisoire fraîchement investi à un moratoire sur les grèves et sit-in fait sourire. Le ministre des Affaires sociales, qui sera probablement reconduit, évoque carrément de « l’effritement du lien social ». Sur la foi des rapports parvenant quotidiennement au cabinet ministériel même, les syndicats courent derrière, complètement dépassés.

Au-delà de la mode du « dégage », la rancœur sociale ne s’exprime plus au niveau de l’entreprise mais celui du groupe, du quartier, de la tribu, de la bourgade. Sectarisme et tribalisme sont la nouvelle donne. Conséquence prévisible d’un régime dictatorial qui a favorisé le clientélisme et un développement inique aggravant les disparités sociales. Les partenaires sociaux, longtemps absents, ne sont pas en mesure de prendre les choses en main. Sans remettre en cause le droit légitime à la grève, Mohammed Ennaceur explique que les grèves spontanées, sans préavis, accompagnées d’actes de violence et de vandalisme, ne donnent pas l’opportunité aux partenaires de prendre en charge les problèmes.
Pour noircir encore le tableau, l’Etat touché dans son noyau a beaucoup perdu de sa crédibilité, laissant à l’épreuve de force, à la course effrénée derrière des intérêts particuliers dans un pays qui dispose de peu de moyens. L’intervenant ne se voile pas la face. Le poids et la taille des demandes problématiques exigent une gestion spéciale. Les mécanismes classiques de la démocratie n’y suffiraient pas. C’est tout le schéma « Etat, société, citoyen » qui est à reconstruire. Et pour faire, un débat national s’impose afin d’aboutir à un consensus national et une feuille de route sur le court et le moyen terme. Le ministre appelle aux « sacrifices de tous ».

Des chantiers lourds : refonte de la politique sociale, développement du pouvoir d’achat, amélioration du niveau de vie, redistribution plus juste des bénéfices, encouragement de la productivité… et impossibles à réaliser sans une prise de conscience des entreprises. Et c’est dans ce sens que s’est inscrite l’intervention de Hédi Sellami, directeur de Tunisie Câbles. L’entreprise vivait en ostracisme et le dialogue avec les travailleurs et sa région doit désormais s’instaurer. Les syndicats ? Quoi de plus normal. Une chose positive si on respecte les règles. Le dirigeant appelle à la responsabilité nationale des chefs d’entreprise qui doivent apprendre à partager avec leurs employés, leurs régions, et regarder sur le long terme. Et le modérateur du débat n’a pas omis de rappeler l’exemple d’entreprises qui n’ont pas subi les soubresauts de l’anarchie postrévolutionnaire, pour la simple raison que le climat social y était toujours sain. Des exemples de réussite à étudier.
Une vision des choses, à première vue utopique. Mais « l’utopie est la vérité de demain », conclut, citant Victor Hugo, son intervention Nabil Mellah, chef d’une entreprise pharmaceutique algérienne. Le dirigeant a pourfendu le modèle français, qualifié de mauvais héritage du colonialisme. Son entreprise a choisi de concevoir son modèle propre inspiré de l’identité algérienne musulmane, qui prône le partage. Ce modèle n’a pas été expliqué en détails, nous saurons juste que les « collaborateurs sont des alliés » et que grâce à ça l’entreprise est devenue le meilleur producteur algérien et a généré la plus grande croissance de l’industrie pharmaceutique algérienne des dix dernières années.

Politiques, syndicalistes, travailleurs et entreprises sont, désormais, embarqués dans la même barque. « Je me soucie de l’intérêt général dans son globalité, pas uniquement des travailleurs », déclare Hamma Hammami pour justifier sa présence. La détermination d’un modèle de développement clair permettra de dépolitiser le travail syndical et clarifier le rôle de tous les intervenants : partis politiques, société civile, associations, syndicats…, estime-t-il. Une clarification nécessaire pour mener d’urgence le dialogue social. Des dangers nous guettent et les problèmes brûlants peuvent faire réapparaitre la dictature, ni plus ni moins.
Même Tarek Cherif, industriel et fondateur du nouveau syndicat des patrons, n’ira pas à contre sens du leader communiste. Le chef d’entreprise se réjouit de la nouvelle dynamique sociale et de la multiplication des partenaires : trois syndicats de travailleurs et deux syndicats de patrons… Toutes les revendications sont justifiées, la cherté de la vie est un constat réel, renchérit-il. Mais une autre urgence existe : défendre la compétitivité de la Tunisie et son attractivité…

Presque deux mois nous séparent maintenant des élections de l’Assemblée constituante. Deux mois pendant lesquels le comptage des voix, les pourparlers pour la formation des coalitions, les tractations pour la formation du futur gouvernement (qui tarde encore à venir) ont été les sujets qui ont occupé l’opinion publique. Quant à la question sociale, dont l’urgence est même admise par les chefs d’entreprise », elle semble ne pas encore faire son chemin dans les préoccupations de nos nouveaux dirigeants…

Subscribe to Our Newsletter

Keep in touch with our news & offers

Contenus Sponsorisés

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *