Une interview exclusive a été accordée, dans la soirée du mardi 27 décembre, à la télévision nationale, Al Wataniya 1 par le chef du gouvernement, Hamadi Jebali, détendu et parfaitement à l’aise devant les journalistes.
Hamadi Jebali a voulu adopter un ton rassurant, son sourire de circonstance aux lèvres, en déclarant que toute «complaisance » dans le choix des membres du nouveau gouvernement est « hors de propos » s’agissant d’un « gouvernement de coalition, composé des trois partis majoritaires mais également de nombreux indépendants». Il a également tenu à rappeler la volonté d’Ennahdha à réunir le maximum de parties à l’intérieur de la Troïka, proposition que certains ont refusée, préférant rejoindre les rangs de l’opposition.
Il s’agit d’un « gouvernement d’union populaire », comme aime à le qualifier Hamadi Jebali, « né d’élections démocratiques et rassemblant des parties unies sur un même programme économique et social. Ce nouveau gouvernement n’est pas celui de la majorité ni d’Ennahdha. C’est le gouvernement du peuple ».
Hamadi Jebali concède, dans la nouvelle composition du gouvernement, le manque de présence féminine, malgré le consensus imposant la parité homme-femme, au sein de l’Assemblée nationale constituante, et déclare qu’il s’agit d’une « lacune que nous compenserons par l’attribution de postes administratifs et de responsabilités à l’élément féminin et nous nous engageons à y remédier, car ceci ne rend pas justice à l’importance de la femme ».
Il insiste également sur le fait que « les compétences ont été privilégiées dans la composition du gouvernement » et que « les considérations régionales ont été prises en compte mais n’ont, en aucun cas, constitué un critère de choix dans l’attribution des portefeuilles ministériels ».
« Nous pouvons, cependant, nous féliciter de la formation de ce gouvernement qui réunit des compétences issues des différentes régions tunisiennes ».
Quant au programme précis du nouveau gouvernement, la réponse de Hamadi Jebali a été plutôt évasive. Ce dernier déclare que « le gouvernement vient tout juste d’être formé » et que « nous aurons plus de temps pour constituer une feuille de route précise et détaillée afin de répondre aux revendications sociales et économiques de cette période sensible ».
Il a également insisté sur la grande priorité de ce nouveau gouvernement, à savoir, celle de traiter les affaires urgentes et d’ouvrir des dossiers de réformes des grands secteurs de l’intérieur, de l’enseignement, etc.
Concernant les grandes réformes, Hamadi Jebali reste prudent et affirme : « Nous voulons opérer un changement des mentalités, sans pour autant bousculer les pré-acquis, qui pourraient se retourner contre nous. Nous allons prendre ces affaires délicates avec beaucoup de précaution et de « sagesse » ».
Une grande priorité sera donc accordée au sein de ce gouvernement aux droits des martyrs et blessés de la révolution, mais aussi celui de la justice transitoire, qui seront à la charge du nouveau ministère des droits de l’Homme – fraichement créé – mais feront également intervenir des acteurs de la société civile et des organisations internationales.
Quant à la question très sensible du chômage, Hamadi Jebali essaie d’être réaliste en affirmant veiller à la création de 90.000 à 100.000 nouveaux emplois, entre secteur public et privé en travaillant à « garantir la stabilité et la sécurité susceptibles de ramener de nouveaux investisseurs ».
Il assure cependant que la création d’emplois n’alourdira pas la charge du contribuable mais « qu’il est important que toutes les parties participent, en fonction de leurs capacités, en veillant à ne pas léser les plus démunis ».
Au sujet des financements étrangers, Hamadi Jebali affirme vouloir « renforcer les relations avec les pays voisins – algérien et libyen – mais également ceux de l’Union Européenne et également les pays arabe, qui ont été délaissés du temps de l’ancien régime ».
« De nombreux pays affirment leur souhait à promouvoir la démocratie et encourager le modèle tunisien […] nous sommes honorés par cet intérêt et souhaitons renforcer et élargir nos relations avec l’Occident, l’Orient, l’Inde, la Chine, etc. mais veillons à protéger notre souveraineté nationale ».
« Nous refusons l’utilisation du terme de « colonialisme » des pays du Golfe mais restons ouverts sur toutes les offres et propositions d’investissements étrangers ».
L’autre sujet délicat, abordé lors de cette interview, porte sur les revendications et sit-in. Le chef du gouvernement tient à se prononcer en faveur de l’application de la loi : «La sécurité est la garante de la démocratie et du développement » mais tout en condamnant les « les manifestations anarchiques, même fondées sur des revendications sociales légitimes qui peuvent causer du tort à l’économie de tout le pays ».
Concernant l’indépendance des médias, Hamadi Jebali affirme son attachement à une « presse libre et indépendante, qui n’obéit à aucune autorité et qui respecte la volonté du peuple ».
Il annonce, également, le projet de faire de l’ISIE un organisme constitutionnel, qui s’inspire de l’expérience passée avec ses réussites et ses lacunes.
Un discours sans faute et sans prise de risque qui a donné réponse à toutes les questions des journalistes. On reste cependant sur notre faim concernant le choix des questions. De nombreux sujets d’intérêt ont été passés à la trappe, notamment celui très controversé du port du niqab dans les universités, l’affaire Khayam Turki et les choix d’attribution des portefeuilles ministériels dans le nouveau gouvernement.
De là à dire qu’il y a avait une sorte de fil conducteur préétabli pour mener l’entretien à la convenance du chef du gouvernement, il n’y a qu’un pas que certains n’hésiteront pas à franchir tellement les questions embarrassantes ont été délaissées dans le panier des oubliettes.










