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Et pendant ce temps

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    Par Karim Baklouti Barketallah*

    Et si on faisait un petit bilan de la situation
    Le 23 octobre des élections historiques se passent dans le pays. Ennahdha en sort en très grand vainqueur devant le CPR et une grande surprise qui s’appelle El Aridha.
    Une coalition entre Ennahdha, le CPR et Ettakatol se forme. Ettakatol et le CPR entrant au gouvernement pour soi-disant contrer Ennahdha, les évènements montreront après que ces 2 partis sont en train petit à petit de devenir de vrais partenaires d’Ennahdha allant jusqu’à ne condamner que très mollement la mise en prison d’un journaliste. Abderaouf Ayedi s’étant lui exprimé quasiment en son nom et pas en celui de son parti.

    Depuis le 23 Octobre les atteintes aux libertés se sont multipliées allant en s’accentuant pour atteindre les violences physiques
    Pendant ce temps, des étudiants sont empêchés d’étudier, des journalistes sauvagement battus et des prédicateurs venant propager la haine et séparer le peuple font leurs discours dans des mosquées dans l’impunité totale allant jusqu’à insulter l’hymne national du pays
    Pendant ce temps, les partis au pouvoir sont dans l’incapacité de réagir voire des fois soutiennent ce qui se passe par leur silence
    Pendant ce temps, les partis au pouvoir montrent leur incapacité à gouverner le pays et à trouver les compromis nécessaires avec les syndicats ou les autres partis politiques
    Ils crient au scandale, accusent la Presse de tous les maux et vont jusqu’à mettre en prison 3 journalistes pour une banale photo de femme dénudée pour s’en venger

    Pendant ce temps, la justice agit mollement et donne l’impression de perdre petit à petit l’indépendance qu’elle a acquise près d’une année durant
    Pendant ce temps, la corruption s’accentue dans le pays
    Pendant ce temps, les jugements des criminels de Ben Ali sont presque bloqués
    Pendant ce temps, ceux qui ont mis à sac le pays commencent à trouver des arrangements avec le pouvoir
    Pendant ce temps, la justice transitionnelle perds de son efficacité et ce qu’on voulait en faire, pour se projeter jusqu’en 1956 afin d’assouvir des sentiments de vengeance du président de la République et des membres du principal parti au pouvoir

    Pendant ce temps, le pays coule, le président prend ses fantasmes pour des réalités et le Premier ministre est dépassé
    On ne sait a qui offrir ce pays, à ceux qui soutiennent le salafisme soit l’Arabie Saoudite ou à ceux qui ont hébergé quelques responsables du parti au pouvoir et qui les ont soutenu pendant leur exil forcé.
    Pendant ce temps, le chômage grimpe et les entreprises quittent le pays
    Pendant ce temps l’investissement Direct des Entreprises, moteur de l’économie, est quasiment nul
    Pendant ce temps, nous perdons notre crédibilité auprès de nos partenaires historiques et n’arrivons pas non plus à accrocher ceux sur lesquels on portait nos espoirs. L’image moderne et progressiste de notre pays aux yeux du monde se transforme petit à petit en image laide et dangereuse poussant les plus courageux à hésiter à se rendre chez nous
    Pendant ce temps notre diplomatie ne veut plus rien dire et nos vis à vis ne sauront plus avec qui traiter étant donné les différences de positions que l’on s’adresse au président de la République ou au ministre des Affaires étrangères

    Ben Ali a laissé un lourd héritage, Mohamed Ghannouchi a essayé de protéger Ben Ali et les corrompus et Béji Caïd Essebsi n’a rien fait pour que la justice joue son rôle et que la Presse devienne indépendante. Peut-être avec Ghannouchi et Béji, avons-nous perdu une chance unique de voire notre justice et notre presse vraiment indépendantes

    Que laissera la Troïka à ceux qui viendront derrière (si ce n’est pas eux qui seront encore derrière)
    Un pays au bord du gouffre, une corruption galopante, une justice hésitante, une presse qui continue à se chercher, les assassins de la révolution non jugés, les corrompus de l’ancien régime non inquiétés et l’argent volé non récupéré et définitivement oublié
    Ajouté à cela, ceux qui sont au gouvernement et au pouvoir (peu importe qui d’eux en est responsable à partir du moment où ils gouvernent ensemble), auront contribué à accentuer la haine entre les Tunisiens, entre les riches et les pauvres, entre les modérés et les radicaux, entre les membres d’une même famille, entre les différentes religions qui vivaient paisiblement dans ce pays

    Cela est-il irrémédiable ?
    Certainement pas, mais à condition que chacun se rappelle les valeurs qu’il défendait et que ceux qui ont en les moyens prônent le grand pardon et appellent à l’union
    Mais cela est loin d’être leur désir, leur assouvissement pour le pouvoir fera qu’un jour un article comme celui que je viens de publier mettra son auteur en prison et … !

    *Karim Baklouti Barketallah : Chef d’entreprise, ancien cadre d’Ettakatol et membre de la Campagne du parti

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