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Chercher l’argent là où il se trouve

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    Par Nizar BAHLOUL

    Le colloque annuel du magazine Réalités a eu lieu du 26 au 28 avril à Alhambra à Yasmine Hammamet. Pour cette 15ème édition, et comme les 14 éditions précédentes, les débats étaient de haute facture. De très haute facture. Des intervenants très prestigieux, représentant de grandes institutions internationales, étaient présents aux côtés de représentants du gouvernement tunisien et de la société civile.
    Si le sujet principal de la 15ème édition tournait autour de la Méditerranée, les débats ont souvent dévié pour parler de l’actualité politico-socio-économique de la Tunisie et de ses relations avec l’Europe, premier fournisseur, premier client et premier partenaire.

    L’Europe est en crise et si elle éternue, la Tunisie s’enrhume. Justement, la Tunisie n’est pas seulement enrhumée, mais malade et bien malade.
    Pour la guérir, certains, parmi les orateurs, ont évoqué le partenariat avec les « frères » arabes.
    Le monde arabe « frère » peut-il remplacer l’Europe « amie » ? Peut-il résorber notre chômage, acheter les produits de notre industrie et de notre agriculture, remplir nos hôtels, investir dans notre économie et nous prêter l’argent dont nous avons besoin ?

    Un grand homme tunisien de la Finance s’est permis de rappeler une vérité à propos de nos « frères » arabes. Ces derniers investissent, certes, mais ils investissent là où la rentabilité est immédiate et avec peu de risque. Et il prend l’exemple des Berges du Lac où le m² a été cédé pour des pacotilles et qui se vend, actuellement, à des milliers de dinars.
    Investir dans des secteurs spéculatifs ou là il où y a peu de risques est, tout simplement, peu profitable pour l’économie nationale.
    Faut-il s’investir dans la séduction des pays arabes, comme sont en train de le faire actuellement le président de la République et le chef du gouvernement ? La question mérite d’être posée sur le plan national. Il faudrait cependant retenir ce conseil de Jacob Kolster, directeur à la Banque Africaine de Développement, qui nous dit : « Tunisiens, soyez rationnels dans le choix de vos partenaires extérieurs ».

    Un professeur universitaire de renom, Jamel Eddine Chichti, a rappelé pour sa part une autre évidence : il faut aller chercher l’argent là où il se trouve.
    Ce n’est ni en Europe, ni dans les pays arabes, mais en Tunisie. « Si nous lançons un emprunt obligataire national, nous pourrons lever des fonds deux à trois fois supérieurs à l’argent recherché. »
    L’Etat qui emprunte de l’argent aux Tunisiens, pourquoi pas, si c’est pour la bonne cause ? Le coût est peut-être supérieur, mais il a le mérite de faire engager les Tunisiens si fiers de leur révolution et qui n’hésiteraient pas à mettre la main à la poche pour prêter à l’Etat ce qu’il est allé quémander, platement, dans les pays du Golfe et en Europe. A condition que l’on nous dise à quoi cet argent va servir.
    Si c’est pour construire des mosquées, faire taire les syndicats et creuser le déficit de la caisse de compensation, il n’y a aucun espoir que les Tunisiens aident ce gouvernement.
    Par contre, si ce gouvernement dresse les priorités, oublie de faire sa propagande électorale (et théocratique) et pense à des projets d’investissement qui créent de l’emploi et qui soient bénéfiques aux générations futures, il n’y a aucun risque à parier sur le patriotisme et la bonne volonté des Tunisiens.

    L’autre point relevé en marge du colloque est celui de l’épargne. De plus en plus de Tunisiens reviennent à l’épargne à l’ancienne, c’est-à-dire à la maison, dans des coffres forts ou « sous les matelas ». Un signe de manque de confiance dans le système bancaire national dû, notamment, à la chasse aux sorcières lancée contre ceux qui ont réussi à s’enrichir avant la révolution. Autant d’argent dont les banques sont privées, alors que cet argent n’est pas forcément mal acquis.
    Ces mêmes banques ne sont pas au dessus de la critique et c’est une banquière chevronnée qui nous le signale. Elle relève, par exemple, qu’une ville comme Tazarka ne compte aucune agence bancaire.
    La ville est pourtant agricole et regorge de capacités. Ses habitants méritent plus d’attention et ont, sans aucun doute, de la « trésorerie » à épargner.
    Plusieurs villes défavorisées de l’intérieur du pays, par ailleurs, ne comptent qu’une seule et unique agence bancaire, généralement la BNA ou la STB, deux banques publiques. Une situation qui n’incite guère à l’investissement ou à la promotion des projets.
    En parallèle, les quartiers huppés sont « surbancarisés ». C’est le cas de l’avenue Hédi Nouira, à la Cité Ennasr, qui compte à elle seule treize agences bancaires, en plus de la Poste !

    La situation étant ce qu’elle est, le gouvernement actuel est dépassé par l’ampleur des tâches et des dossiers. Au lieu de lancer des signaux rassembleurs et rassurants, certains parmi ses membres et les militants des partis au pouvoir, continuent à faire des petits calculs politiques visant, notamment, les prochaines élections. On parle de la Chariâa, du niqab, de la Télévision publique, du drapeau, etc. La diffusion des activités du gouvernement au journal télévisé est devenue une priorité nationale, comme si elle allait résoudre les problèmes du chômage ou de l’inflation.
    On a réussi, comme jamais auparavant, à créer de multiples sujets qui divisent les Tunisiens. On crée des incidents là où il peut ne jamais y en avoir. A l’instar de cet appel à la manifestation du 1er mai où Ennahdha s’invite à une cérémonie purement syndicale.
    Pendant ce temps-là, les investisseurs (tunisiens et étrangers) et différents partenaires regardent et attendent que la récréation finisse.
    Et, qu’on le veuille ou pas, ces partenaires, ces hommes d’affaires et ces investisseurs font partie de cette même élite insultée, dénigrée et qualifiée de tous les noms, matin et soir.
    Les idées, l’argent, le développement, la croissance et le savoir-faire ne sont pas entre les mains du pouvoir politique, mais de l’élite. Et l’élite, par nature, ne représente que 0,001% de la population.
    Le gouvernement est en train de faire le tour du monde pour trouver des solutions, des idées, des partenaires et de l’argent, alors qu’ils sont là devant lui. Les trois jours du colloque de Réalités n’ont fait que nous le rappeler une énième fois.

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