Par Nizar BAHLOUL
Monsieur le président,
Trois de vos conseillers ont publié cette semaine un texte critiquant sévèrement le travail du gouvernement. Et chacun d’entre eux est allé de sa philosophie. Le premier cherche à justifier, par tous les moyens, l’injustice et rendre l’Etat secondaire.
Le deuxième veut dissoudre le gouvernement et limoger le gouverneur de la Banque centrale.
Le troisième veut changer carrément un système par lequel fonctionne toute la planète, à l’exception de la Libye, Cuba et la Corée du Nord. Et encore.
Monsieur le président,
Si vos conseillers vous ont consulté avant la publication, c’est grave, car vous déstabilisez le gouvernement et fragilisez le pays en procédant ainsi.
Et si vos conseillers ne vous ont pas consulté, ce qui est fort improbable, c’est encore pire.
Ne pas respecter l’obligation de réserve est autrement plus grave que de ne pas porter de cravate et épingler des pin’s sur son costume.
Le contenu de ces trois articles renvoie une très mauvaise image à l’opinion nationale et internationale et, bien entendu, aux agences de notation et les organismes internationaux. Quel que soit le différend au sein du pouvoir, le porter ainsi devant l’opinion publique montre que le pays est divisé et souffrant et ceci ne va certainement pas améliorer la situation, c’est tout le contraire. Il donne un argument de plus pour dégrader davantage les notations.
Sur le plan de la forme, et à l’exception de celui de M’nasser, les articles élaborés par vos conseillers sont bourrés de coquilles linguistiques reflétant un manque de sérieux et une certaine légèreté, indignes de l’institution qu’ils représentent.
Sur le fond, il y a beaucoup à dire et redire.
Celui de M’nasser inquiète car il cherche à légaliser l’injustice et à donner la priorité à la révolution par rapport à l’Etat. Un dictateur ne se prendrait pas autrement.
Or, paradoxalement, toute la légitimité de M. M’nasser vient de cet Etat qu’il cherche à reléguer au second plan. La révolution, il n’y a pas participé. Il n’était même pas inscrit sur vos listes électorales.
Pour le deuxième, Mohamed Chawki Abid, à aucun moment, et contrairement à ce qu’exige l’honnêteté intellectuelle, il n’a signalé que le gouvernement hérite d’une situation et que la dégradation de la note par Standard &Poor’s, bien qu’elle soit grave, n’est pas dramatique. En tout cas, elle n’exige pas la dissolution du gouvernement puisque celui-ci n’est que transitoire et ne va pas rester au-delà de neuf autres mois.
Les cas de dissolutions, suite à de pareilles dégradations de notes, surviennent dans des pays où ces gouvernements sont élus et à un an ou deux des élections. Le nôtre, et malgré tout ce qu’on en pense, n’a pas à être dissous dans l’immédiat, un remaniement suffit.
M. Abid veut faire limoger le gouverneur de la Banque Centrale et parle de réformes structurelles nécessaires. Or cette nécessité des réformes est une évidence que voit n’importe quel analyste junior et c’est un chantier déjà entrepris par M. Nabli. Le remplacer est tout simplement un non sens qui fera perdre au pays plusieurs autres mois et participera encore davantage à la dégradation de la note tunisienne.
Quant à Ayoub Massoudi, le troisième conseiller, on s’interroge s’il vit au XXIème siècle et s’il a une idée sur le b.a.-ba de l’économie et de la finance. S’il a une idée sue ce que signifie, pour un pays, de ne pas payer ses dettes. S’il a une idée sur les expériences désastreuses qu’ont vécues les populations cubaines ou libyennes suite à un pareil raisonnement « révolutionnaire ». Ou l’expérience argentine suite au non paiement de ses dettes. S’il a une idée sur le poids des agences de notation dans la prise de décision des investisseurs et des hommes de la finance. S’il a une idée sur la réputation dramatique d’un individu ou d’un pays qui ne paie pas ses crédits à échéance.
Monsieur le président,
Les textes de vos collaborateurs vous engagent et portent à croire qu’ils reflètent votre position. Votre silence est, en tout cas, approbateur.
Ce pays qu’est la Tunisie, bien qu’il ait vécu une révolution, n’est pas prêt à vivre une expérience à la libyenne ou à la cubaine. Encore moins à l’afghane, à la somalienne ou à la saoudienne, comme le souhaiteraient certains de vos alliés.
N’empêche, vos alliés – et malgré tout ce qu’on peut leur reprocher – ont une idée bien meilleure que vous de ce qu’est la notion de l’Etat. Et de ce qu’est l’Etat de droit. Pour eux, c’est l’Etat qui est prioritaire, c’est l’Etat qui prime. La révolution, sans Etat, n’est qu’anarchie (Somalie) ou dictature (Libye, Cuba).
Monsieur le président,
Dans une précédente chronique, intitulée « la nouvelle prison de Marzouki » et publiée en février (cliquer ici pour lire l’article), soit trois mois après votre « nomination-élection », j’ai fait le pronostic que vous alliez considérer vos vrais amis comme ennemis et que vous alliez céder aux trompettes des courtisans. Nous y voilà.
Plusieurs de vos amis « parisiens », ceux des années de braise, vous ont lâché depuis des mois.
Vos amis nationalistes ont été choqués par vos positions concernant la Syrie et, certains d’entre eux, ragent de voir nos enfants embrigadés, prisonniers aujourd’hui de Bachar El Assad, sans que l’on puisse faire quelque chose, à cause de la décision de rupture diplomatique que vous avez prise.
Vos amis laïcs ne vous entendent plus parler de laïcité que dans la presse occidentale.
Il y a quelques semaines, Om Zied, Slim Boukhdhir et bien d’autres vous ont quitté après avoir été la cible de virulentes attaques de vos soldats. Ils ont été immédiatement suivis par onze de vos députés dont Abderraouf Ayadi.
Maintenant, tout indique que c’est le tour de vos amis d’Ennahdha qui viennent d’être sévèrement et publiquement tancés par vos lieutenants.
Si vos autres amis vous ont quitté, sans faire trop de vagues, ou très peu, vos amis d’Ennahdha n’entendent pas vous laisser saboter le peu de travail qu’ils ont réalisé et mettre en danger les intérêts du pays et les bases de l’Etat. Une motion de censure à l’Assemblée et vous serez « dégagé », après un vote écrasant (à la 99%).
Ils ne vous laisseront pas faire votre campagne électorale avec l’argent du contribuable. Ils ne vous laisseront pas hypothéquer leur avenir et celui de l’Etat tunisien. Ils ne vous laisseront pas nuire à leurs relations avec leurs partenaires et ceux de la République tunisienne.
Monsieur le président,
Durant votre campagne électorale, de laquelle vous n’avez recueilli que 17.825 voix, vous avez promis de partir au bout de six mois, si vous ne réussissez pas vos objectifs. Nous y sommes, respectez votre parole !Partez !










