Dans une interview accordée le 4 juillet courant au journal français, Ouest France, Kamel Jendoubi a déclaré que la stratégie d’Ennahdha « n’est pas tant la constitution que de se placer pour les prochaines élections ».
Lors de cette interview Kamel Jendoubi émet des doutes quant à la bonne foi démocratique d’Ennahdha, car, selon lui, depuis l’avènement du parti islamiste au pouvoir, ses partisans « se sont présentés comme des gens qui ont fait des concessions. C’est une stratégie délibérée, organisée».
Pour appuyer ses dires, l’ancien président de l’instance supérieure indépendante pour les premières élections ajoute : « Ils avaient signé en 2008. Pourquoi revenir dessus ? C’est que l’intention n’est pas d’avancer vers la démocratie, mais d’instrumentaliser ce compromis pour pouvoir encore réaliser autre chose, en gagnant du temps ».
Par ailleurs, Kamel Jendoubi ajoute que les deux formations de la troïka au pouvoir, Ettakatol et le CPR ne représentent pas grand-chose en eux même, mais ont un poids important dans l’exercice du pouvoir d’Ennahdha puisque « Ce sont des alibis. Elles n’ont strictement aucun poids. M. Ben Jaâfar pèse parce qu’il est à l’internationale socialiste et M. Hollande le soutient. Sans cela, il n’est rien. M. Marzouki pèse parce qu’il sait parler aux étrangers, à l’occident. Il sait faire pleurer les députés européens, en parlant de modernité».
Relativement à ses impressions sur la capacité de Nidaa Tounes à contrer Ennahdha lors des prochaines élections, Kamel Jendoubi a affirmé : « Je suis personnellement convaincu qu’Ennahdha peut perdre les élections, mais il faudrait une vraie stratégie de riposte de l’opposition», mais a également exprimé des regrets de l’absence d’une classe politique issue de la génération de l’après-indépendance, qui fait qu’aujourd’hui, les tunisiens « s’identifient à un vieillard. C’est dramatique, pour un pays aussi jeune ».
Sur la situation des femmes en Tunisie, selon Kamel Jendoubi la menace existe mais n’est pas immédiate car « c’est une bataille que les islamistes ne veulent pas engager parce qu’ils savent qu’ils seraient perdants aujourd’hui. Donc ils la remettent à plus tard ».
L’interview s’achève par une question sur l’adoption du débat portant sur l’immunisation de la révolution, qui concernerait 2 500 personnes, à laquelle Kamel Jendoubi répond que le gouvernement islamiste est en train de mettre en place une administration de délation. Et de conclure : « Cela va être un foutoir, c’est fait exprès pour retarder encore le processus électoral, mettre la pression. Repousser la date».










