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Démission ou pas démission, là n’est plus la question…

Par Marouen Achouri

Faire un bilan exhaustif de toutes les bourdes du gouvernement actuel est une tâche non seulement fastidieuse mais douloureuse. Le « meilleur gouvernement de Tunisie » est loin de satisfaire les besoins du pays et n’est même pas capable de sauver les apparences et de se porter à la hauteur des responsabilités. Devrait-il démissionner ? C’est une évidence…

Commençons par la bourde la plus récente de notre gouvernement qui nous vient cette fois du ministre de la Jeunesse et des Sports, Tarak Dhiab. Ce dernier a envoyé une correspondance à la FIFA pour demander la dissolution du bureau de la Fédération Tunisienne de Football. Cette démarche est d’abord inédite, on n’a pas souvenir en Tunisie, ni ailleurs, d’un ministre qui soit allé demander à une instance internationale de procéder à la dissolution d’une fédération nationale, d’autant plus dans le domaine sportif.

Par ailleurs, le fait que ce ministre fasse une telle demande dénote d’une ignorance totale du droit et des procédures. Résultat des courses ? La FIFA a exprimé sa désolation et sa crainte que les autorités de tutelle s’immiscent dans la direction d’une fédération nationale de sport. Par ce procédé, le ministre a jeté le discrédit sur le football tunisien, déjà en crise, et a fait montre de son incompétence à un niveau international cette fois. Ajoutons à cela le côté « moral » de cette histoire, au lieu de tenter une médiation ou d’essayer de trouver des solutions avec le bureau de la fédération, le ministre a préféré aller se plaindre auprès de la FIFA prenant le risque de faire suspendre toute participation tunisienne aux compétitions internationales. Le citoyen tunisien en tirera les conclusions qui s’imposent…

Passons maintenant à la monumentale bêtise du ministère de l’Intérieur. Des centaines de lignes ont été écrites à ce sujet et des heures de débat ont été consacrées à cette histoire. Pour résumer, le ministère de l’Intérieur a été informé de la possibilité qu’on attente à la vie du député Mohamed Brahmi plus de dix jours avant qu’il ne soit effectivement assassiné. Cette histoire est désormais connue de l’opinion publique car le document interne attestant de ces faits a été fuité. Le ministre de l’Intérieur, Lotfi Ben Jeddou, a assez d’honnêteté et d’intégrité pour avouer que le décès de Mohamed Brahmi est avant tout un échec de son ministère –trop aimable !- mais pas assez pour présenter sa démission.
Son ministère a clairement failli à sa mission et c’est le ministre qui doit en assumer la responsabilité, il a au moins le mérite de ne pas être le premier. Le meurtre de Mohamed Brahmi justifie largement la démission du ministre de l’Intérieur si ce n’est celle de tout l’exécutif. Malheureusement, en Tunisie, le ministre de l’Intérieur essaie de couvrir cet échec par les innombrables réalisations de son ministère en termes de lutte contre le terrorisme et nous parle de « Jihad Ennikah » et des milliers de jeunes qui ont été empêchés de partir grâce à la vigilance des forces de l’ordre. Aujourd’hui, nous vivons dans un pays où faire son travail relève de l’exploit et où les scandales et les échecs passent comme une lettre à la poste. Merci à l’Assemblée nationale constituante pour ses séances de questionnement qui font passer les pilules les plus amères.

Par ailleurs, rappelons qu’un jeune homme de Sidi Alouane s’est pris une balle en plein visage. Balle provenant d’une arme de la police qui a été tirée par erreur. Le jeune concerné souffre de graves blessures et en traînera les séquelles à vie probablement. Interviewé par la télévision nationale, le père du jeune blessé a déclaré : « Je veux juste que mon fils puisse rire à nouveau…». Sans commentaires monsieur le ministre.
Un autre ministre s’est récemment distingué. Notre ministre de la Culture, Mehdi Mabrouk, voit son nom cité dans les chroniques judiciaires plus souvent que dans les colonnes réservées à l’actualité culturelle du pays. Non content de n’exprimer aucune réaction, aucune position, quand des artistes sont trainés devant les tribunaux pour avoir commis un fait artistique, le ministre est passé au palier supérieur, c’est lui-même qui porte plainte ! Nasreddine Shili a passé plus de dix jours en prison car il a jeté un œuf sur le ministre. Loin de « comprendre » ce geste, le ministre a porté plainte, a consulté un médecin et avait même déclaré que Nasreddine Shili lui avait assené un coup de poing…. Aujourd’hui encore, des artistes sont menacés et se trouvent sous les verrous à cause de leur production artistique. Que fait le ministre de la Culture ? Est-ce que Mehdi Mabrouk peut, aujourd’hui, assister à n’importe quel événement ou n’importe quelle inauguration sans être au moins chahuté ? Non, certainement pas…

Un autre ministre s’est récemment distingué par des déclarations qui sont passées relativement inaperçues. Le ministre de la Santé publique, Abdellatif Mekki, a réagi dernièrement aux cas de rage détectés dans certaines parties du territoire, rage humaine s’entend, évidemment. Le ministre a tenté de noyer le poisson en affirmant que le nombre de cas détectés était le même qu’avant la révolution et qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter. Il a également ajouté que la seule chose qui avait changé était que les médias aujourd’hui pouvaient en parler librement. Il s’est trahi en deux choses dans ses déclarations : la première est que la période d’avant-révolution est devenue une référence sur laquelle les « performances » actuelles devraient s’aligner, la deuxième est qu’il a, encore une fois, exprimé un avis ou une analyse sur le rendement des médias. Tout ceci se fait dans une volonté de dédramatiser et de banaliser la mort d’une enfant de 7 ans à cause de la rage, un fait scandaleux en soi.

Comme spécifié au début, un inventaire des bourdes du gouvernement de la Troïka serait une entreprise fastidieuse. Il faudrait plus qu’un article pour évoquer, Sihem Badi, Nadhir Ben Ammou, Elyès Fakhfakh, Ali Laârayedh…. Sans parler de légitimité ou de crise politique, ce gouvernement fait montre d’une incapacité flagrante à gérer les affaires du pays. Les conséquences de cette incompétence se répercutent négativement sur l’économie du pays, la paix sociale et la sécurité. Toutefois, notre gouvernement est incapable de dresser un bilan honnête de son action et notre Assemblée est encore plus incapable d’exercer la moindre pression sur l’exécutif. Si cela n’est toujours pas un motif de démission, alors…

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