Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Démission : Quand le gouvernement Laârayedh joue à cache-cache

Une interview d’Ali Laârayedh à l’agence de presse Reuters, présageait un désamorçage de la crise actuelle. Le chef du gouvernement y annonce une démission de son équipe ministérielle dans un délai de 3 semaines, après le début des tractations du Dialogue national. A l’heure où l’opposition prépare son attirail de guerre pour manifester en faveur de la chute du régime, voilà que cette annonce vient contraster avec les escarmouches tenues par le parti fort du pays depuis des mois.

Seulement, 24 heures après, l’organe de communication de la présidence du gouvernement annonce « des propos sortis de leur contexte » et fait part de « clauses conditionnant cette démission » figurant pourtant dans la feuille de route du Quartette. Dans sa cacophonie habituelle, le gouvernement d’Ennahdha n’arrive pas encore à trancher sur la question : démissionnera/démissionnera pas. Force est de reconnaître que le parti exige, encore et toujours, des garanties…

Le Dialogue national débutera le 23 octobre courant, soit dans deux jours. Une date symbolique marquant le deuxième anniversaire « des premières élections libres et démocratiques », diront certains, mais aussi « un an de plus pour une assemblée en mal de légitimité », dénonceront les plus sceptiques. Le choix de cette date symbolique, censé apaiser les tensions, l’opposition n’en a que faire. Des manifestations « massives » sont prévues un peu partout dans le pays, mais surtout dans la capitale, pour appeler à la chute du régime et crier au ras-le-bol général. L’opposition déplore « une perte de temps qui profite à Ennahdha ».
En effet, le parti au pouvoir n’a cessé de retarder les avancées des tractations et de négocier les clauses imposées par les organisations formant le Quartette, la démission du gouvernement étant une des clauses les plus épineuses. « Ce gouvernement ne démissionnera pas, il n’a pas échoué et ne doit pas céder sa place », semblent crier les dirigeants islamistes à chacune de leurs apparitions. Aux yeux de l’opposition, cette démission constitue cependant « le minima à mettre en œuvre ».

Lors d’une interview accordée à Reuters, dimanche 20 octobre, la ténacité habituelle d’Ali Laârayedh, semble avoir cédé la place à un soupçon de souplesse. « Mon gouvernement démissionnera dans un délai de trois semaines et je suis même prêt à renoncer à mon poste avant cette échéance ». Très peu étonnant, un démenti a suivi cette déclaration, à peine 24 heures après. Le porte-parole du Premier ministère, la juge « sortie de son contexte ». Le gouvernement tente de sauver les meubles et conditionne cette démission : « Les ministres ne démissionneront qu’en l’existence d’une feuille de route claire et d’un certain nombre de garanties ». Quel est le vrai du faux dans les propos de Laârayedh ?
Une chose est sûre cependant, Ennahdha a besoin de garanties. Parmi lesquelles, la constitution de l’instance électorale, mais aussi, et surtout, la finalisation des travaux de la Constitution. La plus haute instance du pays devra même cautionner le nouveau gouvernement prochainement élu « dans le cadre de la légitimité du pouvoir législatif qu’elle représente ».

Deux ans après sa constitution, l’Assemblée nationale constituante, dont les membres ont été élus le 23 octobre 2011, affiche un bilan très lourd : perte de temps, de moyens et un député assassiné. Cette assemblée qui devait adopter une nouvelle Constitution en un an, a échoué dans sa tâche et s’est égarée de sa mission première. Raisons : un amateurisme évident, des calculs partisans, mais aussi, une absence de consensus entre alliés de la Troïka et opposition.
Ces ratages et échecs seront indéniablement inscrits au passif d’Ennahdha comme preuve de son indubitable échec cuisant. Le parti islamiste devra donc, à l’issue de ce Dialogue qui  se présente comme ultime tentative de trouver une sortie de crise, redorer son blason. Pour ce faire, la Constitution doit être liquidée et des élections organisées. Ainsi terni par l’exercice du pouvoir, Ennahdha pourra sauver la face devant ses détracteurs locaux mais aussi des puissances étrangères qui n’arrêtent pas de pointer du doigt ces manquements.
Ce n’est donc pas un hasard que, dans cette interview, mais dans d’autres qui l’ont précédée, Ali Laârayedh affirmerait que, sous le règne de son gouvernement, le terrorisme a été éradiqué et que les facteurs économiques ne seraient pas aussi alarmants que ce que voudraient bien le faire croire certains économistes. Il a également assuré que les islamistes n’ont pas échoué dans leurs tâches et que leurs chances de remporter les prochaines élections demeurent intactes. Il imputerait même la situation économique délicate et les perspectives de croissance compromises à « l’instabilité politique ». Entendez par là « nuisance de l’opposition »

Ainsi, le parti islamiste sortira vainqueur du Dialogue national, mais pourra également assurer ses arrières, une fois le pouvoir quitté. Vivant sous la hantise d’un scénario à l’égyptienne, Ennahdha craint, en effet, l’ouverture de lourds dossiers touchant nombre de ses cadres, à l’issue de son règne. 
Ahmed Néjib Chebbi, avait, dans une interview accordée à Shems Fm, averti Ali Laârayedh contre « son caractère tenace ». Affirmant que « la forte personnalité et la résistance de l’actuel chef du gouvernement », le poussent à adopter une position ferme et irrévocable quant à la démission de son gouvernement.

Ennahdha consentirait-il à quitter le pouvoir contre l’assurance de certaines garanties ? C’est ce que semble croire, en tout cas, le politologue Slaheddine Jourchi, dans une déclaration aujourd’hui à Shems Fm. Ultime sortie de crise ? Le Dialogue national évolue pourtant sur une corde raide. Calculs partisans et tentatives de sauver les meubles fusent de toutes parts…


Synda TAJINE

Subscribe to Our Newsletter

Keep in touch with our news & offers

Contenus Sponsorisés

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *