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Qu’ont fait les pays du Golfe pour la révolution tunisienne ?

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    Après la révolution, plusieurs pays se sont empressés de manifester leur soutien à la Tunisie à l’exception des pays arabes qui se sont montrés plutôt distants, craignant, vraisemblablement, la contagion du phénomène tunisien. Les chefs de gouvernements qui se sont succédé à la tête du pays, ainsi que certains leaders politiques, ont essayé d’intensifier les relations de coopération et d’encourager ces pays à venir investir en Tunisie. A son tour Mehdi Jomaâ, le chef du gouvernement, se lance dans une tournée dans ces pays, espérant que, grâce au consensus politique qui règne aujourd’hui, il puisse les convaincre de tendre la main à la Tunisie. Zoom sur les relations Tunisie-Pays du Golfe.

    Mehdi Jomaâ a entrepris, samedi 15 mars 2014, une visite officielle dans plusieurs pays du Golfe, en l’occurrence, les Emirats Arabes Unis (les 15 et 16 mars), l’Arabie Saoudite (les 16 et 17 mars), le Qatar (le 17 et 18 mars), le Koweït (le 18 mars) et enfin le Bahreïn (le 19 mars). L’objectif étant de convaincre ces pays d’investir en Tunisie et d’impulser les échanges commerciaux, en cette période délicate.

    La Tunisie, en effet, compte sur l’aide de plusieurs partenaires, notamment celle des pays du Golfe, et aspire à développer davantage la coopération entre eux. Alors que plusieurs pays ont manifesté leur soutien à la Tunisie à travers des dons, des investissements ou des prêts à des taux d’intérêt bas, en contrepartie, les relations avec les pays du Golfe ont été plutôt « protocolaires », pire, certains projets arabes ont avorté ou même ont été suspendus.

    Pour citer quelques exemples non-exhaustifs : l’Algérie a accordé une aide financière de 100 millions de dollars en mars 2011 (un don de 10 millions de dollars, un prêt de 40 millions à 1% sur 15 ans avec une période de grâce de 5 ans et un autre prêt de 50 millions sans intérêt); la France et l’Allemagne ont converti la moitié de la dette tunisienne à leur égard en investissement ; la Chine a fait don d’au moins 45 millions de dinars (MD) ; l’Union européenne a accordé un don, en décembre 2012, de 107 millions d’euros pour équilibrer les comptes publics, accompagnés de deux prêts de la Banque Mondiale et de la Banque Africaine de Développement (chacun d’un montant de 500 millions de dollars) versés dans le cadre du programme d’appui à la relance ; la Suisse s’est engagée à verser à la Tunisie un don de 13 MD par an jusqu’en 2016 ; le parlement européen vient (mi-février) de lui accorder un prêt de 300 millions d’euros alors que les Etats-Unis et le Japon se sont portés garants avec leur triple A pour les prêts tunisiens sur le marché financier international. En outre, il y a quelques jours, le Japon a décidé de nous octroyer deux prêts d’environ 800 MD (environ 48 milliards de yens), pour un taux d’intérêt très avantageux de 0,6% avec une période de grâce de 10 ans.

    Pour leur part, les pays du Golfe ne se sont pas montrés avares avec la Tunisie. Des projets de grande envergure comme le projet immobilier «La Porte de la Méditerranée» (Sama Dubaï, Emirats Arabes Unis), le projet de la cité sportive «Tunis Sports City» (Boukhatir, Emirats Arabes Unis), le projet du port financier de Tunis «TUNISBAY» (Gulf Financial House, Bahreïn) ont été stoppés. Il n’y a que le Qatar, très ami avec les leaders d’Ennahdha, qui a fait quelques efforts, avec notamment un prêt de 500 millions de dollars à un taux de 3%, début 2012, un don de 31 MD au profit du fonds des martyrs et blessés de la révolution, un don de 79 millions de dollars destiné à financer des projets de développement, et un dépôt de 500 millions de dollars à la Banque centrale de Tunisie, remboursable sur 5 ans et qui vise à renforcer les réserves en devises du pays. En contrepartie, le Qatar a annoncé son intention de débloquer, dans les prochains jours, 500 millions de dollars sur les 1,25 milliard de dons promis par ce pays au Maroc.

    Ceci prouve que le Qatar pouvait faire plus pour la Tunisie mais ne l’a pas fait. Il en est de même pour les autres pays du Golfe. Par exemple, l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis et le Koweït ont annoncé, en juillet 2013, leur intention d’apporter une aide financière équivalente à 12 milliards de dollars pour sortir l’Egypte d’un état de quasi-faillite et soutenir la transition. Ce qui prouve qu’il y a une volonté politique de ne pas aider la Tunisie.

    En fait, depuis 2010, nos importations ont explosé alors que nos exportations ont diminué ou légèrement augmenté, pour une aggravation considérable de notre déficit commercial avec ces pays. Le déficit commercial avec ces 5 pays du Golfe a presque doublé en 4 ans, évoluant de 297,493 MD en 2010 à 512,955 MD en 2013.
    Avec les Emirats Arabes Unis, les importations sont passées de 138,433 MD en 2010 à 194,141 MD en 2013 contre des exportations qui ont évolué de 127,384 MD en 2010 à 110,33 MD en 2013 pour un solde déficitaire qui passe de -11,049 MD à -83,811 MD, soit 7,5 fois plus.

    Avec l’Arabie Saoudite, les importations ont pratiquement doublé, évoluant de 256,051 MD en 2010 à 426,756 MD en 2013. Quant aux exportations, elles ont doublé mais restent en-deçà des attentes tunisiennes en matière d’échanges économiques (de 28,135 MD en 2010 à 61,868 MD en 2013). Le déficit commercial passe de -227,916 MD en 2010 à -364,888 MD en 2013 (1,6 fois plus).

    Avec le Qatar, les importations sont passées de 20,795 MD en 2010 à 31,368 MD en 2013 pour des exportations en hausse, passant de 4,51 MD en 2010 à 7,622 MD en 2013. Le solde commercial est déficitaire évoluant de -16,285 3MD en 2010 à -23,745 MD en 2013 (1,45 fois plus).

    Avec le Bahreïn, le solde est passé de -14,219 MD en 2010 à -15,263 MD en 2013.
    Avec le Koweït, les importations ont augmenté, passant de 32,946 MD en 2010 à 50,998 MD en 2012 et 36,583 MD en 2013 pour des exportations en hausse : 5,363 MD en 2010 à 9,342 MD en 2012 et 11,334 MD en 2013. Le solde commercial est passé de -27,583 MD en 2010 à -41,655 MD et -25,248 MD en 2013.

    Côté investissements, la Tunisie a obtenu des pays du Golfe, jusqu’au 15 décembre 2013, 5,99 milliards de dinars d’IDE avec 79 entreprises et 22.948 emplois créés (ce dernier chiffre est discutable puisqu’on comptabilise tous les emplois créés dans les projets mixtes). Les plus importants projets étant Tunisie Telecom avec 3,768 milliards de dinars (8.000 emplois) et Tunisiana avec 1,405 milliard de dinars (850 emplois). On note par contre, que le méga-projet du Port financier de Tunis ou The Financial Harbour TUNISBAY, promu par la banque d’investissement islamique bahreïnienne Gulf Finance House (GFH), dans la banlieue Nord, près de Raoued, et en instance depuis la révolution, vient d’être entamé (un projet engageant une enveloppe d’investissement de l’ordre de 3 milliards de dollars et qui devra créer 16 mille emplois).

    Ainsi, à travers son voyage aux pays du Golfe, Mehdi Jomâa espère multiplier ce genre de projets en Tunisie, pour créer de la valeur ajoutée, de la croissance et des emplois, notamment pour les diplômés du supérieur. Des investissements qui peuvent s’avérer très rentables car le pays bénéficie d’un emplacement stratégique avec une main d’œuvre qualifiée et peut devenir un hub reliant les pays européens au pays du Maghreb et ceux de l’Afrique subsaharienne, offrant un partenariat gagnant-gagnant.
    La Tunisie ne demande pas l’aumône, elle espère un coup de pouce pour passer avec succès cette phase importante mais critique de son histoire, pour un avenir meilleur.

    Imen Nouira


    Crédit photo: AFP Karim Sahib

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