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A quand un ministère des cacahuètes?

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    Par Marouen Achouri

    « Il faut créer un ministère de la Mer ». C’est ce qu’a déclaré le président de la République, Moncef Marzouki, lors de la célébration de la fête de l’évacuation agricole le 12 mai 2014. Dans la foulée, les sympathisants et les membres du CPR ont vite fait d’exécuter quelques recherches sur Wikipédia pour montrer qu’il existe des ministères de la mer ailleurs dans le monde. Autrement dit : « Cette proposition n’est pas aussi farfelue que vous le pensez! ».

    Et puis pourquoi pas? Un ministère de la mer serait chargé, comme le dit notre président philosophe écrivain, de l’administration de nos eaux territoriales, des plages et des travailleurs de la mer. On pourrait ainsi créer l’administration générale des profondeurs, le directeur général des plages chargé de la qualité du sable ou encore un secrétaire d’Etat délégué à la direction du vent.

    J’entends d’ici quelques sceptiques dire que ceci n’est pas une priorité pour l’instant, que le président n’a pas à faire de telles propositions et qu’il sort de son rôle comme d’habitude. Mais il faut rendre à César ce qui appartient à César! Car cette idée est excellente. On a vécu depuis l’indépendance sans ministère de la mer, et ce n’est plus acceptable. Les affaires de notre mer sont négligées depuis plus de 50 ans et le président Moncef Marzouki s’en est rendu compte.

    Il est vrai que d’autres affaires pourraient éventuellement perturber le génie de notre président dans l’art d’inventer des ministères. Des affaires comme l’histoire des deux Tunisiens kidnappés en Libye par exemple. D’autant plus que la politique extérieure de la Tunisie fait partie des rares sujets sur lesquels Moncef Marzouki peut avoir un semblant d’autorité. Il était si prompt à demander des nouvelles du Premier ministre libyen lorsqu’il avait été libéré après son kidnapping. Il pourrait concentrer ses efforts sur cette affaire, mais Marzouki préfère parler de ministère de la Mer.

    C’est en effet un président polyvalent que nous avons là! Il peut s’occuper de l’ouverture d’un tournoi d’échecs, ensuite passer à l’inauguration d’un festival de poésie populaire et finir par proposer un ministère de la Mer. D’ailleurs, on pourrait tous participer à cet effort et proposer chacun un ministère pour des questions qu’on juge importantes. Un secrétaire d’Etat dédié au rouget par exemple ou un ministère dédié à la gestion des costumes présidentiels. D’ailleurs, dans ce même ministère de la mer, il pourrait y avoir une direction dédiée à la surveillance des méduses…

    Aujourd’hui, 14 mai 2014, le président de la République a participé au lancement de l’emprunt obligataire national. Dans la déclaration qu’il a faite à cette occasion, Moncef Marzouki a dit que l’Etat était dépourvu de moyens et qu’il fallait que tous les citoyens participent. A croire que la création d’un ministère de la Mer ne couterait pas un sou à l’Etat !

    Il faudra également penser aux véhicules qui seront consacrés au ministère de la Mer. Du zodiac pour les petits employés au yacht du ministre, il y en aura des dépenses à prévoir! Ce ministère aura des prérogatives élargies puisqu’il s’agira de pêche, de plages et éventuellement de questions sécuritaires. Ce sera au ministère de surveiller les frontières maritimes de la Tunisie, de veiller à l’interdiction de la pastèque sur les plages tunisiennes et de contrôler le calibre du poisson péché. Un super-ministère qui ne fera que du bien au pays.

    Il existe cependant un problème de taille : Selon les prérogatives de ce ministère, le gros de son activité se fera aux mois de juillet et août, en plein été. Comment convaincre les fonctionnaires de bosser en plein été? Le problème se trouve plus complexe s’ils sont recrutés parmi les rangs de ceux qui ont profité de l’amnistie générale. Non pas que ceux là soient fainéants mais travailler en plein été quand même…

    Quoi qu’il en soit, la proposition du président de la République mérite que l’on s’y attarde. Dans la même déclaration, il avait rappelé son attachement à la question épineuse des graines. S’agissant de l’indépendance alimentaire de la Tunisie, Il serait judicieux de créer un ministère des graines aussi. Plus étrange encore que la suggestion de Moncef Marzouki, l’ardeur que mettent certaines personnes à la défendre. Que ce soient des conseillers présidentiels ou même des membres du CPR, cela serait compréhensible. Mais là, il s’agit de certains anonymes qui veulent se donner une envergure ou une image de "contre courant" en prenant la défense de tels propos, en dépit de toute logique.

    C’est grâce à ce type de personnes que Moncef Marzouki continue "d’exister" et qu’il pense sérieusement à se présenter à la prochaine élection présidentielle. Le pire c’est que Moncef Marzouki lui-même ne manque pas de se contredire et de jeter aux orties ce qu’il disait la veille mettant ainsi ses défenseurs dans l’embarras. C’est probablement pour ça qu’il en a de moins en moins. Entre un président qui propose la création d’un ministère de la mer et une ancienne ministre qui appelle les Tunisiens à boire l’eau de la mer, les Tunisiens finiront-ils par boire la tasse?

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