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Chourabi et Guetari : lorsque les autorités tunisiennes sont aux abonnés absents

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    Un communiqué de la branche libyenne de l’Etat Islamique (Daech) a annoncé l’exécution des deux journalistes tunisiens Sofiane Chourabi et Nadhir Guetari, retenus en otage en Libye depuis le 4 septembre. Suite à cette annonce, les autorités tunisiennes n’ont donné aucun éclaircissement pour confirmer ou infirmer la présumée exécution. Alors qu’une cellule de crise s’est formée hier avec les ministères des Affaires étrangères, de l’Intérieur et de la Défense, aucune information concrète n’a pu être donnée jusqu’à l’instant et le gouvernement navigue encore à vue.

    Le gouvernement tunisien a été totalement pris au dépourvu suite à l’annonce de l’exécution des deux journalistes tunisiens, Sofiane Chourabi et Nadhir Guetari, annoncée hier via un communiqué de la branche libyenne de l’organisation Daech. « Nous espérons que ce soit une intox » a déclaré Mongi Hamdi, ministre des Affaires étrangères, depuis New York où il se trouvait, en visite de travail en compagnie du chef du gouvernement sortant Mehdi Jomâa.

    Dans un entretien accordé en septembre dernier aux journalistes de Business News, le ministre des Affaires étrangères, Mongi Hamdi, a qualifié la libération des deux diplomates tunisiens, Laâroussi Gantassi et Mohamed Ben Cheikh, à l’époque retenus en otage en Libye, de « grande réussite pour la diplomatie tunisienne ». Une opération diplomatique, menée parfaitement « sans la conclusion du moindre marché, mais grâce au concours de l’ancien ministre libyen de l’Intérieur et du consul libyen à Tunis », dit-il. Il explique, par ailleurs, que les deux diplomates ont été sauvés grâce à un geste purement humanitaire qui a « touché les ravisseurs libyens ». Force est de reconnaitre qu’un tel discernement diplomatique n’a pas été de mise dans le cas des deux journalistes retenus en otage depuis plus de 4 mois.

    Sofiane Chourabi et Nadhir Guetari, travaillant pour la chaîne First Tv, ont été kidnappés en Libye en septembre 2014. Ils ont cessé de donner des nouvelles depuis des semaines et leur situation ne semble, visiblement, plus susciter un grand engouement de la part des autorités tunisiennes. L’annonce de leur exécution est venue donner un coup de pied dans la fourmilière.

    Communiquée en premier, hier jeudi 8 janvier 2015, par des médias étrangers, dont la très sérieuse agence de presse française AFP, cette annonce se base sur un communiqué, jugé authentique et signé de la branche libyenne de l’organisation terroriste Daech. A la lumière du récent attentat meurtrier qui a fait, la veille, 12 morts au siège de l’hebdomadaire satirique français, Charlie Hebdo, la nouvelle de leur présumée exécution s’est véhiculée comme une trainée de poudre et a suscité l’indignation générale de la communauté internationale, encore sous le choc de l’attentat sanglant du 7 janvier.

    En Tunisie, la nouvelle a été prise avec réserve et les médias locaux se sont empressés de contacter sources officielles et officieuses sur place qui ont donné des infirmations très mitigées. Les sources officielles du côté du gouvernement ne semblaient pas, de leur côté, être mieux informées. Alors que chacun des responsables libyens y allait de son opinion sur l’état actuel des deux otages tunisiens, du côté officiel tunisien, aucune thèse n’a été apportée. On était donc obligés de naviguer à vue entre les sources présentes sur place, les médias libyens et le syndicat tunisien des journalistes qui a longtemps entretenu le contact avec les deux otages. Le gouvernement tunisien, incapable de donner la moindre réponse, s’est dépêché de réunir une cellule de crise réunissant ministères de l’Intérieur, des Affaires étrangères et de la Défense afin de faire le point sur cette affaire et de « faire le nécessaire ». La cellule de crise qui s’est réunie dans la soirée, et se réunit encore aujourd’hui, n’a pas encore donné son verdict. Les autorités tunisiennes, chargées des négociations avec les ravisseurs libyens, n’auraient vraisemblablement aucun contact direct avec la partie libyenne en question.

    Contacté par plusieurs médias, Mongi Hamdi déclare, toujours depuis New York : « Si cette information [celle de l’exécution] est confirmée, ce serait un véritable drame qui toucherait la Tunisie ». Aucune autre déclaration n’a été donnée dans la soirée d’hier par le ministre ni même par le chef du gouvernement ou la présidence de la République. En réalité, aucune information concrète n’était à communiquer.

    C’est d’ailleurs aujourd’hui que Mongi Hamdi revient sur cette affaire. Il affirme sur radio Mosaïque FM : « les contacts établis avec les autorités libyennes ne confirment pas l’exécution de Sofiane Chourabi et de Nadhir Guetari ». Le ministre précise que les autorités tunisiennes ont établi des contacts avec des responsables libyens pour connaitre l’identité des ravisseurs et prendre part à leurs doléances étant donné qu’une demande de rançon ne soit pas exclue. « Une tâche qui s’avère compliquée », dit-il vu « le manque d’information sur les ravisseurs ».
    Aucune cellule de communication n’a été ouverte afin de communiquer sur les avancements des travaux au sein de la cellule de crise, créée par le gouvernement à cet effet. D’ailleurs, une fois l’effet d’annonce passé, la nouvelle ne semble plus extasier les autorités, et aucun avancement n’a été enregistré jusque-là.

    A l’heure actuelle, des manifestations de soutien s’organisent, notamment dans la capitale Tunis, afin d’appeler à la libération des deux otages. Une manifestation à laquelle le SNJT avait appelé dans la soirée du jeudi 8 janvier et qui a réuni aujourd’hui un nombre important de journalistes, de personnalités de la société civile et de la scène politique, réunis à l’Avenue Habib Bourguiba alors que le sit-in devait se tenir devant le siège du syndicat. Depuis hier, la tension est palpable et les slogans appelant à la libération des deux journalistes tunisiens se mêlent à ceux soutenant les victimes de la fusillade de Charlie Hebdo. Sur les mêmes pancartes, on pouvait lire : « Je suis Charlie Hebdo. Liberté à Chourabi et Guetari », défendant une cause qui semble être commune.

    Pour l’heure, le sort des deux journalistes est encore inconnu. Du côté libyen, on soutient que les sources d’informations fiables présentes sur place n’ont été informées d’aucune exécution. Le vis-àvis- libyen dans cette affaire, Mustapha Abdelkebir, membre la commission mixte tuniso-libyenne des négociations, affirme à la radio nationale que l’annonce de l’exécution des deux otages ne serait qu’une « manœuvre visant à mettre la pression sur le gouvernement tunisien afin de le pousser vers des négociations sérieuses et claires ». Du côté tunisien, aucune partie officielle ne semble avoir la moindre information sur l’état des deux otages et la diplomatie tunisienne patauge encore. Les informations véhiculées par les pages dites intégristes qui diffusent des images de la soi-disant exécution, semblent être fausses. On y voit en effet, des images des deux journalistes datant de plusieurs mois ainsi que d’autres, d’individus exécutés, qui s’avèrent empruntées à d’autres médias et rapportant des événements non liés à cette affaire.

    La libération réussie des deux diplomates tunisiens, dont la dextérité a été saluée par des diplomaties étrangères, serait-elle un simple coup de bol ? Est-ce aujourd’hui le manque d’une réelle volonté politique qui fait que le sort des deux journalistes tunisiens demeure encore dans le flou ?

    Synda TAJINE

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