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Le Bardo nous a snobés !

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    A dix heures du matin, hier 24 mars, j’étais devant le musée du Bardo. Il y avait peut-être une centaine de personnes dont certaines portaient des pancartes sur fond blanc, des pancartes que les amoureux de Photoshop adorent. La pluie n’a pas démoralisé les citoyens debout au milieu d’une présence policière nombreuse et musclée.

     

    Ensuite sont arrivés des bus remplis de touristes. Les policiers se sont efforcés de leur fournir un passage au milieu de la circulation dense de la matinée au Bardo. Evidemment, les présents, dont beaucoup de journalistes, ont été priés de se pousser et de libérer le passage pour que les bus puissent entrer dans l’enceinte du musée.

     

    Après, c’était au tour d’une bande musicale traditionnelle de se frayer un chemin pour entrer au musée avec le tambour et la « zokra ». Puis, ce fût autour d’une compagnie de cuivres de faire le même chemin et d’entrer au musée. Et enfin, deux chameaux sont entrés au musée. Pendant ce temps là, les citoyens qui étaient venus dès le matin pour assister à la réouverture du musée du Bardo attendaient dehors sous la pluie.

     

    A ce moment là, la rumeur du report de la réouverture au public commençait à secouer les personnes devant le musée. On a fait entrer au musée les clichés et les idées reçues en ne donnant aucune importance au citoyen. Pire encore, les journalistes ont été empêchés d’entrer au musée pour faire leur travail. Un plateau commun entre Jawhara FM et Express FM a même été annulé à cause de ce fiasco organisationnel.

     

    Plus tard dans la journée, la célébration de la réouverture a eu lieu. Les clichés ont continué et le citoyen lambda a été scrupuleusement écarté. Plusieurs personnalités du pays sont venues pour assister à un concert de musique classique et apprécier des tableaux dansants concoctés par l’incontournable Sihem Belkhodja.

     

    En résumé, la mobilisation des citoyens a été complètement ignorée par les autorités. La spontanéité avec laquelle ces citoyens sont venus clamer leurs convictions n’a pas été refroidie par la pluie mais par les décisions des responsables. N’aurait-il pas été plus judicieux d’ouvrir les portes du musée à tous les citoyens en prenant en considération le volet sécuritaire ? Quel message cette distinction élitiste envoie-t-elle à l’opinion publique ?

     

    Et puis, quel serait l’avis des familles des victimes si elles savaient que la réouverture du musée s’est faite tambour battant ? D’accord, il est nécessaire de montrer que l’on n’a pas peur du terrorisme. Mais comment espèrent-ils y arriver en excluant les citoyens d’un côté et en abusant des apparats de fête de l’autre ?

     

     

    Un autre affront, et non des moindres, a été commis par les responsables de cette « fête ». Aucun hommage n’a été rendu au personnel du musée. Non seulement ils ont dû subir l’attaque terroriste du 18-Mars mais en plus, ils ont travaillé d’arrache-pied, nuit et jour depuis cette funeste date, pour que le musée puisse rouvrir ses portes. Quand cela fût accompli, on les a oubliés comme on a oublié les citoyens massés devant la porte.

     

    Durant cette célébration, le peuple et les employés du musée ont été oubliés, négligés et marginalisés. Alors de quelle célébration parle-t-on ? Qu’y avait-il à fêter puisque les principaux concernés et les protagonistes ont été mis de côté ?

     

    Juste après l’attentat, les 21 personnes qui sont mortes ont été immédiatement considérées comme un simple chiffre. On s’est tout de suite inquiétés pour le tourisme alors que le sang venait de couler. Les morts n’ont pas été vus comme des drames qui bouleversent des familles entières, ils ont été vus comme de simples touristes. En plus, il parait que les rescapés qui voulaient rentrer chez eux ont dû payer les trente dinars du « timbre de solidarité » (ou de mendicité) et certains ont même dû s’acquitter d’un excédent de bagages parce qu’ils ramenaient les affaires de leurs proches morts ! Rappelez-moi, on fêtait quoi au juste ?

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