En 2014, la Tunisie a exporté plus de 1000 tonnes de farine, semoules, amidon et fécules en tout genre. Il s’agit des chiffres officiels de l’INS, mais on est en droit de penser que l’on en a exporté beaucoup plus, sans compter ce qui est produit et consommé localement.
Pour ce qui est de l’export, il faut se tourner vers la Turquie. Erdogan et son parti ont gagné les élections législatives dans un exercice démocratique dont on devrait s’inspirer et dans la transparence la plus totale. C’est le type de déclarations qu’ont fait les islamistes et les CPR tunisiens quand Erdogan a gagné. Ils se sont félicités du fait qu’il a contré tous les sondages d’opinion d’avant les élections.
Evidemment, par ignorance ou par mauvaise foi, les fans tunisiens d’Erdogan occultent plusieurs aspects. Le gouvernement Erdogan a procédé à la fermeture, manu militari, de deux chaînes de télévision d’opposition, quelques jours avant les élections. Ça devait être des « médias de la honte » certainement. Il y a également plusieurs journalistes en prison dans l’eldorado démocratique turc. Il y a même des journalistes étrangers dans les geôles turques. Il s’agit là d’informations relayées par RSF (Reporters sans frontières) et de tous les médias qui se respectent devant la censure exercée en Turquie et de l’emprisonnement, devenu quasi quotidien, de journalistes pour leurs opinions.
Pourtant, les mêmes groupies tunisiennes d’Erdogan se disent être de farouches défenseurs des droits de l’Homme. Certains se félicitent même de ne pas avoir mis de journalistes en prison quand ils étaient au pouvoir, comme si c’était une faveur. Mais la Turquie reste pour eux un modèle, peut-être parce qu’ils aimeraient, eux, pouvoir mettre des journalistes en prison et fermer des chaînes de télévision qui ne leur plaisent pas. Il est vrai que le livre noir n’a pas eu l’effet escompté…
Mais il ne faut pas leur en vouloir. Quand on a fait campagne pour le Qatar et que l’on a salué la contribution de l’émirat gazier aux révolutions arabes, cirer les pompes d’Erdogan n’est pas seulement logique mais c’est aussi un exercice plus facile. L’export de farine n’en est que facilité.
Passons maintenant à la production et à la consommation locale de farine. Même si la Tunisie est obligée parfois d’importer du blé pour en fabriquer, notre savoir-faire en termes de fabrication de farine reste impressionnant.
Chez NidaaTounes, on en fabrique beaucoup. Après plusieurs péripéties traitées plus sérieusement dans nombre de nos articles, hier mardi 3 novembre s’est tenue une réunion du comité constitutif du parti au siège central. La réunion avait commencé à 18h, mais plusieurs personnes se sont rassemblées devant le bâtiment dès les premières heures de l’après-midi. Mais pourquoi ?
L’interrogation est légitime quand on sait qu’il n’était pas question qu’ils participent ou assistent à la réunion. La réponse est venue quand Hafedh Caïd Essebsi est arrivé. C’est là qu’ils se sont mis à crier leur joie et à taper dans leurs mains pour signifier toute l’admiration qu’ils portent au fils du président de la République. Ils ont crié son nom « Ya Béji, yaBéji », ils lui ont dit à quel point ils l’aimaient en criant qu’il était le patron. « Ya mâalem ! » Avant que tout cela ne se passe, il y avait un tabbel et un zakkar (orchestre folklorique) en habits traditionnels qui avaient pour mission de chauffer la foule et de faire comme si c’était un jour de fête. Une pratique élevée au rang d’habitude tenace chez NidaaTounes.
Mais attention ! Il ne faut pas dire à ces gens que Hafedh Caïd Essebsi est en train de prendre la tête du parti par la force. Il ne faut pas leur dire que la réunion en question s’est faite en présence de huit membres seulement et que certains disent qu’il s’agit carrément d’un putsch. Il ne faut pas leur dire ça parce que ce sont des gens susceptibles qui détestent ceux qui les contredisent, un hôtel à Hammamet en a fait l’expérience.
La production et l’exportation de farine semble avoir de belles perspectives d’avenir dans notre pays. Chacun y va de son apport international ou local. En contrepartie, il y a de l’argent, comme dans toute relation commerciale, mais il y a quelque chose de plus. Il y a un plaisir qui semble inouï à faire ce commerce, une espèce d’accomplissement de soi même. N’est pas meunier qui veut, il faut du travail, de l’endurance et aucune notion d’amour-propre.










