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La classe politico-intellectuelle scie la branche sur laquelle elle est assise

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    A l’actualité cette semaine, la non-conclusion d’un accord pour désigner un chef pour un gouvernement d’union nationale, en dépit de la promesse de dévoiler son nom avant l’aïd ; un attentat à Istanbul qui a engendré la mort d’un colonel-major tunisien parti en Turquie chercher son fils djihadiste exfiltré de Daech ; et le retour de la campagne « Manich msameh » (je ne pardonnerai pas) concomitant avec la deuxième version du projet de loi de la réconciliation nationale.

    Loin de la classe politico-intellectuelle, le Tunisien lambda continue à remplir les magasins et centres commerciaux pour ses emplettes de l’aïd. En dépit des prix relativement élevés et des budgets supposés être serrés, il y a une véritable joie de célébrer cette deuxième plus grande fête de l’islam. Chez ce Tunisien-lambda, on est à mille lieues de ces micmacs politiques et de ces soucis du terrorisme. Le bonheur et la joie de vivre se résument en quelques vêtements, de petits cadeaux et l’assurance pour passer de bonnes vacances. Tant qu’il y a la santé…

     

    Aux deux dernières élections, la moitié de la Tunisie n’est pas allée voter. Ce sera pire aux prochaines, tant le fossé entre ce citoyen-lambda et cette classe politico-intellectuelle est en train de se creuser de plus en plus. La crise de confiance s’accentue de plus en plus entre ces deux classes face à tant d’accusations qui fusent de partout et de promesses non tenues de toutes parts.

    Par la faute de cette même classe politico-intellectuelle, cette crise de confiance risque bientôt de toucher les Etats et ses institutions. Ce qui s’est passé cette semaine en témoigne.  

     

    A la présidence de la République, on a promis un nom d’un chef de gouvernement avant l’aïd. Promesse non tenue pour le citoyen lambda.

    Le même citoyen découvre que le fils d’un colonel-major de l’armée peut devenir djihadiste et partir vers les lieux du terrorisme pour y prêter main forte. Si un si haut gradé de l’Etat n’a pas réussi à protéger sa propre petite famille de la nébuleuse terroriste, comment donc l’Etat va-t-il protéger le reste de la population et lui faire éviter que ses enfants s’y jettent à leur tour ? Comme si tout cela ne suffisait pas, voilà que ce citoyen lambda apprend que ce terroriste présumé (pas si présumé que cela…) se fait soigner d’une crise de nerfs à l’hôpital militaire et ce, sur ordre judiciaire. Le même hôpital où l’on accueille nos valeureux soldats tués et blessés par les « camarades » de ce même terroriste « présumé » ! Le comble !

     

    Deux autres « histoires » ont alimenté l’actualité de la semaine. L’affaire de  « Go Malta- Tunisie Telecom » et celle touchant la Direction générale de la Sûreté publique.

    Tunisie Telecom voudrait acheter Go Malta, une filiale appartenant à son associé émirati EIT. On peut sentir le conflit d’intérêt ou l’intérêt tout court, tout dépend de la position où l’on est. Pour conclure ce type d’achat, à coup de centaines de millions de dinars en devises étrangères, l’Etat a prévu dans ses lois un certain nombre de garde-fous. Ils s’appellent conseil d’administration, assemblée générale et Commission d’assainissement et de restructuration des entreprises publiques (Carep). Dans chacun de ces collèges, il y a suffisamment de hautes compétences pour juger s’il y a intérêt ou conflit d’intérêt. Réunies, ces hautes compétences représentent l’Etat. Elles ont décidé qu’il n’y a pas de conflit d’intérêt et ont donné le feu vert à Tunisie Telecom pour l’achat de Go Malta.

    En dépit du respect de toute la chaîne de procédures, certains députés, avec Imed Daïmi à leur tête, ont estimé qu’il y a conflit d’intérêts. S’estimant plus compétents que les hautes compétences désignées par l’Etat, ils ont multiplié les missives pour faire échouer l’affaire. Ils ont convoqué à l’assemblée le PDG de Tunisie Telecom qui, n’ayant rien à cacher, a présenté son dossier et tout argumenté. « Non, ce n’est pas convaincant ! », ont répondu en chœur ces députés avant de sortir dans les médias pour crier « corruption, vol, conflit d’intérêts ! ».

    Se rendent-ils compte qu’ils sont en train de casser des institutions de l’Etat et d’ébranler la confiance du citoyen en ces institutions ? Qu’il y a une grosse différence entre la critique de la gestion d’un haut responsable (qu’il soit PDG, ministre ou président) et l’attaque de toute la chaîne de décision et de contrôle ?

     

    Un autre député, de la majorité celui-là, s’est attaqué à Abderrahman Hadj Ali, directeur général de la Sûreté nationale. Rien de moins ! Abdelaziz Kotti, puisqu’il s’agit de lui, a ainsi donné une interview radiophonique pour dire tout le mal qu’il pense de ce directeur.

    Alors qu’on est en pleine guerre contre le terrorisme, qu’on tente de convaincre par tous les moyens les TO de ramener des touristes et de donner une bonne image de la Tunisie, voilà donc un député qui crie sur les ondes que le directeur général de la Sûreté nationale est incompétent !

    Parenthèse en passant, ce directeur est loin d’être incompétent, car si on juge sur pièces, on constate que ses résultats jouent pleinement en sa faveur. Point d’attaque terroriste, beaucoup d’arrestations parmi les présumés terroristes, mise en route d’une véritable stratégie contre la contrebande d’armes, les espions qui pullulent partout et certaines mafias…

    Mais indépendamment de la véracité ou pas des propos de Abdelaziz Kotti et de ses véritables intentions (que le milieu politique connait parfaitement), ce député a gravement fauté en portant l’affaire devant l’opinion publique nationale et internationale. Même Imed Daïmi, en dépit de tout le mal qu’on pense de ses actions, a respecté les institutions en portant l’affaire devant l’assemblée. C’était pour une affaire d’ordre économique, que dire alors d’une affaire d’ordre sécuritaire !

     

    Voilà en une semaine, juste une semaine, comment les institutions de l’Etat ont été vilipendées par ceux-là mêmes qui sont censés les représenter, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition. Tout cela sans parler de ces guichets administratifs qui ferment à 11 heures, de ces fonctionnaires qui font l’école buissonnière, de ces magistrats qui utilisent l’appareil judiciaire pour régler des comptes personnels ou encore de cet agent sécuritaire (chauffeur de taxi à ces heures perdues) qui a assassiné un jeune citoyen. Des faits qui ont tous eu lieu ces derniers jours.

     

    Avec tout cela, il ne faudrait plus s’étonner que le citoyen-lambda boycotte les élections et ne fasse plus confiance à cette classe politico-intellectuelle qui scie la branche sur laquelle elle est assise. Cette classe avait déjà très peu de crédit auprès de la population et elle l’a bien montré aux dernières élections avec son taux de participation médiocre. Le pire, à craindre, est que le citoyen ne fasse plus confiance à l’Etat lui-même !

     

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