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Le prix de la guerre anti-corruption : Abdelkefi en attendant Chahed

 

Belle semaine mouvementée en Tunisie. Pour une deuxième quinzaine de mois d’août supposée être estivale par excellence, le monde politique n’a pas vraiment été en vacances avec, notamment, une série de démissions et de scandales.

La première salve  vient de l’opposition avec la démission collective de douze membres du parti Irada qui dénoncent « l’hégémonie d’une minorité et l’échec de sa politique de l’improvisation et du désordre ». En ligne de mire des démissionnaires : Moncef Marzouki, bien entendu, mais surtout Imed Daïmi, Tarek Kahlaoui et Adnene Mansar. Dans sa tour d’ivoire depuis janvier 2012, ce quatuor est totalement déconnecté de la réalité du pays et des attentes des Tunisiens. Il s’avère maintenant qu’il est également déconnecté de sa famille. Faut-il pour autant manifester sa joie revancharde et dire aux démissionnaires « Nous vous l’avons bien dit depuis des années ! » ?

C’est quand même triste pour la Tunisie d’avoir une telle opposition de pacotille. Que de temps perdu pour que l’on se rende compte ! Cela dit, il ne faut surtout pas sous-estimer la capacité de nuisance de ce quatuor marzoukiste qui, en dépit de la claque reçue, continuera à aller contre vents et marées. A noter, au passage, son silence et son mépris total envers ses propres militants et sympathisants. Moncef Marzouki, ou Imed Daïmi, qui ont l’habitude de réagir en quelques heures à n’importe quelle information quand cela touche le pouvoir, n’ont toujours pas estimé utile, cinq jours après, de se prononcer sur le séisme qui frappe leur parti.

 

Autre mise-à-nu d’une supposée démocrate et défenseure des Droits de l’Homme, le nouveau feuilleton chez Sihem Ben Sedrine. Je n’ai pas été le seul à prévenir de la dangerosité de cette dame, bien avant qu’elle ne s’installe sur son « trône » de l’IVD. La voir dénoncée par son propre camp, la voir multiplier les tentatives pour casser ceux-là mêmes qui venaient systématiquement à son secours à leur corps défendant, devrait insuffler un petit plaisir revanchard à ceux qui avaient raison avant les autres. Sauf que non, il n’y a pas vraiment de plaisir à tirer de voir des gens d’un certain calibre, comme Seif Soudani, Anoaur Moalla, Zouheir Makhlouf, Mustapha Baâzaoui, Lilia Bouguira, se rendre compte tardivement que Sihem Ben Sedrine n’est qu’un despote mercenaire, au service de sa propre cause. C’est triste de les voir jetés comme des Kleenex, de les voir lynchés. Ils méritaient plus de respect, après tout ce qu’ils ont fait pour SBS, ils ne méritaient pas de voir leur dignité bafouée. C’est triste pour la justice transitionnelle, pour la vérité, pour la dignité, pour la Tunisie. Ce qui est encore plus triste est de constater qu’il y a très peu de voix qui s’élèvent pour exiger la démission de Sihem Ben Sedrine, alors que les scandales et les témoignages, contre elle, se multiplient depuis des années. Pourquoi donc demande-t-on, et obtient-on, la démission immédiate de Fadhel Abdelkefi et non celle de Sihem Ben Sedrine ? Pourquoi donc les suspicions contre l’un deviennent-elles un scandale, alors que les preuves, contre l’autre, sont considérées comme banales ?

 

Le fait le plus spectaculaire de la semaine demeure cependant la démission de Fadhel Abdelkefi qui a fini par quitter ses deux postes gouvernementaux. Un seul aurait dû suffire, et encore !, mais il a fait son choix. Le fond de l’affaire a été bien expliqué dans nos colonnes, mais ça c’était pour la consommation publique et officielle.

En politique, il y a l’apparent et le dissimulé. Toutes ces informations que l’on ne dit jamais au public, que les politiques et les médias gardent pour eux jusqu’à la tombe. Rappelez-vous du scandale de François Fillon éclaté en pleine présidentielle française. Cela a fini par lui coûter L’Elysée et il n’y a rien à redire sur le fond de son affaire. Mais très peu de plumes ont évoqué ce qui se passait dans l’antichambre et sur la partie ayant fourni aux médias (à commencer par le Canard Enchaîné) la matière première du scandale qui a servi à l’éjection du candidat.

Dans l’affaire Abdelkefi, nous avons été parmi les premiers à savoir, sinon les tous premiers. J’ai moi-même informé l’ex ministre du scandale à venir, avant même qu’il n’éclate. L’affaire était théoriquement clôturée en 2013. Elle passe devant la justice en 2014 avec, à la clé, une condamnation à de la prison ferme, le tout en catimini. L’appareil judiciaire n’a pas réussi à convoquer le prévenu pour son procès, alors qu’il était déjà un personnage public en sa qualité d’ex président de la Bourse. Il n’a pas réussi à l’informer de la sentence et n’a pas réussi à la faire appliquer. Fadhel Abdelkefi est resté libre de ses mouvements, il voyageait librement et apparaissait, périodiquement, dans les médias. Mieux, l’appareil judiciaire était incapable d’informer le chef de l’exécutif que l’un des ministres qu’il proposait à son gouvernement était condamné à de la prison ferme ! Allons donc ! Comme par miracle, l’affaire éclate dans les médias en 2017. On n’a même pas utilisé les rouages classiques pour l’étouffer « men ghadi el ghadi » en informant discrètement Youssef Chahed. Cela se faisait pourtant même sous la troïka et on ne compte plus les scandales étouffés de ministres de Ennahdha, voire même des personnes de l’entourage direct de Moncef Marzouki.

On a fait de telle sorte que le scandale éclate spectaculairement dans les médias afin de mettre le ministre et le chef du gouvernement au pied du mur. Mission accomplie, Fadhel Abdelkefi a jeté l’éponge et Youssef Chahed est dans l’embarras. Son tour suivra ? J’en suis convaincu, c’est une question de jours, s’il ne réussit pas à renverser la vapeur.

 

Dans ce type de gros scandales qui éclatent tardivement et soudainement dans les médias, le timing est la chose la plus importante. Celui de Fillon a éclaté en pleine présidentielle, alors que les faits reprochés remontent à plusieurs années en arrière. Pareil pour Abdelkefi. Le timing actuel coïncide avec la guerre entamée contre des barons de la corruption. Comme par hasard, le premier à avoir fait éclater le scandale se trouve être un proche (très) d’un supposé baron de la corruption. Ce même supposé baron est réputé être proche de dirigeants de Nidaa, ennemis jurés de Youssef Chahed. L’objectif étant de l’éliminer, et par là, d’en finir avec sa guerre contre la corruption.

Théorie du complot ? De par la nature même de notre profession, nous sommes installés aux premières loges et on sait, souvent, qui tire les ficelles. Ce sont ces fameuses sources que l’on vous cache, parce qu’on doit les protéger. Ces sources, souvent ou parfois, agissent de bonne foi pour l’intérêt général. Ces mêmes sources, souvent ou parfois, agissent pour des fins politiques bien déterminées. Un média, dont la mission prioritaire est d’informer son public, se moque éperdument de l’objectif réel de la source et s’en tient à l’information brute, si elle est fiable et recoupée.

Dans le cas de l’espèce, la sacralité de l’information de la condamnation de Abdelkefi passe avant tout. Sauf que cela ne nous fait pas oublier les motifs profonds des sources ayant dévoilé l’information. Et, comme nous sommes un média installé aux premières loges, on connait la source et ses objectifs.

 

Ceux qui se réjouissent du scandale ayant frappé Fadhel Abdelkefi et de la fragilisation de Youssef Chahed, servent (sciemment ou non) la corruption et les corrompus. Cette phrase dérange, agace, je sais, mais il faut admettre qu’elle reflète la réalité du champ de bataille.

Youssef Chahed sait qui a tiré les ficelles, il a encaissé le coup et est en train de réagir. Le résultat de sa réaction sera connu dans les prochains jours. Soit il perd et il démissionne, soit il gagne une nouvelle bataille avec la mise à nu de hautes personnalités politiques impliquées dans la corruption.

Pendant ce temps-là, en parallèle de cette guerre vitale, Moody’s nous fait savoir que la note de la Tunisie s’est dégringolée passant de Ba3 à B1. On ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs.  

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