« Une capacité manufacturière basse et une infrastructure insuffisante ont continué à impacter le développement industriel en Afrique. La BAD investira, sur les dix années à venir, 35 milliards de dollars pour l’industrialisation de l’Afrique avec un focus sur les spécificités de chaque région » a déclaré Akinwumi Adesina, président de la Banque africaine de développement lors de la conférence de presse inaugurale des 53èmes Assemblées annuelles de la BAD, qui se tiennent du 21 au 25 mai 2018 à Busan, en Corée du Sud.

« Ces Assemblées seront l’occasion de discuter des différentes façons de venir à bout de ces obstacles, en écoutant notamment les expériences d’autres pays dans le domaine histoire de retenir ce qui marche mais aussi ce qui ne marche pas. Ces assemblées seront aussi l’occasion de réitérer notre engagement à soutenir les jeunes entrepreneurs ainsi que le secteur privé, nous examinerons les technologies émergentes qui nous permettrons d’engager la 4ème révolution industrielle en Afrique, sans oublier de revenir sur les chemins entrepris auparavant dans ce sens » a-t-il précisé.
Ces assemblées réunissent plus de 3000 personnalités, des premiers ministres, des ministres des Finances, des représentants de la BAD de différents pays mais aussi des gouverneurs de banques centrales, des chefs d’entreprises, des représentants de la société civile, des jeunes entrepreneurs et des journalistes.

« Nous avons choisi de tenir ces Assemblées en Corée, car cela ne peut qu’être instructif. Il y a de cela bien peu, la Corée du Sud était un pays pauvre ou le PIB par habitant était même inférieur à certains pays africains, certains ont même dit que son manque de ressources et de compétences humaines allait en faire un pays pauvre pour toujours. J’espère que la personne qui a écrit cela est vivante aujourd’hui, pour voir ou en est la Corée, leader aujourd’hui de l’industrie à haute valeur ajoutée. Ce sont donc des leçons que nous sommes venus apprendre ici, des exemples que nous sommes venus observer pour voir ce qu’on peut adapter et appliquer pour mener et accélérer l’industrialisation de l’Afrique. Une industrialisation qui nécessite, ne l’oublions pas, une préparation, tant au niveau des infrastructures que de la formation de compétences, du système financier ou du cadre politique et ce sont ces sujets que nous discuterons au cours de ces Assemblées annuelles. Apprendre des expériences des autres est ce qui s’est toujours fait quand on a parlé d’industrialisation, il ne s’agit pas de faire du copier/coller évidemment mais plutôt du « learning by doing » un peu comme ont fait aussi les pays européens. Il y a un contexte qui pèse aussi sur la balance et ce qui marche ici peut échouer ailleurs. Une chose est sûre, le rôle des communautés locales est crucial, des décisions qui ne viennent que de haut ne seront pas efficaces même si le rôle de l’Etat reste très important » a affirmé le président de la BAD.

« Nous sommes convaincus que des compétences nouvelles seront nécessaires pour mener une industrialisation. Le genre d’internalisation que nous voulons mis en place aujourd’hui et à l’avenir, doit être en phase avec la 4ème révolution et pour cela des compétences spécifiques, en TIC et sciences informatiques sont nécessaires. L’Afrique doit investir dans ces nouvelles compétences et puisqu’on ne peut partir de rien pour aspirer à mener à bien cette industrialisation, il faut investir dans la recherche et développement et mettre en place un système d’éducation orienté vers les métiers du futur » a-t-il poursuivi.
Et d’ajouter : « Ce dont a besoin le marché du travail c’est de compétences spécifiques et c’est dans ce cadre que la BAD s’est engagée à aider les pays africains à développer des compétences à travers le programme « Skills enhancement zones ». Ce seront en somme des régions où nous allons connecter des diplômés avec des industriels afin qu’ils acquièrent les compétences pratiques leur permettant d’entrer sur le marché du travail. Ces sera aussi une manière pour le secteur industriel d’influencer le système éducatif ».
Interrogé sur les problèmes d’insécurité qui constituent aux yeux de certains observateurs un frein au développement en Afrique, M. Adesina a estimé que l’Afrique n’est pas moins sûre que d’autres pays « développés ». « Je ne pense pas que cela soit donc spécifique à l’Afrique, nous vivons malheureusement dans un monde où la violence est omniprésente, mais n’oublions pas que celle-ci émerge aussi de la pauvreté et du chômage et que la création d’emploi peut largement aider à endiguer le problème » a-t-il tenu à rappeler.
Pour finir, le président de la BAD a souligné l’importance d’une vision politique long-termiste affirmant que si l’industrialisation de l’Afrique est en marche aujourd’hui, c’est parce que « les Africains sont fatigués d’être pauvres et que l’Afrique ne doit pas devenir un musée de la pauvreté ». « L’avenir de nos jeunes n’est pas en Europe, ni au fond de la méditerranée ni au Sahara mais dans une Afrique qui marche et qui a mis en place un processus d’industrialisation inclusive offrant à ses jeunes un avenir prometteur » a-t-il conclu.
De notre envoyée spéciale en Corée du Sud Myriam Ben Zineb










