Maya Jeribi est partie et, même pour son décès, elle ne nous a pas surpris. Elle nous a préparés depuis plus d’un an à ce départ, à ce triste sort. C’était un certain 3 février au Palais des Congrès où nous étions tous là pour elle ! Il y avait de l’émotion, beaucoup d’émotion ce jour-là, on la savait malade, on la savait partante et elle savait qu’on savait. Pourtant, elle a été la plus forte de nous tous. Comme d’habitude.
La chétive a toujours été forte, a toujours été grande, très grande. Sous la dictature et sous la troïka, le courage de Maya Jeribi a été supérieur à celui de 99,99% des « mâles » tunisiens. Repose en paix chère, très chère, Maya. On ne t’oubliera pas de sitôt, on essaiera de te préparer des héritières !
« Maya Jeribi est morte, préparez vos filles pour la vie ! A chaque fois où une grande figure féminine disparaît, passez le témoin à vos filles pour qu’elles la remplacent ! Apprenez-leur à se battre pour les libertés, pour le droit des femmes, pour le droit à la culture. Si Maya est morte, transmettez un peu de sa flamme à vos filles et aussi à vos garçons ! ». On ne peut mieux dire que ce message plein de vie et d’espoir donné par le journaliste Moncef Ben Mrad au lendemain du décès de Maya Jeribi. Repose en paix Maya !
Quinze jours après les municipales, la guéguerre continue encore à la tête de l’Etat. A l’avant-dernier épisode, on a laissé Youssef Chahed sur un siège éjectable. Sa tête est réclamée par les ingrats de Nidaa Tounes, les suiveurs d’Ennahdha, les néo-soviétiques de l’UGTT et les serviteurs de l’Utica.
A Nidaa, Youssef Chahed est celui qui empêche de tourner en rond et de nommer les amis. A Ennahdha, c’est la politique du « faites ce que vous voulez, tant que vous ne vous occupez pas de nous, de notre financement et de nos terroristes ». A l’UGTT, Youssef Chahed est une menace contre la quiétude et le farniente bureaucratiques, alors qu’à l’Utica, certains voudraient ouvrir la voie à l’ancien chef du gouvernement Mehdi Jomâa, selon des bruits de couloirs. Mehdi Jomâa qui n’en rate plus une pour tacler son successeur à la Kasbah. Une fois à la Résidence de France, une fois dans une salle d’embarquement, une fois avec un diplomate, une fois avec un ambassadeur, toute occasion est propice pour dire du mal de Youssef Chahed. Le seul à battre Mehdi Jomâa dans son nouveau sport favori de non-respect du devoir de réserve est Moncef Marzouki. C’est quand même triste pour quelqu’un comme Mehdi Jomâa d’être comparé à un tel saugrenu. Et c’est assez médiocre de dénigrer ses compatriotes, surtout quand ils sont vos successeurs, quand on est à l’étranger, car ce n’est pas ce successeur que vous fragilisez, mais l’Etat, son image et sa capacité de gouverner.
Dans la suite du feuilleton « qui veut prendre la place de Youssef Chahed », et vu que Béji Caïd Essebsi ne s’est pas encore résigné comme le veulent Nidaa, l’UGTT et l’Utica, on a trouvé un nouveau filon emprunté à Rached Ghannouchi et déjà testé avec succès aux dépens de Mehdi Jomâa « Oui, Youssef Chahed peut rester, mais à condition qu’il s’engage à ne pas se présenter aux élections ».
De quel droit et avec quel culot peut-on priver un chef de gouvernement en exercice d’un droit garanti par la constitution ? Réponse toute prête des champions du monde tunisiens de la politique : « Oui, nous sommes une démocratie naissante et il faudrait la préserver ! ». Une réponse identique à celle de Zine El Abidine Ben Ali quand il disait que la démocratie venait par étapes et non d’un coup. Ou cette variante : « Il ne faudrait pas utiliser les moyens de l’Etat pour réaliser ses ambitions personnelles. » Imaginez la tête d’Angela Merkel si on lui disait ça ! La chancelière allemande est à ce poste depuis 2005 et a été reconduite trois fois dans ses fonctions, sans que jamais personne n’ait eu l’idée de lui demander de quitter le gouvernement avant de se présenter aux élections !
A 18 mois des élections, et en plein milieu du très dur chantier des réformes, remplacer maintenant un chef du gouvernement est le pire signal d’instabilité qu’on puisse envoyer à nos partenaires étrangers. Quel que soit le nom de son éventuel successeur, il ne pourra pas être meilleur, car il n’a pas le temps matériel d’entreprendre quoi que ce soit. La Tunisie a besoin d’une grosse opération chirurgicale et celle-ci a déjà été entamée, on ne peut pas changer de chirurgien en plein acte !
Le gros souci est que ceux qui demandent la tête de Youssef Chahed ont peu d’arguments crédibles à faire valoir. Ils jugent son bilan, alors que l’heure du jugement n’a pas encore sonné. Il n’a pas fini son travail et les fruits de ce travail ne peuvent, en aucun cas, être obtenus maintenant.
Ils veulent le remplacer, sans dire par qui et, surtout, sans présenter une feuille de route claire pour le successeur. Mais quelle que soit la feuille de route qu’on va lui donner, elle ne peut pas être trop différente de celle fournie par le FMI et le Parlement européen et sur laquelle Youssef Chahed travaille déjà. Non seulement il y travaille, mais il le fait à un rythme assez lent aux yeux de nos partenaires étrangers. Ce que nos partenaires demandent c’est un État austère et fort capable de résister aux syndicats et aux calculs mesquins des politiciens et c’est exactement ce dont ne veulent pas les bourreaux de Youssef Chahed.
Puisque Nidaa, l’UGTT et l’Utica ne peuvent pas parler de programmes d’avenir et puisqu’on se limite à regarder le bout de son nez et à privilégier ses propres intérêts (partisans et institutionnels) aux intérêts de l’Etat, on n’a pas trouvé mieux que de s’asseoir sur la constitution et d’exiger au chef du gouvernement de ne plus avoir d’ambitions !
Si on veut vraiment sauver la démocratie naissante et si on pense sincèrement à l’avenir de ce pays, commençons d’abord et avant tout par respecter la Constitution !
Dans sa forme actuelle déjà, cette constitution est boiteuse et pleine de contradictions. Elle permet à ceux qui ont juré la loyauté à des pays étrangers pour obtenir leur nationalité de se présenter à la présidentielle, alors que les juifs tunisiens en sont privés ! Ne parlons pas du code électoral qui autorise les délinquants de se présenter à toutes formes d’élections au point que l’on a aujourd’hui des repris de justice siégeant à l’Assemblée nationale et, bientôt, dans les conseils municipaux. N’en rajoutons pas une couche en incluant dans la liste des « interdits de devenir président » les patriotes qui ont bien servi l’Etat et le pays !










