Il faudrait peut-être penser sérieusement à instaurer une nouvelle instance de régulation pour encadrer, faute de pouvoir endiguer le « mercato » politique dans le pays. En effet, le passage d’un parti politique à un autre, l’exode massive des adhérents, des dirigeants et des députés d’une formation politique vers une autre existante ou nouvellement créée pour la circonstance sont devenues des pratiques courantes et incessantes, ouvrant la voie à la confusion dans le paysage politique et à un délabrement monstre au niveau de l’éthique.
Cette semaine, le parti Moubadara a tenu son congrès qui a débouché sans surprise sur la réélection de son président Kamel Morjene. Parmi les dirigeants de ce parti, on retrouve Mohamed Gheriani au poste de vice président, lui qui a été le dernier secrétaire général du RCD avant être un animateur central du parti destourien de Hamed Karoui puis de Abir Moussi pour se retrouver pour un temps très court, conseiller politique au Nida avant d’atterrir dans le parti Moubadara. Deux hypothèses expliquent ce périple. Les différences idéologiques et politiques entres ces cinq formations politiques sont infimes ce qui permet le passage en souplesse d’un parti à un autre. Ou bien encore, ce qui prime primordialement pour Mohamed Gheriani, c’est son positionnement personnel.
Cette semaine encore, Slim Azzabi, le coordinateur général du nouveau parti progouvernemental Tahya Tounes, a tenu son premier point de presse pour annoncer les membres fondateurs de son parti et le calendrier des élections de ses différentes instances. Il en ressort que c’est un parti qui est composé dans sa quasi- majorité de transfuges du Nida. Ceci est vrai pour ses trois fondateurs, pour l’ensemble des députés du bloc de la coalition nationale qui constituent l’ossature des cadres du nouveau parti et de la majorité de ses bases. Parmi eux, nombreux ne sont pas à leur première migration d’un parti politique à un autre. Slim Azzabi, le coordinateur général lui-même se retrouve à sa quatrième escale politique en l’espace de huit ans seulement. En effet, son expérience politique qui a commencé en 2011 l’a conduite tour à tour au parti Républicain, puis au parti Joumhouri, ensuite au Nida pour se retrouver enfin à Tahya Tounes.
Le Nida lui aussi n’est pas en reste. Il a été le premier à ouvrir ses locaux aux transfuges de tous bords et même à des mercenaires parfois. C’était pour palier au départ de dizaines de ses cadres qui avaient choisi des postes gouvernementaux ou qui sont partis dans le cadre de la guerre fratricide qui secoue le parti depuis son congrès de Sousse. Aujourd’hui, il apparait clairement que ce statut de parti poubelle n’est pas gratifiant et que cette politique de ramassage à bras-le-corps n’est pas productive. L’initiative législative présentée par le bloc du Nida au sein de l’ARP pour interdire ce qui est communément connu sous l’appellation de tourisme parlementaire et politique, sonne comme un aveu d’échec.
Dans une année électorale qui a débuté sur les chapeaux de roues, ce phénomène de migration politique n’est pas prêt de connaitre un ralentissement significatif. Il est vrai que ce phénomène est commun aux périodes de transition. Il touche surtout les formations politiques qui présentent un déficit démocratique interne et qui souffrent, en concomitance ou pas, d’une fragilité de leurs socles idéologiques ou politiques. Même s’il est légal, le caractère moral de ce phénomène est fortement écorné. Le paysage politique tunisien regorge de ce type de formations politiques. On les appelle pudiquement la famille démocratique centriste, un espace ou la bousculade fait rage et explique l’usage des coudes et des coups-bas pour s’offrir une visibilité et se faire une place au soleil.










