Aux allures de (mauvaise) blague, Nabil Karoui a annoncé hier soir sa candidature à l’élection présidentielle. Sans grande surprise, cette annonce franche et directe à laquelle tout le monde s’attendait est venue après des mois de pré-campagne électorale déguisée en actions caritatives.
« Mon seul ennemi est la pauvreté […] Je suis votre frère et je vous promets qu’on vaincra ensemble la pauvreté », a dit Nabil Karoui s’adressant au « peuple tunisien ». Dans son « interview spéciale », diffusée sur sa propre chaîne, Nabil Karoui ne répond pas à de vraies questions, mais expose ses motivations de se porter candidat au scrutin présidentiel avec, en arrière-plan, des images d’accolades avec les citoyens. Hachemi Hamdi n’aurait pas fait mieux.
Durant cette interview, point de programme, d’idées, de projets. Des versets coraniques pour commencer son discours et 16 minutes d’auto-congratulation dans lesquelles on comprend que Nabil Karoui est « franc », « transparent », « altruiste », « proche du peuple », qu’il n’est pas à l’image des autres politiques et qu’il a compris les vrais problèmes des Tunisiens…Moncef Marzouki n’aurait pas fait mieux.
Nabil Karoui parle de trois années où il a parcouru le pays, où il est allé à la rencontre des Tunisiens « oubliés », où il a visité les régions les plus reculées et où il s’est rapproché de ce peuple et a compris ce qu’il ressentait. Ennahdha n’aurait pas fait mieux.
Là où Nabil Karoui fait vraiment mieux que les autres, c’est en détournant une situation économique, sociale et politique difficile à son avantage. Nabil Karoui balaie « les plans à long terme », les « projets économiques », et fonde sa candidature sur la nécessité de « nourrir les Tunisiens ». A ceux qui l’écoutent, Nabil Karoui veut faire croire qu’on éradique la pauvreté à coups d’aides et de dons. Un discours usé, abusé, dépassé et profondément populiste, mais qui fait encore ses preuves. Une recette vieille comme le monde, mais que nombreux pensent toujours aussi efficace. L’est-elle vraiment ?
Là où Nabil Karoui fait aussi mieux que les autres c’est en exploitant un drame personnel, en affirmant être empreint d’empathie et plus en mesure de comprendre la misère des autres.
Nabil Karoui affirme avoir « vu toute la Tunisie » et sort de son chapeau des chiffres sans aucun fondement pour absorber la colère et la grogne populaire et l’utiliser à son avantage. « 40% des foyers tunisiens sont délabrés et insalubres », peut-on notamment entendre.
Comment voulez-vous que le citoyen moyen se laisse convaincre par des lois à voter au parlement, une réforme du système de santé, un cadre pour les start ups, une modernisation de l’administration, des accords avec l’Union européenne…alors qu’on lui parle de factures de la Steg, de nourriture et de l’école de ses enfants ?
Les grandes promesses de Nabil Karoui peuvent sembler difficiles à croire pour ces milliers de personnes auxquelles il s’adresse et appelle donc – plus qu’à demi-mots – à aller voter pour lui. Et pourtant, la cote de popularité de Nabil Karoui est au firmament des sondages. Mais est-ce que ce sont les sondages qui font un candidat ? Est-ce que les personnalités populaires et populistes doivent s’appuyer sur ces chiffres pour propulser leur carrière politique ? Si tel est le cas on verrait des Alaa Chebbi et des Manel Amara se préparer pour la course à Carthage.
Affirmer que Nabil Karoui insulte l’intelligence des Tunisiens serait méconnaitre sans doute le pouvoir des promesses rapides et réelles sur les urnes. Le pouvoir du discours mielleux de ce riche homme d’affaires qui se déplace dans les régions les cheveux impeccablement gominés et la chemise bien repassée, pour distribuer aide et nourriture aux nécessiteux en leur faisant miroiter l’espoir d’un monde meilleur. Moyennant des cartons remplis de boites de conserve, d’huile végétale et de paquets de pâtes, ces électeurs devront vendre leur âme au dia…à Nabil Karoui et croire, sous son « règne » à un monde meilleur. N’est-ce pas ce qu’avait fait Hachemi Hamdi en 2011 en arrivant 3ème aux élections de la constituante ? N’est-ce pas ce que fait Abir Moussi en usant, dans son discours, des peurs les plus profondes des Tunisiens pour les exploiter à son avantage ?
« Si Nabil Karoui venait à être élu à la présidentielle, nous serons abrutis, (toujours) pauvres mais heureux », ironisent les internautes sur la toile. Heureux vous avez dit ?










