Par Sofiene Ben Hamida
« Pour qui allons-nous voter ? ». Beaucoup de Tunisiens se posent cette question, se sentant déboussolés par cette profusion de candidats potentiels à la prochaine élection présidentielle. Ils n’ont pas tort de se poser cette question. Au contraire, ils laissent apparaitre, en plus de l’inquiétude et du désarroi légitimes, un sens aigu de responsabilité et une conscience de l’importance de la magistrature suprême.
Malheureusement, nombre parmi ceux qui ont déjà annoncé leur volonté de se présenter à la prochaine présidentielle semblent inconscients de la gravité du poste de président de la République. Au contraire, ces annonces donnent, pour le moment du moins, un aspect folklorique sur lequel il serait plus sérieux de ne pas s’attarder. Lors de la dernière élection présidentielle en 2014, nous avons connu aussi une exubérance de candidatures. L’sie n’a finalement retenu que 27 candidatures parmi les 70 postulants au départ qui n’étaient pas moins anecdotiques que les postulants actuels.
La question qui se pose donc est de savoir pourquoi le poste de président de la République perd autant de sa superbe et de son caractère solennel au point que des rêveurs, des flibustiers, des escrocs même, ou simplement des populistes de basse facture, se voient l’occuper. La montée du populisme à l’échelle mondiale n’explique pas tout. Ceux qui, dès la destitution de l’ancien régime, ont œuvré pour la marginalisation du rôle du président de la République assument aussi leur part de responsabilité. Pourtant, à lire attentivement l’article 77 de la Constitution et les articles qui suivent, il est aisé de se rendre compte que le poste de président de la République n’est pas une sinécure ou une fonction protocolaire. Le président de la République est le garant de l’unité du pays et a un pouvoir de guerre et de paix. Il doit être doté d’un sens aiguisé de l’Etat, une profonde connaissance de l’administration, une maitrise des enjeux géopolitiques et surtout un patriotisme sans faille.
A première lecture donc, les annonces de candidatures actuelles ne devraient pas inquiéter trop les Tunisiens. Les candidats « sérieux », qui ont le profil d’un président de la République, qui ont les qualités intellectuelles et morales nécessaires, qui présentent une réelle vision pour le pays et qui offrent une réelle opportunité de choix aux Tunisiens se préservent encore. Ils ont jusqu’à la fin du mois d’août prochain pour se déclarer. Les Tunisiens auront alors d’autres alternatives, une réponse à leur question et sauront, chacun selon ses convictions, à qui ils iront voter.
On pourrait aussi ne pas se limiter à l\’élection présidentielle et étendre la question aux législatives tant les Tunisiens se sentent mal à l’aise face à un paysage politique chaotique. On a beau avoir 218 partis politiques, l’offre qu’ils présentent aux Tunisiens reste réduite. D’un côté, nous avons les islamistes qui se basent sur un noyau dur solide mais qui n’arrivent pas à s’ouvrir sur de nouvelles franges de Tunisiens. Ils profitent avant tout des difficultés des autres familles politiques et de leur éparpillement. De l’autre, nous avons le Front populaire qui se trouve en pleine phase de désintégration. Il serait exclu de compter sur lui pour être l’expression de la gauche tunisienne au sein du prochain parlement. Entre les deux, il y a cette nébuleuse de famille centriste etc, etc. Elle est dominée par Nidaa qui a lassé tout le monde par ses divisions internes interminables et par Tahya Tounes qui parle de démocratie mais désigne systématiquement toutes ses structures et tous ses dirigeants. Sinon, il y a les expressions populistes qui profitent de tout pour se faire entendre mais qui finissent par être une source du vacarme et de la pollution sonore de la scène politique.
Mais là encore, il est encore tôt pour se prononcer pour qui les Tunisiens iront voter. L’essentiel dans un vote est d’aller voter même quand l’offre est dérisoire parce que le vote s’il ne permet pas de choisir le plus méritant, il permet de barrer la route et de pénaliser le plus défaillant.










