J’ai eu la malchance de vivre une grande partie du « jeudi noir » par lequel est passée la Tunisie le 27 juin dernier depuis Paris. La malchance est plus grande encore quand on est obligé de suivre un double attentat à Tunis par la voie des chaînes d’info en continu françaises.
Malgré la mobilisation précipitée de certains correspondants à Tunis, l’exactitude des faits est restée chancelante durant plusieurs minutes après les attentats, mais cela peut se comprendre au vu de la situation. Mais entre-temps, la principale contrainte posée aux chaînes d’info en continu s’est encore illustrée : il faut « meubler », le temps d’avoir plus d’éléments. Et c’est là qu’un nombre indescriptible de bêtises et d’approximations est apparu. L’un des « experts », dépêché sur plateau avec un amas de préjugés et d’idées reçues, s’est interrogé si le régime tunisien allait résister au double attentat vécu dans la capitale. Comme s’il existait une chance pour que ces attentats fassent craquer l’Etat tunisien jusqu’à ce que le régime tout entier dégringole. Comme si nous, peuple d’indigènes ignorants, étions si fragiles et si dénués de sens qu’un simple attentat raté pouvait nous faire remettre en cause tous les acquis, toute la progression et toutes nos institutions.
Il est pour le moins indélicat de proférer de tels propos alors qu’un pays supposé ami doit faire face, encore une fois, au terrorisme. Quand il y a eu les attaques du Bataclan, ou celles des Champs-Elysées, et j’en passe, personne en Tunisie ne s’est demandé si le régime français allait craquer ou si la France risquait de remettre en question la philosophie des lumières par exemple. Au vu du manque d’éléments et parfois même de connaissance de la Tunisie, certains « analystes » français prennent une posture paternaliste, néocolonialiste de donneur de leçons à la Tunisie et à ses forces de l’ordre. L’une des présentatrices de ce genre de direct qui dure des heures a eu l’idée lumineuse d’établir un lien entre la guerre en Libye et les attentats de Tunis alors qu’il n’y a absolument aucun élément pour étayer une telle théorie. Inutile d’évoquer les théories vaseuses concernant le report des élections parce qu’il y a eu deux explosions (où est le lien ? Nul ne le sait) ou bien le crash du tourisme en Tunisie.
Quand les milieux complotistes en France établissaient des liens tout à fait douteux entre certains actes terroristes et les contestations sociales, ils étaient moqués – et à raison d’ailleurs- sur les plateaux télé et radio. Pourtant, ces mêmes « experts » et « analystes » n’hésitent pas à reprendre les mêmes arguments et les mêmes raisonnements quand il s’agit d’un pays étranger.
Mais mettons tout cela sur le compte de la précipitation et de l’obligation instantanée de donner quelque chose aux téléspectateurs même si c’est approximatif, incomplet et parfois même faux. Une analyse à froid dans les journaux les plus prestigieux de France devrait réparer cela et nous donner un meilleur point de vue. Ceci dit, les articles consacrés à la Tunisie, dont l’édito du « Monde », sont restés donneurs de leçons, même si le constat est vrai.
L’absence de cour constitutionnelle dans notre pays est entièrement la faute de notre classe politique, particulièrement celle représentée à l’ARP. « Cette carence, due à de mesquins calculs partisans, et une faute politique doublée d’une faute morale », c’est très vrai également, comme ce fût le cas pour les Balkany pendant des dizaines d’années par exemple ou comme l’engagement français en Libye qui lui, est une vraie faute morale. Sinon pour la célébration de la transition démocratique tunisienne à l’étranger, on a passé notre tour, on n’en veut plus. Une vraie « célébration », une vraie « solidarité » auraient évité qu’un criminel recherché comme Belhassen Trabelsi soit libéré par un tribunal français alors qu’il a déjà fui deux pays !
Il reste énormément à faire en Tunisie et notre pays vit un moment exceptionnel depuis 8 ans. Nous construisons en tant que nation notre propre chemin. En tant que descendants de Hannibal Barca on s’y connait pour creuser notre propre route. Ce chemin n’est certainement pas le même que celui emprunté par d’autres peuples ou d’autres nations. Ils ont peut-être fait le leur il y a longtemps, mais en aucun cas ça ne leur donne le droit de juger du cheminement tunisien ou de donner des leçons à cette grande nation. Le terrorisme ne nous fera pas flancher et nous poursuivrons notre route tel que nous l’avons décidé.










