Il y a quelques semaines, Abdelkarim Zbidi n’était qu’un « simple » ministre de la Défense. Compétent et discret, ses apparitions médiatiques sont rares, on entend rarement parler de lui et il n’y a rien de notable à dire sur le bonhomme, hormis le fait qu’il dirige bien son ministère.
Depuis quelques semaines, le nom de Zbidi est sur toutes les bouches. L’homme est toujours aussi discret, ses apparitions médiatiques sont toujours aussi rares, mais nombreux sont ceux qui parlent de lui à la troisième personne et chantent les louages de « cet homme compétent, intègre et loyal qui ferait un excellent président pour la Tunisie ».
Derrière cet engouement ? La loyauté dont Zbidi a fait preuve en accompagnant Béji Caïd Essebsi dans ses derniers jours. Les moments d’émotion vécus par le pays depuis le décès du chef de l’Etat le 25 juillet dernier, jour de la fête de la République, ont grandement contribué à hisser la cote de popularité de Zbidi au firmament. Le ministre de la Défense a été le seul à avoir officiellement rencontré le président défunt les jours précédant son décès. Il a été le premier et le dernier à l’avoir officiellement rencontré après son hospitalisation. Il a été celui qui l’a accompagné même après sa mort. Zbidi a aussi participé à l’organisation des funérailles mémorables qui ont tant ému les Tunisiens et qui resteront, dans leur mémoire, comme un indissociable moment d’histoire. De rares – et précieux – moments d’union vécus par les Tunisiens en ces jours de deuil qui ont déplacé la sympathie du président défunt vers son loyal ministre.
Mais à l’heure actuelle, la candidature de Zbidi n’est annoncée qu’à la troisième personne. « Zbidi devra candidater » ; « Zbidi ferait un excellent président » ; « Zbidi est l’homme de la situation ». Des partis politiques annoncent officiellement – ou à demi-mots – soutenir sa candidature et des députés font circuler des parrainages en sa faveur. L’homme, lui, le principal intéressé, demeure toujours aussi grandement muet. Aucune confirmation n’émanera de sa part, hormis le fait qu’il se présentera à la magistrature suprême uniquement le jour où il aura « quelque chose à offrir pour le pays ».
Qu’est-ce que Zbidi a à offrir pour le pays ? Rien de notable politiquement du moins. On ne connait à l’homme aucune matière politique qui pourrait justifier une telle ascension. Ce médecin de formation jouit certes d’une très bonne réputation dans son ministère, mais rien ne laisse entendre qu’il pourrait assumer pleinement une casquette de président. La seule substance politique que Zbidi pourrait avoir serait celle d’éventuels soutiens. Ceux qui font des pieds et des mains aujourd’hui pour le faire accéder à Carthage. Ceux qui sont derrière une campagne pas spontanée du tout.
En effet Abdelkarim Zbidi ferait un excellent « candidat-vitrine » pour des formations politiques qui préfèrent ne pas se hasarder à proposer l’un des leurs. Parce qu’ils ont trop peur de se mouiller…ou qu’ils n’ont tout simplement aucun candidat « potable » à présenter aux masses.
En effet, plusieurs partis soutiennent, ouvertement ou à demi-mots, sa candidature aujourd’hui. A leur tête, le puissant parti islamiste, fort d’une non-négligeable expérience dans la fabrication de « candidats-chimères ». Rappelez-vous, Moncef Marzouki en 2011. Mais il n\’y a pas qu\’Ennahdha. L\’intégrité de Zbidi et ses compétences suscitent les convoitises de nombreux autres partis. Afek Tounes lance une campagne de parrainage en faveur du ministre de la Défense et Nidaa Tounes affirme que son candidat à la présidence devra être «très proche de BCE ».
Zbidi pourrait très bien, s’il le voulait, bénéficier de ce soutien. Il ne serait rien d’autre qu’un « candidat fabriqué de toutes pièces ». Une créature de Frankenstein qui n’aurait rien de naturel. On aura beau lui greffer une aura politique et lui implanter une popularité qui ne sont pas les siennes, il ne pourra pas pour autant devenir un homme politique présidentiable du jour au lendemain.
Ennahdha, Nidaa, ou tout autre soutien qui réussira à mettre dans sa poche l’inapprochable Zbidi, devra lui greffer une appartenance politique, des positions et des accointances créées de toutes pièces. Rien de très naturel ni de durable d’ailleurs pour un homme qui est pourtant très bien réputé. De quoi donner naissance à une créature fragile, loin d’être réelle, et qui se décomposerait à la première épreuve…










