Le deuxième tour de la présidentielle opposant Kais Saïed à Nabil Karoui ne plait pas du tout aux islamistes d’Ennahdha dont le candidat Abdelfattah Mourou est classé troisième avec 11%, d’après les résultats du sondage sortie des urnes, élaboré par Sigma Conseil. Les islamistes n’ont pas vu la chose venir, car d’après le dernier sondage élaboré lundi dernier pour leur compte par une agence de la place (nous tairons le nom de l’agence pour le moment), leur candidat devait être classé deuxième avec 13,3% derrière Nabil Karoui (17,9%) et devant Youssef Chahed (11%). D’après ce sondage, Kais Saïed se classe à la cinquième (10,5%) derrière Abdelkarim Zbidi (10,5%).
Ce deuxième tour ne plait pas également aux courant dits révolutionnaires et conservateurs composé par des candidats tels Lotfi Mraïhi (5,8%) Seïf Eddine Makhlouf (près de 4%), Mohamed Abbou (plus de 3%), Moncef Marzouki (près de 3%) et Hechmi Hamdi (0,8%).
Ces intégristes composés par les conservateurs et les islamistes cherchent désormais à faire invalider par l’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie) la victoire de Nabil Karoui. La stratégie qui devrait être adoptée, actuellement sérieusement discutée chez eux, est de déposer un recours commun auprès de l’Isie pour prouver que Nabil Karoui (derrière les barreaux) a triché dans les élections et n’a pu gagner que grâce à la chaîne de télévision Nessma. Ils cherchent à prouver le lien de cause à effet démontrant que sans sa chaîne de télévision, Nabil Karoui n’aurait jamais pu gagner. Samir Dilou, directeur de campagne de Abdelfattah Mourou s’est déjà prononcé dans ce sens, tout comme Seïf Eddine Makhlouf et ce juste après la diffusion des résultats des sondages sortie des urnes. D’après eux, il est hors de question qu’un « mafieux » passe à la présidence de la République.
L’Isie ira-t-elle dans ce sens ? Il y a de plus en plus de personnes qui le croient, mais la chose est plus complexe que ces intégristes ne le pensent.
En matière de tricherie, les islamistes ont dépassé, et de loin, Nabil Karoui, si jamais ce dernier a triché. Leur chaîne Zitouna TV a travaillé tout au long de la campagne au profit des islamistes, mais également au profit des conservateurs. Les appels à voter pour Mourou, Makhlouf ou Saïed étaient incessants. La chaîne est, rappelons-le, non autorisée à émettre et la Haica (gendarme de l’audiovisuel) a multiplié les appels dans ce sens, sans que les autorités ne bougent le petit doigt pour faire cesser son manège. Ils vont naturellement dire qu’ils n’ont rien à voir avec la chaîne, ce qui est très vrai sur papier. Sauf que cet argument l’est également pour Nabil Karoui qui, sur papier, n’a rien à voir avec Nessma dont il est pourtant le fondateur et demeure encore actionnaire, quoique minoritaire.
L’autre argument que Nabil Karoui est mafieux est irrecevable également. Car techniquement, Karoui demeure innocent jusqu’à son jugement par un tribunal indépendant et impartial. Pour le moment, Nabil Karoui n’est même pas inculpé. Il est juste prévenu mis en prison en préventive et son mandat de dépôt n’a même pas été émis par le juge d’instruction chargé de son dossier. C’est la chambre des mises en accusation qui a pris cette décision, fortement décriée par les magistrats eux-mêmes. Mais si l’on va jusqu’au bout du raisonnement des intégristes qui insistent à dire que Nabil Karoui est « mafieux » et bafouent la présomption d’innocence, il est bon de rappeler que leur candidat Seïf Eddine Makhouf peut également être traité de « mafieux » puisqu’il est, lui aussi, un évadé fiscal. Si Nabil Karoui a été accusé d’évasion fiscale en pleine campagne électorale, Makhlouf, lui, a eu son redressement lui a été signifié depuis août 2018.
Quelle sera la position de l’Isie, et probablement celle de la cour des comptes et du tribunal administratif ? A ce jour, personne ne peut se prononcer, mais on est sûrs d’une chose, c’est qu’il y a de très grosses polémiques en vue. Et ce sont toujours les mêmes qui sont derrière cela : les intégristes !
N.B.
Définitions de l’intégrisme selon le Larousse :
– Attitude et disposition d\’esprit de certains croyants qui, au nom du respect intransigeant de la tradition, se refusent à toute évolution.
– Conservatisme intransigeant en matière de doctrine politique.










