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Les Tunisiens, citoyens de la République ou moutons de panurge ?

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    Par Sofiene Ben Hamida

     

    Dans une semaine exactement, le dimanche prochain, les Tunisiens voteront pour l’élection de la nouvelle Assemblée des représentants du peuple. Les nouveaux députés auront un mandat de cinq années pour nous représenter, parler en notre nom et décider à notre place ce qui est le mieux pour nous, pour nos enfants et pour notre pays. Seulement, la campagne pour ces élections législatives a été très fade, sans réelle compétition sur le terrain et presque passée sous silence par les médias.

     

    L’attention a été donnée d’une manière démesurée à l’élection présidentielle qui nous a donné un second tour qui opposera Kaïs Saïed à Nabil Karoui. Le premier n’a rien à proposer sauf quelques idées rétrogrades et son honnêteté, comme si là où il enseignait, il pouvait avoir d’autres tentations que mettre dans sa poche un bâton de craie avant de quitter sa salle de cours. Le second, est une opération de communication grandiose. Il est capable de vous promettre la lune et encore plus. C’est en cela qu’il est dangereux et qu’il n’inspire pas confiance en attendant que la justice se prononce sur son cas.

     

    Pourtant, trop de choses se passent au niveau des législatives, qui méritent d’être soulevées. En premier lieu il y a le nombre exorbitant des listes concurrentes dans toutes les circonscriptions sans exception, avec une présence remarquée des listes indépendantes, boostées par les résultats des élections municipales de mai 2018. Cette profusion offre certes le choix aux votants, mais rend ce choix encore plus difficile.

     

    Il y a aussi l’apparition de nouvelles formations politiques inconnues ou inexistantes, il y a à peine un an, comme le parti des aides sociales, Qalb Tounes de Nabil Karoui ou encore Aich Tounsi, cette forme hybride de parti politique qui ne veut toujours pas décliner sa véritable identité. En face, il y a tous ces partis et ces coalitions conservateurs, fascistes sur les bords, qui devraient provoquer des cauchemars chez des personnes censées tant leur discours est rétrograde, violent et irréaliste, mais qui semblent paradoxalement avoir le vent en poupe. Lors du premier tour de l’élection présidentielle, ils ont montré que le discours de violence et de haine peu séduire une frange de Tunisiens restée silencieuse trop longtemps au point de devenir transparente pour les acteurs du système.

     

    On aurait pu aussi relever la déroute annoncée des partis politiques qui formaient jusque-là l’essentiel du paysage politique. Nidaa périclite et n’arrive même pas à profiter de l’élan de sympathie déclenché par la mort de son fondateur. Les autres partis transfuges de Nidaa, ceux de Mohsen Marzouk, Saïd Aïdi, Salma Elloumi ou encore de Youssef Chahed et Slim Azzabi, confirment leurs limites et donnent une nouvelle preuve que la question de l’hégémonie  du fils du président, Hafedh Caïd Essebsi, n’était que la branche qui leur permettait de cacher leur propre misère. Même El Badil de l’ancien chef de gouvernement Mehdi Jomaâ qui semble disposer de beaucoup de moyens et Afek tounes qu’on croyait qu’il avait restructuré sa bâtisse, ils montrent un essoufflement certain sur le terrain et rentrent, sans surprise, dans les rangs des petits partis politiques qui n’auront qu’une présence  symbolique au sein du prochain parlement.

     

    Quant au parti islamiste Ennahdha, la campagne pour les législative montre qu’il est incapable de devenir un parti civil, du moins totalement. Ses dirigeants, y compris son président Rached Ghannouchi, au premier contact avec leurs militants dans les régions et leur base électorale, ils ont renié toutes leurs anciennes positions démocratiques pour revenir à des positions plus conformes à l’islam politique et aux doctrines des frères musulmans. C’est ainsi que la question de l’égalité, pas seulement successorale, est complètement bannie du discours électoral islamiste et que des propositions qu’on croyait définitivement dépassées, comme celle de la création de la caisse de la Zakat, sont remises à l’ordre du jour. En durcissant son discours, le parti islamiste Ennahdha espère récupérer une partie de son électorat. Les indications sur le terrain ainsi que certaines déclarations des dirigeants islamistes laissent penser que le parti islamiste qui a dominé l’ARP depuis huit ans ne sera plus le premier parti politique du pays.

    En définitive, les Tunisiens ont raté leur élection présidentielle par manque de discernement des élites et par suivisme chez beaucoup. Sont-ils capables de sauver leurs élections législatives et de se comporter comme des citoyens et non comme des moutons de panurge ? Dimanche prochain apportera sa vérité et la réponse aux questions aujourd’hui en suspens.   

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