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Tunisie : l’incompétence démocratique

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    C\’est en l\’absence de vertus dans la classe politique tunisienne que l’on se rend compte de la gravité de la situation actuelle, dont l\’illustration la plus flagrante est la généralisation du culte de l’ego et du cynisme.

     

    Indifférents à la notion d\’intérêt général et conscients de leur incapacité d\’influer sur le quotidien des Tunisiens, la plupart des responsables politiques du pays se sont résignés à ne jouer que leur carte personnelle : ils souhaitent tous être le personnage central de cette tragédie qui se joue sous nos yeux en Tunisie.

     

    Les politiques ne rejettent pas les valeurs démocratiques, mais ils ne possèdent pas les compétences pour y participer pleinement, car ils n’ont pas la capacité de se faire librement une opinion sur une question donnée. Ils ne savent « argumenter » qu’en recourant à la ruse ou à la violence.

     

    Toute action politique devient un simple élément d’une ambition personnelle, chaque coup est joué en vue du coup suivant. Jamais pour lui-même. Jamais pour la Tunisie

     

    La compétence et la cohérence d\’un politicien en Tunisie deviennent l\’exception, quand sa capacité à dire n\’importe quoi est devenue… la norme.

     

    C\’est ce qui explique qu\’au sein du bon peuple tunisien, l\’adjectif « politique » est très vite devenu synonyme de « malhonnête et incompétent ».

     

    Le Tunisien ne s’y est d’ailleurs pas trompé et a sanctionné tout ce beau monde lors du premier tour de la présidentielle.

     

    Il a d’abord sanctionné un chef du gouvernement qui, avec l’appareil d’Etat et un budget considérable, n’a atteint les 7 % qu’avec beaucoup de difficulté, et qui devrait tirer la leçon majeure qu’être « au pouvoir » ne donne pas une légitimité de fait. Ce sont les urnes qui en décident.

     

    Il a ensuite « récompensé »  Zbidi d’un score « honorable » malgré une campagne somme toute très médiocre, du fait d’une garde rapprochée à côté de la plaque.

     

    Pour Mourou — mais surtout pour Montplaisir —, le score est à l’image d’un parti en plein doute quant à sa ligne politique, à sa gouvernance, à son positionnement idéologique initial et à son nouveau statut de parti de pouvoir qu’il cherche à préserver coûte que coûte.

     

    Il y a aussi les « touristes politiques », ceux qui, comme Mehdi Jomâa, Hamma Hammami, Mohsen Marzouk ou encore Salma Elloumi, se retrouvent avec des scores à leur image : catastrophique ! Sans oublier la flopée de candidats qui ont engrangé moins de suffrages qu’ils n’ont de membres dans leurs familles respectives.

     

    Il faut espérer qu’ils en tireront tous les leçons et qu’ils iront — s’ils sont un peu lucides — chercher un autre passe-temps que celui de s’essayer à faire de la politique, pour laquelle ils ne disposent ni de la formation ni des compétences.

     

    L\’opinion publique tunisienne a raison quand elle parle de faillite morale de ces politiciens occasionnels, mais elle se trompe de combat : le mal des politiques tunisiens n\’est pas (que) la malhonnêteté, c\’est surtout leur incompétence, leur égo surdimensionné sans oublier leur cynisme.

     

    Alors, le bon peuple tunisien a sanctionné et a fait exploser la « classe politique » façon puzzle . Il a fait élire deux candidats se présentant comme des anti-système qui, quoi qu’on en pense, sont venus bousculer la politique tunisienne qui, depuis huit ans, patine.

     

    Pour Nabil Karoui c’est le résultat de son engagement social depuis trois ans qui est la clé de sa réussite. Contrairement à une pseudo-intelligentsia déconnectée des réalités, la Tunisie profonde l’aime et elle ne s’y est pas trompée. Il a le mot juste, le geste bienveillant avec cette extravagance tunisienne bien perçue surtout dans les rifs.

     

    Ses détracteurs peuvent être envieux, c’est compréhensible. Mais Nabil Karoui peut apporter à la Tunisie ce dynamisme et cette « folie sociale » dont elle a besoin pour espérer des jours meilleurs.

     

    Quant à Kaïs Saïed, c’est un ovni. Il a fait une campagne sans meetings, sans affichage et son discours austère a plu. Qu’a-t-il dit au juste ? Rien. Si ce n’est parler de Constitution et d’idées encore un peu floues pour pouvoir juger.

     

    Quelle que soit l’issue de cette élection, Nabil ou Kaïs auront joué un rôle immense pour la Tunisie et il faut les en remercier : ils auront permis aux Tunisiens de se débarrasser — avec pertes et fracas — de cette classe politique qui, depuis la révolution, n’a rien fait ou mal.

     

    Pour définir ces politiciens aux scores ridicules, il suffit de paraphraser Marcel Pagnol : « Ce ne sont pas des bons a rien, mais des mauvais à tout ! »

     

    Avec les ouragans Nabil et Kaïs, nous ne pouvons espérer que mieux pour la Tunisie. Les propos et les critiques vont bon train les concernant, mais je reste confiant et ne fais aucun procès d’intention à l’un ou à l’autre.

     

    Nous devons dépasser les qualificatifs puérils — « mafieux » pour l’un, « islamiste » pour l’autre — pour nous concentrer sur un débat d’idées qui a cruellement manqué lors de la campagne du premier tour. Il faut aujourd’hui confronter les deux finalistes idées contre idées, oublier les ragots de comptoir, juger sur pièce et n’avoir aucun préjugé concernant ces deux candidats dont l’un d’eux deviendra président de la République dans quelques semaines.

     

    Comme disait Albert Einstein, « drôle d’époque où il est plus facile de désintégrer un atome que de perdre un préjugé ». Drôle d’époque qui consiste à dézinguer deux candidats plébiscités par le peuple là où, pendant huit ans, les perdants n’ont cessé de creuser eux-mêmes le fossé qui a séparé la classe politique des citoyens tunisiens.

     

    Lotfi Bel Hadj, essayiste et investisseur multi-facettes. Il préside le fonds Digital Big Brother et la Fondation LBH. Natif de Saint-Denis (France), dans le fameux 9-3, d\’un père algérien et d\’une mère du sud de la Tunisie.


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