Saïd Jaziri, le candidat du parti Errahma a perdu son siège au parlement après l’invalidation de ses listes à Ben Arous. Voilà un exemple-type d’un bonhomme au passé sulfureux qui a choisi d’exploiter, lui aussi, le filon coranique pour gagner une place en politique.
Passé à plusieurs reprises par la case « prison » et la case « expulsion vers son pays d’origine », ce monsieur a essayé de se refaire une virginité en usant du livre saint.
Par des moyens matériels, à l’origine totalement inconnue, il a créé une radio pirate au doux nom « Radio du Saint Coran ». La haute autorité indépendante pour la communication audiovisuelle l’a sommé à plusieurs reprises de régulariser la situation de sa radio en se conformant à la législation en vigueur, mais elle n’a rien pu faire. A chaque fois qu’il y a une ordonnance d’exécution, il lance des appels via les ondes pour mobiliser ses auditeurs autour de son siège et barrer la route aux autorités. Des bornes de transmission sont déposées en toute illégalité dans des terrains publics, mais grâce à des complicités d’autorités locales, la Haica n’a pas réussi à imposer ses décisions.
L’affaire a été portée devant les tribunaux et on a pu assister à un très joli spectacle le jour du procès. Des avocats de la radio ont tancé le juge et lui ont rappelé qu’il sera seul devant le Bon Dieu le jour du jugement dernier s’il ose éteindre la voix de Dieu en ordonnant la fermeture de la radio pirate ! On nage en plein délire, la loi est claire, il faut une autorisation pour avoir une radio, la seule instance habilitée à en donner est la Haica, celle-ci ne la donne pas et cherche à faire arrêter cette radio pirate, mais le jugement est quand même en sa défaveur. Dans cette Tunisie de l’après-révolution, la loi divine est supérieure à la loi tunisienne !
Saïd Jaziri savoure sa victoire et se venge à sa manière en s’en prenant à la Haica et attaque nommément ses membres, notamment Hichem Snoussi, bouc émissaire parfait de plusieurs « patrons de médias ». Matin, midi et soir, Hichem Snoussi est injurié, menacé et dénigré sur les ondes de la Radio du Saint Coran, en toute impunité. Les plaintes déposées dorment encore dans les tiroirs des tribunaux.
Devant autant de puissance, grâce à ses ondes FM, Saïd Jaziri voit plus grand et pense pouvoir intégrer le parlement. Et pourquoi pas lui ? Les membres d’Ennahdha ont bien conquis le pouvoir grâce à la parole de Dieu, tout comme Seïf Eddine Makhlouf, tout comme plusieurs contrebandiers. Il se présente donc aux élections et utilise sa radio, matin, midi et soir toujours, pour faire sa campagne.
En dépit de sa déconfiture judiciaire, la Haica n’a pas désarmé et a continué à tout faire pour imposer la loi. La loi tunisienne, pas la loi divine. Elle a saisi l’Isie, enregistrements et preuves à l’appui. Pas moins de 70 heures d’antenne consacrées à la propagande du seul Jaziri sur la radio coranique. Cette fois, elle fait mouche et obtient gain de cause. On peut tomber sur un juge qui privilégie la loi divine à la loi tunisienne, mais il est impossible que ce soit toute une instance supérieure qui tombe dans cette mascarade, la loi tunisienne a primé ! Et, si l’on y pense un peu, la loi divine a aussi primé, car à un moment ou un autre, il faut bien que l’on cesse ce manège d’utiliser le Coran et le Bon Dieu pour satisfaire de basses œuvres politiques et/ou mercantiles.
Après l’Isie et la Haica, espérons voir Chawki Tabib et l’Inlucc s’occuper de ce Saïd Jaziri (et tous ses semblables) pour investiguer et connaitre les origines de leur fortunes à la fois inconnue et douteuse.
R.B.H










