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Lettre ouverte au prochain chef du gouvernement

 

Monsieur le chef du gouvernement,

Vous ne serez pas sans savoir, je l’espère, que le secteur des transports joue un rôle primordial dans la relance  économique. Il est également important de rappeler qu’à l’instar des pays en développement, la Tunisie s’est engagée dans un processus de réformes économiques visant à mettre à niveau son économie, accroître la compétitivité et la performance du secteur productif afin de déclencher un processus de croissance durable.

En effet, le secteur des transports représente actuellement plus de 8% du PIB, assure plus de 100 mille emplois directs, mais ces chiffres pourraient facilement doubler si une réelle stratégie est mise en place.

Il faudrait également rappeler que toute notre économie est tournée vers le transport : Phosphate, tourisme, export, huile d’olive, dattes…

Or ce département, qui devait être la colonne vertébrale de l’économie nationale, a depuis 2011, été victime de tractations politiques, ce qui a causé son effondrement !

 

Toute la Tunisie attend en ce moment même la formation d’un nouveau gouvernement qui aura pour tâche de clôturer la transition démocratique  et de s’attaquer à la transition économique. De ce fait, je voudrais attirer votre attention sur un secteur clef qui a été laissé pour proie aux tractations et calculs partisans depuis maintenant 9 ans !

Il est plus que nécessaire, je dirais même vital, à ce que ce portefeuille reste en dehors des tractations politiques mais plutôt basé sur des compétences. En effet, depuis 2011, nous avons eu droit à plus de 8 ministres, appartenant à des partis politiques qui n’ont eu aucune vision, aucun programme, aucune stratégie pour le secteur. Le choix du ministre a toujours été le résultat de calculs entre les partis au pouvoir par rapport au nombre de sièges au parlement. La Tunisie ne manque pourtant pas de compétences dans le secteur mais qui ont toutes fini par quitter le navire afin de mettre leur expérience aux services d’autres pays étrangers.

Ceci est tout à fait légitime vu que leur pays ne les sollicite pas.

 

Nous avons eu droit, jusqu’à ce jour, à trois plans de restructuration de Tunisair, nous avons retardé l’Open sky afin de protéger la compagnie nationale (chose nécessaire, certes, afin de la sauvegarder) mais à ce jour, nous n’avons ni protégé Tunisair ni sommes prêts pour l’Open sky. Vous pouvez tout simplement vérifier l’état financier du groupe Tunisair. Je voudrais d’ailleurs par la même occasion remercier nos cadres, agents et pilotes au sein du groupe qui ont travaillé dans des conditions plus que difficiles, sans stratégie, sans stabilité, sans continuité et qui ont subi toutes les attaques de la part des passagers pour ne pas dire de tout un peuple mais qui sans eux Tunisair ne serait plus là au jour d’aujourd’hui ! Alors que la faute revient  tout simplement aux politiciens. Je vous invite également à regarder l’état de nos aéroports, de nos ports et de nos gares …

J’ai personnellement, en tant que consultant, contribué au développement d’aéroports au Maroc, en Algérie, en Afrique et à chaque conférence à laquelle j’ai eu l’honneur de participer, c’est avec les larmes aux yeux que je réponds aux questions concernant le secteur des transports en Tunisie.

En effet, cela fait neuf ans que nous stagnons, voire reculons et le réveil sera brutal ! Vous pouvez tout simplement ouvrir les yeux et regarder nos pays frères et voisins… Regardez aujourd’hui l’aéroport de Casablanca, de Marrakech ou le nouvel aéroport d’Alger… Regardez la stratégie des ports en eau profonde au Maroc…

 

Je voudrais également rappeler qu’en 2007, le ministère du Transport avait entamé une série d’études qui concernaient, entre autres, le port en eau profonde d’Enfidha, l’extension de l’aéroport de Tunis-Carthage, l’Open sky, l’aménagement des quais 8 et 9 au port de Radès, voire même la construction d’un nouvel aéroport…

Nous sommes en 2019, 12 ans après, et rien n’a été fait ! Pire encore, l’état de nos aéroports, ports et infrastructures s’est dégradé et le pire reste à venir si on ne réagit pas.

Il est temps de tirer la sonnette d’alarme et de remettre le pays sur les rails avant qu’il ne soit trop tard !

Pour être constructif, je ne resterai pas que sur la critique, mais voici quelques propositions qui peuvent être prises en considérations lors de votre prochain mandat :

                -Le ministre  du Transport devrait créer, dès le premier jour, trois commissions mixtes dans les trois secteurs : Air, mer et terre.

Dans chaque commission devra faire participer les opérateurs publics, privés, UGTT, Utica et experts. Chaque commission devra aboutir à une feuille de route de 10 points à appliquer dans l’immédiat.

 

Transport aérien :

                -Fixer une date limite pour l’entrée en vigueur de l’Open sky

                -Appliquer immédiatement le plan de restructuration sociale de Tunisair

                -Envisager de signer l\’accord de Yamoussoukro, l’Open sky Africain, afin de mieux nous préparer à l’Open sky européen et bénéficier des fonds de la BAD alloués aux signataires de cet accord afin de faire une restructuration financière et commerciale de Tunisair

                -Envisager un partage de code « code share » avec une compagnnie de renommée internationale.

                -Revoir le plan de flotte une fois pour toute

                -Envisager un PPP pour le handling d’une durée de 5 ans, non renouvelable si il le faut, avec un opérateur étranger afin de faire face aux retards, former nos agents, acquérir du nouveau matériel roulant et bénéficier de l’expertise et afin de se préparer à la concurrence

                -Tirer profit de la présence de l’opérateur privé TAV, qui gère l’aéroport de Monastir et Enfidha, mais aussi 14 aéroports dans le monde.

                -Revoir le contrat de concession avec TAV Tunisie, d’une manière Win Win, ce contrat a montré ses limites. En effet, ni la Tunisie ni l’investisseur ne tirent profit de ce partenariat.

                – Faire de Tunisair express, une compagnie low cost régionale et la préparer à la concurrence lors de l’Open sky

                – Afin d’éviter les retards dus au traitement de bagages, moderniser l’aéroport de Tunis Carthage ! Changer le BHS (Bagage handling system), qui date des années 60. Rajouter des systèmes de « Luggage drop off», optez pour l’enregistrement en ligne sans comptoir afin d’éviter les queues interminables, …

                -Entamer l’extension de l’aéroport de Tunis-Carthage et prévoir une connexion avec le terminal 2 avec un pont pour piétons afin de décongestionner le terminal 1 lors des « peak hours ».

                -Travailler en partenariat avec les bureaux de l’ONTT à l’étranger, le ministère du Tourisme et les hôteliers afin de faire une offre commune pour le développement du trafic aérien des aéroports de Tozeur et Tabarka. Envisager même la suppression des taxes aéroportuaires pour les compagnies aériennes.

                -Prévoir une ligne charter trimestrielle, entre Sfax et Pekin, tout en sachant que les échanges commerciaux de type industriel entre la Tunisie et la Chine sont assez importants. Vous pourrez même bénéficier du budget chinois de la Route de la soie.

 

Transport terrestre

                -Programme de mise à niveau pour la TRANSTU et la SNCFT qui sont en faillite non déclarée

                -Elaborer un plan de connexion terrestre et ferroviaire dans les 24 gouvernorats afin de connecter toute les villes du pays

                – Prévoir sur le long terme, 2027, un TGV  nord-sud qui finira un jour de se rallier à la Libye et l’Algerie.. (le montant du projet est déjà budgétisé depuis 2009 par la BEI).

 

Transport Maritime

                -Mise à Niveau de la CTN

                – Relancer l’appel d’offres du port en eau profonde d’Enfidha, qui est suspendu !

                -Entamer une nouvelle étude pour un deuxième port en eau profonde au nord à Tabarka ou Bizerte.

                -Prévoir un port sec à Radès afin d’accélérer les formalités douanières …

 

Je m’arrêterais ici car, comme vous le voyez, ce ne sont pas les propositions qui manquent mais plutôt la volonté politique.

Nous pouvons changer la donne et reprendre notre place stratégique de plateforme Nord-sud !

La Tunisie devrait être la porte d’entrée de l’Afrique pour les Européens et vice versa pour les Africains ! Nous pouvons en faire la plateforme de transport aérien, maritime et terrestre, en termes de passagers mais également en marchandises

Il suffit de mettre en place une vision sur le long terme, la faire voter au parlement afin d’assurer la continuité lors des remaniements ministériels, préparer la stratégie adéquate et tout mettre en œuvre pour que cela réussisse, tout en gardant en tête que l’impossible n’est pas Tunisien…

Simple rappel, Carthage avait jadis dominé le monde, non pas grâce au pétrole ni l’industrie mais grâce à ses échanges commerciaux et sa flotte maritime …

Tout en espérant avoir confiance en votre bienveillance, je vous prie d’accepter, Monsieur le chef du gouvernement, mes encouragements les plus sincères.

 

Aziz Ben Ammar

Consultant & Expert international en transport aérien

 

 

 

 

 

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