Les alliances qui formeront le nouveau pouvoir ne sont pas aussi surprenantes qu’on voudrait le croire. On savait déjà que ce qu’il y avait à craindre des résultats des élections ne sera pas le grand chamboulement promis au mode de gouvernance. Pour cela, les partis élus en seront incapables. Il s’agit plutôt des alliances qui se réaliseront afin de créer un pouvoir le plus solide possible. Solide par le nombre, mais certainement pas par la cohésion ni par la vision.
Certains pourront appeler cela alliances contre-nature, il s’agit pourtant d’une suite tout ce qu’il y a de plus naturelle à ce qu’on a observé ces dernières années. Que Tahya Tounes mette la main dans celle d’Ennahdha est tout sauf un choc ou une surprise. Le parti du chef du gouvernement, créé de débris du mort-vivant Nidaa Tounes, n’a jamais nié ni caché ses accointances avec les islamistes. Youssef Chahed a même été le petit protégé du parti de Rached Ghannouchi lorsque le pouvoir s’est retourné contre lui et que ses anciens soutiens ont commencé à le lâcher un à un. Le doute – s’il y en avait encore pour certains – s’est rapidement dissipé au premier tour de la présidentielle. Alors qu’il avait été annoncé, au départ, comme étant LE candidat des islamistes, le chef du gouvernement a préféré jouer double JE pour essayer de ratisser large. Un jeu qui l’a trahi puisque, dans sa grande sagesse ( !), il a décidé de se montrer prudent et calculateur quant aux questions des libertés, afin de se mettre dans la poche l’électorat conservateur. Ainsi, on ne l’aura pas entendu défendre l’égalité dans l’héritage, les libertés individuelles et autres « pièges » auxquels des candidats ouvertement modernistes se sont heurtés. Mohsen Marzouk et Saïd Aïdi se sont cassés les dents avec leur modernisme affiché. Pas question pour Youssef Chahed de tomber dans le même piège.
Le Courant démocratique, Attayar de Mohamed Abbou, joue quant à lui sur les mots. Il dit qu’il fera partie de l’opposition tout en n’excluant pas de s’allier avec les islamistes pour la formation du gouvernement. Attayar dit aussi qu’il est prêt à faire partie du pouvoir mais pose des conditions qu’il sait lui-même inapplicables. Il ne serait pas très étonnant de voir le parti des Abbou faire des acrobaties politiques, dans l’avenir, en faisant croire qu’il le fait « pour l’intérêt du pays ».
Aujourd’hui, les partis ayant un programme relativement similaire ne sont pas voués à mettre la main dans la main. L’étape à venir n’est certes pas idéologique pour que des formations comme Ennahdha, Al Karama et Echaâb pensent s’allier. Elle est indéniablement socio-économique, et on devrait plutôt voir sur la scène politique le PDL s’allier avec Ennahdha et Qalb Tounes. Des partis économiquement libéraux et pouvant défendre les mêmes réformes. Mais inutile de dire que ceci n’est pas prêt de voir le jour.
Si le paysage politique était beaucoup plus clair en 2014, il ne l’est plus aujourd’hui. Et les alliances ne se basent nullement sur des appartenances et des orientations, mais sur des calculs purement opportunistes. De combien de voix auront nous besoin pour gouverner ? Et qui a l’ambition de le faire ?
De toute évidence, il est difficile voire impossible aujourd’hui de catégoriser les partis politiques. Gauche, droite, progressistes, conservateurs, révolutionnaires… tout ceci n’a absolument plus le moindre sens. D’autant plus qu’un progressiste peut aujourd’hui se prétendre pour la peine de mort et contre l’égalité de l’héritage et qu’un révolutionnaire n’a pas la moindre vision révolutionnaire pour gouverner.
Le point commun entre tous – ou presque – est l’absence de vision. Dans le gouvernement à venir, on verra des programmes élaborés « au cas par cas » en fonction des situations, des calculs et des intérêts. Au final, rien ne peut surprendre et aucune alliance ne serait « contre-nature ».
Dans les faits, c’est une toute autre histoire. Comme en 2014, ces alliances de fortune, rafistolées et improvisées auraient toutes les chances de se casser les dents en beauté. Pour le grand malheur des électeurs qui y voient, aujourd’hui, l’espoir de la dernière chance…










