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L’expression destourienne est aussi passéiste que l’expression islamiste

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    Par Sofiene Ben Hamida

     

    Après les dernières élections, législatives et présidentielle, on entend souvent des gens dire qu’ils ont voté sans avoir réellement le choix et que leur vote a été orienté et conditionné par l’indigence de l’offre électorale. En vérité, ce n’est là qu’un argument pour se faire bonne conscience, car nous avons toujours le choix, quitte à choisir, dans un cas limite, de s’abstenir de voter. Dans les propositions offertes, il y a souvent une offre qui permet de choisir. Sinon, il faut être certain, que dans tous les cas, il existe toujours une autre alternative. Il faut juste la chercher et ne pas succomber à la facilité de suivre le courant dominant.

     

    Lors du premier tour de l’élection présidentielle, l’idée dominante était que la compétition sera entre les représentants du passéisme et de l’islam politique d’une part, et entre les représentants de la modernité et du progrès d’autre part. Peu convaincus, les Tunisiens ont choisi une alternative différente. Leur choix s’est porté sur, un populiste conservateur rasé de près d’un côté, et sur un populiste mercantiliste, magouilleur et roublard de l’autre. Au second tour, les Tunisiens qui ne s’identifiaient pas à cette offre, soit quatre millions de personnes, se sont abstenus de voter.

     

    Sur le plan législatif par contre, on peut dire que l’offre était riche et qu’elle a permis aux Tunisiens de choisir. Cela explique en partie l’éclatement du paysage politique au sein de l’ARP, où les gagnants ne peuvent pas prétendre dominer et où les petites formations ne se sentent pas écrasées et peuvent même prétendre à jouer un rôle.

     

    Face à cet éclatement, des voix, de plus en plus persistantes, s’élèvent pour dire que désormais, il ne reste plus pour les modernistes et les progressistes que de s’aligner derrière le PDL et sa présidente Abir Moussi pour ne pas être écrasés par la vague populiste et conservatrice dirigée par l’islamisme politique. Elle est la seule qui semble déterminée à s’opposer aux islamistes et leurs acolytes, disent-ils.

    Cette attitude est dangereuse parce qu’elle tente de nous embourber dans une logique binaire qui n’a jamais rien démontré en politique. Au contraire, cette logique rigide, qui ignore toutes les nuances de la vie, même si elle est performante dans certains domaines scientifiques, n’a jamais rien prouvé quand il s’agit d’analyser les humains et leurs comportements sociaux et politiques. Pire, cette logique fait le lit de la dictature parce qu’elle écarte les nuances, les disparités, les différences. Elle musèle les libertés, bâillonne l’expression et paralyse la démocratie.

     

    Sur un autre plan, même si la situation actuelle est très détériorée, catastrophique même pour une large frange de Tunisiens, elle ne doit pas nous rendre nostalgiques vis-à-vis d’une période et un régime révolus et hais par une large frange de Tunisiens. Il est utile de nous rappeler que la révolution du 14 janvier 2011 a été une révolution contre le régime destourien qui a dominé les Tunisiens durant six décennies sans leur apporter de solutions à leurs problèmes quotidiens : la pauvreté, le chômage, les inégalités, le népotisme, l’injustice, la corruption et la confiscation de toutes les libertés publiques et individuelles. Il est vrai que ceux qui ont pris les commandes depuis, n’ont pas réussi à trouver les solutions à l’essentiel des problèmes des Tunisiens. On peut même affirmer qu’ils se sont adaptés à l’ancien système et ont pleinement profité de ses rouages au point de donner l’impression que la fraude, la corruption et le clientélisme ont progressé et gangrené le pays. Mais faire le constat de l’échec des dirigeants d’aujourd’hui, n’acquitte pas, ni ne réhabilite les dirigeants d’hier responsables du gros de nos problèmes d’aujourd’hui.

     

    En termes clairs, l’expression destourienne est l’une des expressions qui existent et qui profitent du climat de liberté dans notre pays après la révolution. Mais c’est une expression passéiste qui a eu, durant longtemps, l’occasion de montrer de quoi elle est capable. Ce qu’elle a montré a justifié la révolution populaire du 14 janvier 2011. Proposer l’expression destourienne aujourd’hui comme la seule l’alternative moderniste est une fourberie grotesque. Les alternatives sont ailleurs même si elles sont peu visibles dans l’effervescence du moment.

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