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Alors, ça vient ?

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    Jamais gouvernement ne s’était autant fait désirer. Jamais délivrance n’aura autant tardé.

    Des semaines de négociations, de pourparlers, de marchés conclus et défaits, de petits crimes entre amis et d’arrangements peu scrupuleux pour pondre une équipe gouvernementale en pleines fêtes de fin d’année. Il avait fallu attendre 6 semaines. Depuis le 15 novembre, c’est pendant que les Tunisiens fêteront l’année qui s’achève que Habib Jamli accouchera enfin de son gouvernement.

    Devant leur dîner de fin d’année, une coupe de champagne ou un verre d’orgeat à la main, les Tunisiens ne pourront pas encore célébrer la fin (tant attenue) de l’année 2019 en connaissant les noms des nouveaux ministres. Il faudra encore attendre. Mais attendre quoi ?

     

    Comme toute annonce honteuse, il faudra attendre qu’il fasse nuit et que les Tunisiens soient occupés ailleurs. Ou alors qu’il fasse jour et que les citoyens se remettent de leur gueule de bois ou de leur indigestion du repas de la veille.

    Comme pour les annonces des augmentations du prix de l’essence, qu’on réserve toujours aux fins de soirée, comme pour le vote des lois qu’on assume peu et qui nécessitent des plénières qui durent jusqu’au petit matin, Habib Jamli annoncera son équipe alors que les Tunisiens auront la tête ailleurs et fêteront le début d’une année pleine d’incertitudes. Comme toutes ces choses qu’on fait à l’abri des regards, et de la honte.

    Indépendamment de tout ce temps perdu, le gouvernement à venir devra en valoir la chandelle. Inutile de pondre un gouvernement dans la précipitation, on peut encore attendre janvier. Pourvu que l’équipe formée contienne – réellement – des compétences, avait dit – non sans inquiétude –le patron du Patronat Samir Majoul hier. C’est dire que le président de l’Utica n’était pas rassuré. « Pourvu qu’il y ait enfin des compétences dans ce gouvernement ! ». On l’espère.

     

    De toute évidence, en cette soirée, les Tunisiens en auront tellement marre de voir les sorties médiatiques de Habib Jamli qu’ils goberont tout. « Pourvu que cesse le calvaire ». Des conférences de presse prévues, reportées puis annulées. Des tractations qui s’éternisent pour au final garder les mêmes noms dont on entend parler depuis des semaines. Derrière, toujours les mêmes qui tirent les ficelles. Alors que la situation dans laquelle il s’est embourbé était loin d’être enviable, le parti Ennahdha (toujours lui), aura réussi à travers ce gouvernement à faire ce qu’il voulait. Non que le stratagème soit d’une très grande finisse, mais le vide intersidéral de la scène politique et l’absence d’un contrepoids respectable (toujours) lui aura laissé le champ libre.

     

    Un gouvernement de compétences formé par une personne indépendante. Voilà comment ils veulent (encore) faire passer le gouvernement Jamli. Dans les faits, il s’agit d’un gouvernement qui devra obtenir un aval politique, qui devra satisfaire l’égo (et les petits intérêts) de chacun, formé par une personnalité désignée par Ennahdha et qui lui est proche.

    Peu importe le nom qu’on lui donnera et l’étiquette qu’on voudra lui donner. Ennahdha va jusqu’à vouloir faire croire que Habib Jamli ne consultera plus personne, qu’il décidera seul et que son gouvernement ne fera prévaloir que les compétences. Il va même plus loin en faisant croire qu’il existe des tensions avec le chef du gouvernement qu’il a lui-même désigné et qu’il n’hésitera pas à ne pas lui accorder sa confiance au Parlement. Un coup de génie ? Non, une manœuvre facile à laquelle le vide de la scène politique lui permet de s’essayer…les doigts dans le nez. D’un revers de la main, Ennahdha met fin aux tractations avec les partis politiques et obtient le gouvernement qui lui plait. Qui pourra dire non à une équipe « de compétences » qu’on essaye de créer depuis des semaines ? Celui qui s’y hasardera sera sans ménagement taxé de saboteur et de non-patriote.

     

    En 2019, on aura survécu à un double attentat terroriste, à une situation économique des plus alambiquées, au décès d’un président de la République, à 3 élections organisées en l’espace de 4 semaines. On aura tout vu. Ce n’est pas un gouvernement de plus qui nous fera perdre la face. L’année 2019 aura été l’année de toutes les peurs, mais nous n’avons pas fini d’avoir peur.

    2020 prépare, elle aussi, son lot de (mauvaises) surprises. Mais nous finirons par sortir du tunnel. Le délai n’en sera juste que plus long…

    Bonne fin d’année à tous les Tunisiens…

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